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Méthodologie

La boîte à outils de la Conduite du changement
Chapitre I : Stratégie de changement

Fiche 10 : Kurt Lewin : un auteur de référence en conduite du changement

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  • Publié le 27 nov. 2017
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La boîte à outils de la Conduite du changement

9 chapitres / 57 fiches

Le groupe change plus facilement que l'individu

En résumé

Lewin est un psychologue pionnier dans le domaine de psychologie sociale en introduisant le concept de " dynamique de groupe " notamment dans la compréhension du changement de comportements des individus. Dans ces différents travaux Lewin aborde le changement comme un épisode à part de la vie des organisations mais qu'il est possible de contrôler lorsque l'on s'appuie sur les groupes en présence dans l'organisation.

Pourquoi l'utiliser ?

Objectif

Dans ses travaux, Lewin appréhende le groupe comme un système en état " quasi stationnaire ". Cet état, stable en apparence, ne serait en fait qu'un état maintenu en équilibre dans un champ dynamique de forces opposées, les unes favorables au changement et les autres favorables à la stabilité. Les forces de stabilité sont considérées comme des freins au changement tandis que les autres comme des moteurs. L'état initial du groupe est en équilibre car les forces sont égales en intensité et opposées en direction.

Le changement d'état d'équilibre s'opère alors de deux façons :

  • soit en augmentant l'intensité ou le nombre de forces motrices, favorables au changement (position 2) ;
  • soit en diminuant l'intensité des forces restrictives au changement ou forces pour la stabilité (position 3).

Pour Lewin (1947a)

Cité par Allard-Poesi (2002).

, il est préférable de conduire le changement en se focalisant sur la diminution des forces restrictives (position 3), plutôt que de chercher à augmenter les forces propulsives (position 2). Il est alors possible de changer en réduisant l'attachement des individus à la norme, soit en modifiant la norme elle-même.

Contexte

Les travaux de Lewin constituent une grille de lecture des phénomènes de changement et une manière d'organiser le changement en tenant compte des groupes.

Comment l'utiliser ?

Étapes

Dans la lignée des travaux sur les groupes, Lewin (1947a, 1947b, 1952, 1975) propose un modèle de changement en trois phases : la décristallisation, le déplacement et la cristallisation.

  • La phase de décristallisation des normes (phase 1), correspond à l'abandon des comportements et des attitudes habituelles et à la création d'une motivation à changer. Cette décristallisation est rendue possible par la discussion en groupe, favorisant la remise en cause des normes du groupe.
  • La phase de déplacement (phase 2), donne lieu à un changement par la réduction des forces de résistance que représente l'attachement aux normes. Il s'agit d'une phase de transition où l'on expérimente les nouvelles pratiques.
  • La phase de cristallisation (phase 3). Cette phase repose sur l'intégration de nouvelles habitudes.

Méthodologie et conseils

Les travaux de Lewin mettent en évidence qu'il est plus aisé de faire changer des individus constitués en groupe que des individus pris séparément.

Avantages

  • Lewin a été l'un des premiers théoriciens modernes du changement. Ses travaux ont servi à de nombreuses démarches et outils de la conduite du changement.

Précautions à prendre

  • Les travaux de Lewin ne constituent qu'une grille de lecture des mécanismes de changement. Les travaux sur le leadership donnent une autre place au rôle du manager dans les projets de changement.

Comment être plus efficace

Le modèle en trois phases de Lewin a l'avantage d'être facile à comprendre et de refléter une approche simple des processus de changement. Néanmoins, certains auteurs lui reprochent une approche trop linéaire du changement, ne laissant la place ni au chevauchement des phases, ni à une dynamique d'apprentissage continu.

Les principales références citées concernant les travaux de Lewin sont :

Allard-Poesi, F., (2002), " Kurt Lewin : De la théorie du champ à une science du social ", dans Les Grands Auteurs en management, dirigé par Charreire S. et I. Huault, Management et Société, pp. 391-411.

