[Chronique] Un marketeur doit-il apprendre à partager ?

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Une formule gagnante

Crise économique, internet mobile, réseaux sociaux, tel est le cocktail détonnant qui a permis l'essor fulgurant de plateformes comme Uber, Airbnb, Cookening ou Blablacar. Et le succès est au rendez-vous. Blablacar revendique déjà plus de 10 millions de membres, et son modèle commence à menacer des acteurs établis depuis belle lurette dans le transport de passagers. Valorisé 13 milliards de dollars, Airbnb compte 6 millions d'inscrits dans 192 pays, et totalisait plus de 30 000 séjours en France en 2013, un an seulement après l'ouverture de son bureau à Paris.

Il faut bien reconnaître que les revenus substantiels qu'on peut tirer de la monétisation et du partage de ses biens, en permettant à chacun de se transformer en petite entreprise, viennent à point nommé pour de nombreuses catégories d'individus, à commencer par les jeunes adultes. En outre, les techniques de paiement proposées permettent de renforcer la relation de confiance : aucune somme d'argent ne transite directement, les plateformes de partage servent d'intermédiaire - une simple carte bleue suffit - et se rémunèrent au passage.

Un marketing disruptif

Un tel succès fait bien évidemment grincer des dents, à commencer du côté des acteurs traditionnels des secteurs dans lesquels ces sociétés sont venues pointer le bout du nez.

En termes de capitalisation, Airbnb a déjà dépassé des entreprises comme Wyndham ou Hyatt ; Uber se voit contester dans de nombreux pays par les sociétés de taxi ou de VTC déjà installées. Les entreprises de la " sharing economy " sont attaquées, principalement, sur le non-respect de règles parfois explicites, parfois implicites, qui régissent le commerce local : un particulier qui met sa chambre en location sur Airbnb doit-il déclarer une activité hôtelière ? Tel autre qui conduit ses congénères d'un endroit à l'autre de la capitale est-il un taxi clandestin ?

Nul doute que la lutte entre les acteurs historiques et les nouveaux entrants de la " sharing economy " dureront encore quelques années. Mais à moyen terme, on voit mal au nom de quel droit on interdirait à un particulier de prêter, ou de louer, les biens qu'il a honnêtement acquis, et dont il ne profite pas suffisamment. L'univers du transport a servi de laboratoire pour de telles expériences, mais qui sait quels secteurs pourraient bientôt être eux aussi concernés ? Les biens culturels ? La restauration ? Les loisirs ? Le sport ?

Le marketeur qui évolue auprès d'un acteur de l'économie traditionnel ferait bien de s'intéresser à la révolution en cours, pour évaluer les menaces latentes, et peut-être même pour imaginer le système concurrent, basé sur l'économie du partage, qui viendra bousculer l'ordre établi et offrir à ses clients existants une alternative économique intéressante. Avant que votre concurrent ne s'en charge lui-même...

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L'auteur : Hervé Kabla dirige Be Angels, agence digitale spécialiste des médias sociaux, et a co-fondé une association qui rassemble les professionnels des médias sociaux et du digital en entreprise. Il accompagne des entreprises B2B et B2C dans l'élaboration et la mise en oeuvre de leur stratégie marketing sur les médias sociaux. Il est également co-auteur de "La communication digitale expliquée à mon boss", paru aux Éditions Kawa.


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Hervé Kabla, directeur général de Be Angels

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