Recherche
Se connecter

La règle des 3 clics est-elle toujours d'actualité?

Publié par le | Mis à jour le
La règle des 3 clics est-elle toujours d'actualité?
© Africa Studio - stock.adobe.com

Vérifiée ou infondée, cette règle des trois clics suscite toujours le débat. Qu'en est-il réellement ? Est-ce un critère fondamental, ou simplement un parmi d'autres à prendre en compte par les marques qui cherchent à optimiser leur site web ? Mais avant tout, de quoi parle-t-on ?

Je m'abonne
  • Imprimer

La règle des trois clics est une règle de navigation non officielle et non théorisée qui suggère que les utilisateurs doivent trouver l'information qu'ils cherchent sur un site web en maximum 3 clics. Cette idée encouragée par certains web designers réputés tel que Jeffrey Zeldman avance que si les internautes ne trouvent pas de contenu désirable dans les 3 clics, ceux-ci deviendront frustrés et abandonneront leur navigation. Cela augmentera le taux de rebond (1) qui réduit la fréquentation du site web. C'est la raison pour laquelle on aurait tendance à penser qu'un site web qui applique la règle des 3 clics saura le plus capter les utilisateurs. Une autre règle de SEO suggère que le contenu le plus important d'un site Web ne doit pas se trouver à plus de 3 clics de la page d'accueil.

Les agents de référencement croient généralement que la page d'accueil d'un site Web est la page la plus importante, puisque c'est celle qui obtient le plus de " link juice " qu'on peut traduire par " jus de référencement ", autrement dit le bénéfice apporté par un lien retour (backlink (2)) à la page web dont il est la destination.

La règle des 3 clics : une règle critiquée ?

Cette règle ne fait effectivement pas l'unanimité. Elle est même fortement remise en cause. En effet, aucune statistique ne vient appuyer cette règle.

D'autres études analysant les données comportementales issues d'une cinquantaine d'utilisateurs lors de la réalisation de 600 tâches ont montré que le nombre de clics n'impacte en aucun cas la satisfaction de l'utilisateur, car ce qui compte c'est la simplicité du clic. Cette règle pouvait être pertinente à une époque où les pages ne chargeaient pas rapidement, ce qui demeure assez rare de nos jours.

Ce graphique issu de la célèbre étude "Testing the Three Click Rule" montre que les utilisateurs n'abandonnent pas la navigation au bout de 3 clics. En abscisse figure le nombre de clics et en ordonnée le pourcentage de taches atteintes. On voit bien qu'au bout de 15 clics l'utilisateur continue à naviguer sans se sentir frustré.

De plus cette règle peut paraître peu pertinente ou dépassée grâce à la facilité permise par les menus déroulants qu'on peut trouver sur des sites de e-commerce comme Asos, et qui permettent de visualiser les rubriques, sous-rubriques puis catégorie recherchée en un clic.

Certains chercheurs en SEO critiques à l'égard de cette règle, se sont penchés sur le sujet. C'est le cas de Jakob Nielsen et Hoa Loranger dans " Prioritizing web usability " qui démontrent que grâce à une "règle" de 4 clics au lieu de 3, un site de e-commerce a pu augmenter de 600% le taux de succès de ses recherches. Ce clic supplémentaire n'est pas un clic en trop, mais bien une façon de permettre une navigation plus efficiente et plus rapide.

Cette étude nous démontre que suivre la logique des 3 clics restreint la profondeur de l'arborescence à 3 niveaux maximum, en termes d'architecture de l'information. L'arborescence étant la façon dont est organisée l'information d'un site web en rubriques, sous rubriques et pages, en partant de la page d'accueil.

Le fait de réduire l'arborescence a pour conséquence l'augmentation du nombre d'éléments sur une même page web, ce qui se traduit par un grand nombre de liens visibles sur cette page. Prenons l'exemple d'un site riche en contenus, qui est contraint de contourner cette règle afin de préserver la qualité de la navigation. C'est le cas de La Redoute. Supposons qu'un utilisateur veuille accéder à la page concernant les fourchettes. Le parcours depuis la page d'accueil (sans utiliser le moteur de recherche) serait le suivant : Meubles & Déco ? Arts de la table ? Couverts.



Nielsen et Loranger expliquent en effet que réduire la profondeur de l'arborescence aurait généré un nombre très important de catégories présentées, ce qui aurait chargé de façon inutile la page et rendu l'utilisateur confus quant à sa navigation. Ce passage par des catégories issues d'un nombre plus important de clics permet une navigation plus fluide.

Alors quelle leçon en tirer pour une meilleure expérience utilisateur ?

Ce qu'on peut retenir, c'est que pour l'utilisateur le plus important est d'avoir un parcours mental cohérent et d'être guidé dans son expérience web.

La pertinence du parcours, la visibilité de la progression dans sa recherche par exemple sont des éléments qui assurent une bonne expérience utilisateur et permettent d'éviter l'abandon de sa tâche. Il est primordial que l'utilisateur se rapproche de plus en plus de sa page web cible, grâce au clic à clic, tout en ayant une navigation fluide et efficace. Car au final ce n'est pas le nombre de clics qui a vraiment de l'impact, mais la facilité du clic. Choisir 10 fois entre deux propositions est plus simple que de choisir deux fois parmi 10 propositions. Peu importe le nombre de clics, tant que chaque clic est clair et facile à faire.

En psychologie cognitive, on parle de biais cognitif pour exprimer les situations où faute de temps, ou de certaines informations, l'être humain émettrait un jugement rapide et quelque peu erroné.

C'est la raison pour laquelle en UX, on parle de valorisation de l'information ou du concept de " Contexte et Content first ". Ce qui compte au-delà du nombre de clics nécessaires pour accéder à l'information, c'est que l'effort de compréhension soit minimisé, les choix réduits, et les parcours web simplifiés. La satisfaction de l'utilisateur n'a rien à voir avec le nombre de clics. Car au final ce ne sont pas les règles qui dictent l'optimisation en matière d'UX, mais l'empathie.

Pour en savoir plus

Khadija Bouchta, consultante mc²i Groupe, accompagne de grandes entreprises, et établissements publics dans la réalisation de leurs projets et intervient actuellement pour un acteur majeur du Service Public.


[1] Le taux de rebond est le taux de visiteurs quittant un site web sans avoir parcouru d'autres pages

[2] Le backlink est un lien hypertexte qui envoie un internaute d'un site web X vers un site web Y. La qualité d'un backlink est le gage de popularité d'un site web, cela permet aux autres moteurs de recherche et à Google de faire un bon référencement des sites web.

Je m'abonne

Khadija Bouchta, Consultante mc2i Groupe

Eloïse Cohen,<br/>rédactrice en chef Eloïse Cohen,
rédactrice en chef

La Lettre de la Rédac

Chaque matin, l'essentiel de l'actu

La rédaction vous recommande

Sur le même sujet