La crise va-t-elle entraîner un retour vers le local ?

Publié par Fiona Gentilleau le | Mis à jour le
La crise va-t-elle entraîner un retour vers le local ?
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Comment la crise sanitaire devrait-elle impacter nos organisations ? Par la décentralisation des décisions à tous les échelons selon Bertrand Laurioz, président du directoire ADLPerformance, qui exprime dans cette tribune la nécessité d'un retour vers du local.

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Après cette période inédite, marquée par un arrêt brutal de l'économie mondiale, nous commençons à reprendre une activité normale. Les salariés redécouvrent les bureaux, les réunions en "présentiel", chaque entreprise essaye de faire revenir ses salariés qui semblent, pour certains, avoir tiré comme conclusion post-confinement que leur domicile ou leur résidence secondaire était un excellent bureau. La vie reprend son cours. Il est trop tôt pour faire un bilan et comprendre ce que sera le monde d'après, mais il semble que nous pouvons déjà identifier quelques conséquences : nous allons vivre une crise économique majeure et nous vivrons un retour vers le local, avec une plus forte décentralisation.

Pendant la crise, les scientifiques, les gestionnaires de crise, les gens "sérieux" ont repris la main, pour le meilleur ou pour le pire. Face à une situation dramatique, nous avions envie de faire confiance à des experts, des personnes rationnelles, et le monde semblait s'être vidé du bruit permanent, des polémiques, du buzz. Il n'a pas fallu longtemps pour que reviennent sur le devant de la scène les controverses, les utopies. Avec un étonnement amusé, nous voyons revenir les idées "disruptives" comme le télétravail à 80%, les passages piétons sur le périphérique parisien, ou les commissions d'enquêtes faisant preuve d'élans ubuesques, etc.

Il semble surtout que cela indique que nous n'avons pas encore pris la mesure de la crise économique qui arrive... En octobre au plus tard, nous allons assister à des fermetures d'entreprises, à des réductions d'effectifs. Nous devrons alors tous, de nouveau, nous retrousser les manches, remiser nos utopies et nos rivalités, retrouver la solidarité dont nous avons fait preuve dans ces mois de confinement, et reconsidérer l'emploi comme une priorité absolue. Ce sera vrai pour les politiques comme pour les entreprises.

Vers une décentralisation à tous les échelons : État, entreprises, individus

Une des nouveautés de cette crise est le consensus sur la faible efficacité des décisions prises trop loin du terrain. C'est vrai au niveau de l'État, des désormais célèbres Agences Régionales de Santé, mais soyons honnêtes, c'est aussi vrai dans beaucoup de nos entreprises. De même qu'il est difficilement justifiable d'appliquer les mêmes règles de confinement dans une zone rurale ou à Paris, (une mention spéciale pour l'interdiction d'accès aux plages décidée depuis Paris...), nous avons dû donner plus d'autonomie aux chefs de service, de départements, mais aussi directement aux salariés qui, en télétravail, ont mené leur activité de façon beaucoup plus autonome, avec succès dans la très grande majorité des cas. Cette décentralisation, ou application d'un principe de subsidiarité (faire prendre la décision au niveau le plus près du terrain possible), sera certainement une des grandes transformations du monde nouveau.

Ce qui est vrai dans les organisations sera certainement encore plus vrai au niveau de la consommation. Nous sentions monter depuis plusieurs années la valeur du circuit court, du "Made in nos régions", venant plutôt de motivations écologiques, parfois en opposition avec une réalité économique. Le monde a changé. Nous entendons parler d'autonomie stratégique, de souveraineté alimentaire (et sanitaire !) et soudain, ce n'est plus un discours réservé aux écologistes militants ou aux nationalistes. Nous avons tous pris la mesure, en réduisant considérablement nos déplacements, que nous vivions dans un écosystème, que le monde est global mais que la vie est locale, et que la solidarité doit l'être également. Dans ma société qui aide les marques à communiquer avec leurs clients et à les fidéliser, nous permettons à des acteurs locaux (banques ou assureurs mutualistes par exemple) de fidéliser leurs clients particuliers, en leur donnant des bons d'achat à utiliser chez les commerçants et artisans qui sont également clients de cette banque.

Le succès très rapide de ce service "commerce local" nous a surpris et nous montre que l'avenir économique est aussi local ! Et c'est une bonne nouvelle.

L'auteur :

Bertrand Laurioz est président du directoire ADLPerformance

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Eloïse Cohen,<br/>rédactrice en chef Eloïse Cohen,
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