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DossierLes retailers à la conquête de l'international

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3 - Paiement internationaux: attention aux usages locaux

Alors que les e-commerçants, de façon indépendante ou via des marketplaces, ne cessent de se développer sur de nouveaux marchés, ils se trouvent confrontés à une multiplicité de moyens de paiement et à l'obligation, parfois, de passer par des partenaires locaux.

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La complexité du paiement international repose sur un constat alarmant: "Si les e-marchands d'envergure sont assez internationaux, il en va de même pour les nouveaux venus, lesquels acquièrent d'emblée une vocation mondiale, affirme Christophe Bourbier, fondateur de la solution de paiement Limonetik. Pourtant, on peut être surpris de leur méconnaissance face à l'hétérogénéité des moyens de paiement à l'étranger." Ainsi, les Espagnols, Portugais et Polonais utilisent plus de cinq moyens de paiement différents(1). Un "mix payment" à connaître alors que l'e-commerce transfrontalier a réalisé un chiffre d'affaires de 95 milliards d'euros en 2018, soit 22,8% du total de la vente en ligne(2).

Pour ne pas voir son taux de transformation chuter, il importe d'adopter une posture réaliste et ouverte concernant les commissions liées au paiement, notamment par carte bancaire. "La France est l'un des pays les moins chers pour les paiements de ce type, explique Frédéric Loos, chief merchant officer de la société de service de paiement Worldline. Les commissions peuvent doubler dans certains pays." De même, PayPal facture 2% de frais.

Quasiment autant de moyens de paiement que de pays

L'hétérogénéité des moyens de paiement existe au sein même de l'Europe. "En Allemagne, la majorité des transactions en ligne s'effectue avec d'autres moyens de paiement que la carte bancaire, à l'instar de la solution de virement Sofort, précise Philippe de Passorio, directeur général d'Adyen France et Italie. Les systèmes interbancaires propres à chaque pays sont à l'origine de certains moyens de paiement." Ainsi, aux Pays-Bas, le système interbancaire iDeal, "l'un des plus sécurisés du marché" selon Philippe de Passorio, est le plus utilisé. L'acheteur n'utilise pas les chiffres de sa carte mais directement ses codes de banque pour payer.

Sur le continent nord-américain, "PayPal apparaît incontournable aux côtés de la carte bancaire", indique Frédéric Loos. Les moyens de paiement diffèrent peu de ceux utilisés en France, à la différence notable du système local de prélèvement "Interac" canadien.

En Asie, le marché chinois, principale cible des e-marchands en expansion, repose principalement sur les paiements par QR code AliPay et WeChat Pay, "loin devant la carte de paiement locale China Union Pay, précise Christophe Bourbier. Ne pas proposer de paiement par QR code revient à passer à côté de la spécificité chinoise." Un système inopérant au Japon (troisième économie mondiale, la plus dynamique en termes de vente en ligne, selon le ministère de l'Économie et des Finances français), lequel combine cartes de crédit internationales (Visa, Mastercard, American Express) et une carte locale, baptisée JCB.

Enfin, l'Afrique est caractérisée par une forte prédominance du mobile et un taux de bancarisation très variable. Selon le classement Global Findex, seuls 42,61% des personnes âgées de 15 ans et plus possèdent un compte bancaire en Afrique subsaharienne, contre 71% au Maroc(3). "Des systèmes de Visa ou Mastercard existent mais demeurent locaux et imposés par l'État, à l'instar de "Carte bancaire" au Maroc", prévient Christophe Bourbier. Ils fonctionnent donc de manière autonome et doivent être implantés séparément par le prestataire de paiement. Le paiement mobile, via M-Pesa (propriété de Vodafone) par exemple, apparaît très répandu: il est difficile d'en faire l'économie en Afrique subsaharienne.

Limiter ses options de paiement à Visa et Mastercard est illusoire

Contrairement aux idées reçues, accepter la carte bancaire ne constitue pas un sésame dans le monde entier. Selon une étude publiée par le prestataire de services de paiement WorldPay en 2019, la carte bancaire ne représente plus que 25% des transactions en ligne ou sur mobile. "Un chiffre qui devrait descendre à 15% dans les trois ou quatre ans à venir, met en garde Christophe Bourbier. La carte se fait désintermédier par les wallets (Google Pay, Apple Pay), plus faciles à utiliser et ne nécessitant pas de 3D Secure."

