Une extension née sous XXX

Publié par Pierre Berecz le

Vingt-cinq ans après la création du .COM, les autorités qui autorisent la naissance des extensions internet sont en train d'accoucher, au forceps, du .XXX.

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Il aura fallu plusieurs années, et le revirement de la prude administration Bush, pour que la non moins prudente administration Icann donne, contrainte et forcée, le signal de la délivrance de l’autorisation.

L’heureux père est une société commerciale qui affirme, sans rire, que son extension protégera les familles et les âmes sensibles, en abritant, sous la bannière du triple X, l’ensemble des sites web pornographiques.
On demande à voir…

Cette extension est toutefois intéressante car elle est la première d’un nouveau genre. Avec le .XXX, les noms de domaine vont avoir une « marque ambivalente » pour reprendre l’expression de Dietrich Mateschitz, le patron de Red Bull. Le créateur de la fameuse boisson qui donne des ailes explique qu’à l’origine de son concept, il « voulait vendre quelque chose que le directeur d’école refuse, mais que les élèves réclament à la cantine. »

C’est bien le cas de cette extension dont personne ne veut mais qui risque quand même d’intéresser les promoteurs, et les visiteurs, des 370 millions de sites pornographiques recensés dans le monde. Comme le minitel autrefois, il n’y a pas de raison que le « nom de domaine rose » ne trouve pas son public.

Ce sera alors une manne leste et céleste pour le registre du triple X qui devrait voir pleuvoir les commandes sans avoir besoin d’expliquer longuement son produit. Le .XXX est un nom de domaine dont le domaine d’activité se comprend tout seul…
Une manne qui tombe également à point pour une industrie du nom de domaine qui devient de moins en moins sexy. En dehors du .COM et ses 100 millions de noms de domaine, les autres extensions sont un peu poussives. Par manque de contenu et d’attractivité, les extensions « à thème » marquent le pas. Le .NET, fourre-tout de l’Internet, culmine à 12 millions de noms de domaine, et le .INFO, seule extension « qui veut dire quelque chose » ne dépasse pas les 5 millions de noms de domaine. A l’échelle de la planète internet, c’est ridicule.

Les extensions nationales ne sont guère mieux loties. En Europe, mise à part l’Allemagne qui a réussi à donner un contenu identitaire au .DE, les autres pays sont à la peine. En France, le .FR, mal servi par des publicités d’un autre âge, ne peut que pousser des cocoricos pour masquer sa très faible pénétration dans la population. A peine 2 millions de .FR pour 65 millions d’habitants, à comparer avec les 14 millions de .DE pour 82 millions d’habitants !

Car on oublie trop souvent qu’une extension de nom de domaine est un produit comme un autre : il lui faut une identité forte et un contenu glamour. L’arrivée prochaine des marques, qui pourront elles-mêmes déposer leur propre domaine, risque de donner un coup de vieux aux anciennes extensions.

<p>Pierre Berecz est co-fondateur et Pr&eacute;sident directeur g&eacute;n&eacute;ral d&rsquo;INDOM, conseil en noms de domaine. [...]...

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Eloïse Cohen,<br/>rédactrice en chef Eloïse Cohen,
rédactrice en chef

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