Lewin, K., (1947a), " Frontiers in group dynamics ", dans Field theory in Social Science, Éd. Cartwright, D., London, Social Science Paperbacks.

Lewin, K., (1947b), " Frontiers in Group Dynamics ", Human Relations, Vol.1, pp. 143-153.

Lewin, K., (1951), " Décisions de groupe et changement social ", in Levy S., Psychologie sociale. Textes fondamentaux, Dunod, pp. 498-519.

Lewin, K., (1952), " Group decisions and social change " dans G. E. Sevanson, T.M. Newcomb et E.L. Hartley, Readings in Social Psychology, New York, Holt, pp. 459-473.

Lewin, K., (1975), Psychologie dynamique ; les relations humaines, Presses universitaires de France.

Lewin K., R. Lippitt, et R.K. White (1939), " Patterns of Agressive Behavior in Experimentally Created Social Climats ", Journal of Social Psychology, Vol 10, pp. 271-299, réédité dans M. Gold (1999), The Complete Social Scientist, A Kurt Lewin Reader, American Psychological Association, pp. 227-250.

EXEMPLE d'Expériences en focus groupe

Autissier D., Vandageon I., Vas A., Conduite du changement : concepts clés, Dunod, 2010.

Pour déterminer s'il faut réduire l'attachement des individus à la norme ou modifier la norme, Lewin a conduit aux États-Unis en 1943, une recherche reposant sur un dispositif expérimental (Lewin, 1947a et 1947b). Celle-ci visait à inciter les ménagères américaines à consommer des abats (dévalorisés à l'époque, car difficiles à conserver) afin d'éviter la pénurie des autres morceaux de viande. L'objectif de cette recherche était de comprendre comment influencer le comportement d'un groupe, les ménagères américaines, pour les convaincre de modifier leurs habitudes de consommation. Deux méthodes furent mobilisées auprès de clubs et d'associations féminines de petites villes américaines : l'une consistait à donner des conférences qui mettaient en évidence les mérites nutritifs des abats (groupes 1), tandis que l'autre proposait aux femmes invitées, après une brève information, de discuter du problème en groupe sous la conduite d'un animateur (groupes 2). Dans les 2 cas, l'expérience dura 45 minutes. Une vérification réalisée au domicile des ménagères une semaine après l'expérience montra que la consommation d'abats fut dix fois plus importante dans le deuxième groupe que dans le premier. Cette consommation a progressé de 3 % dans le premier groupe d'expérimentation comparée à 30 % dans le second groupe.

En s'appuyant sur ces résultats Lewin confirme qu'il est plus efficace et plus facile de diminuer les résistances au changement en modifiant les normes sociales du groupe, qu'en réduisant l'attachement des individus à ces normes.

En effet, l'entretien individuel et la propagande de masse (groupes 1), laisse l'individu dans une situation solitaire et psychologiquement isolée face à lui-même, favorisant ainsi les phénomènes de résistance au changement. Or, pour Lewin, l'expérience montre que ces résistances tiennent plus à des facteurs collectifs et affectifs (crainte de s'écarter des normes communes de son groupe d'appartenance) qu'à des facteurs individuels et rationnels. À l'inverse, la discussion et la prise de décision en commun (groupes 2) améliorent le degré d'implication des individus et peuvent susciter un mouvement collectif de changement des comportements au sein d'un groupe.

Toutes les expériences réalisées dans ce domaine vont dans le même sens. Même si l'on remplace l'exposé par un conseil individuel de même durée, l'effet de groupe reste largement dominant pour le changement. Le fait d'être en groupe, parce que celui-ci permet l'interaction sociale et cognitive, permet de produire une baisse de la résistance au changement et favoriser l'émergence de conduites nouvelles. De la même façon, un groupe adopte collectivement des solutions plus risquées à un problème donné, que ne le fait chacun des individus du même groupe pris séparément.

David Autissier, Jean-Michel Moutot