Par ailleurs, il importe de travailler avec une banque locale aux États-Unis (Wells Fargo, Bank of America, HSBC), en Chine, en Inde ou en Afrique. Certaines solutions de paiement (à l'instar d'Adyen, Limonetik ou Worldline) camouflent cette complexité pour l'e-marchand, qui passe par une plateforme unique. De même, l'Inde (un marché à fort potentiel) et la Malaisie sont soumises à des contraintes légales: les données bancaires ne doivent pas sortir du pays, il est donc indispensable que l'e-marchand (ou son prestataire) possède des infrastructures locales. Attention également à l'absence de système d'interbancarité indien: à l'exception de la carte RuPay, chaque banque propose sa propre carte.

À noter, en dehors de de la zone euro, les paiements par virement ne seront plus soumis à des frais aléatoires d'ici à 2020 pour les pays de l'Union européenne. En effet, les eurodéputés ont décidé de réguler les frais bancaires liés à ces opérations afin qu'ils ne dépassent pas ceux appliqués pour un virement domestique. Jusque-là, un virement de 100 euros transnational hors zone euro générait entre 0 euro (en Suède) et 19,98 euros (en Bulgarie) de frais. Eva Maydell, rapporteur au Parlement européen, déclare: "150 millions de citoyens de l'UE et six millions d'entreprises [...] paieront des frais nettement moins élevés, ce qui leur permettra d'économiser plus d'un milliard d'euros par an."

Et pour les marketplaces?

Les attentes vis-à-vis des acteurs du paiement évoluent. "En Europe, la demande porte aujourd'hui sur les services de réconciliation", prévient Didier Brouat, CCO de l'acteur du paiement Monext, filiale de Crédit Mutuel Arkéa. En effet, des prestataires tels que PayPal envoient tous les jours un montant correspondant à toutes les transactions de la veille. La réconciliation consiste à rattacher les sommes reçues aux factures et aux produits envoyés. "Un opérateur de paiement peut faire ces opérations, extrêmement complexes lorsqu'un e-marchand accepte de nombreux moyens de paiement français et étrangers, à la place de son client", explique Christophe Bourbier.

De même, l'UE impose aux marketplaces de tracer chaque transaction, pour s'assurer de renvoyer les sommes reçues au bon fournisseur. L'explosion des marketplaces, notamment B to B (les prix variant alors en fonction de chaque client, la réconciliation apparaît encore plus complexe), dont la portée internationale est très importante, constituent les principaux enjeux de l'écosystème du paiement international, selon Christophe Bourbier. "Le marché du paiement n'a rien perdu de son dynamisme, conclut Frédéric Loos. Il demeure crucial que le marchand révise sa stratégie d'acceptation régulièrement."

(1) Étude Oney " Les habitudes de paiement en Europe ", 2019.

(2) Étude " Cross-border retail Europe ", Cross-Border Commerce Europe, 2019.

(3) Source?: Bank al-Maghrib.

"?Simplifier l'implémentation de nouveaux moyens de paiements?"

Olivier Vaury, CFO de la plateforme de bricolage ManoMano, revient sur l'intérêt de choisir une plateforme unique pour gérer l'ensemble des moyens de paiements à l'international.

Quelles zones géographiques couvre ManoMano??

Nous vendons à des clients basés en France, en Italie, en Espagne,

en Allemagne, au Royaume-Uni et en Belgique. Ces derniers utilisent le site français. ManoMano a récemment ouvert des bureaux à Barcelone mais l'équipe chargée des paiements officie en France. Nous sommes focalisés sur ces pays car le marché du bricolage et du jardinage s'y élève à 400 milliards d'euros. Nous visons un milliard d'euros de chiffre d'affaires en 2020.

Quels moyens de paiement privilégient vos clients au sein de ces pays??

Si le Royaume-Uni utilise majoritairement la carte bancaire, l'Allemagne

a des habitudes de paiement totalement différentes. Le paiement par carte bancaire est très peu répandu, au profit du virement, du paiement sur facture ou des wallets. Les consommateurs italiens privilégient la carte bancaire,

les paiements par virement et les wallets, à l'instar de PayPal. Les consommateurs utilisent également des cartes prépayées. Nous ne proposons pas de paiement contre livraison mais nous étudions cette possibilité.

Quelle est votre stratégie de paiement à l'international??

Nous avons choisi de nous appuyer sur une plateforme de paiement unique, Stripe, laquelle nous permet d'activer des méthodes de paiement dans chaque pays sans avoir à développer des interfaces techniques spécifiques. Sa technologie s'avérait plus simple à implémenter que celle des autres prestataires de paiement. La limitation du temps de développement constitue un point important pour nous car nous sommes confrontés à un défi concernant le recrutement des équipes de développeurs.



Stéphanie Marius

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