"L'urgence du présent ne doit pas empêcher de préparer le futur": Grégory Pascal (Sensio Grey)

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'L'urgence du présent ne doit pas empêcher de préparer le futur': Grégory Pascal (Sensio Grey)

Avec le confinement, les professionnels de la communication et les annonceurs sont livrés à beaucoup d'incertitudes. Grégory Pascal, président cofondateur de SensioGrey et président de l'AACC Digital, décrit les urgences traversées par le secteur et comment "préparer un monde d'après".

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Il n'aura échappé à personne que les professionnels de la communication et des médias viennent d'entrer dans une période de fortes turbulences duent à une crise sans précédent. Et il est vraisemblable que nous allons mettre du temps à en sortir même si on peut encore espérer le contraire. Pour autant, nous sommes confrontés à des urgences multiples auxquelles nous devons nous atteler dès maintenant pour limiter leurs effets négatifs.

Urgence sanitaire pour nos collaborateurs

La première urgence est bien évidemment d'assurer la protection de nos collaborateurs, avant tout autre considération économique ou organisationnelle. Les agences ont joué le jeu en imposant le télétravail à 100%, pour la plupart avant les décisions gouvernementales. Dans l'ensemble, nous avons tous fait le maximum pour assumer nos responsabilités dans cette période si particulière et c'est une excellente nouvelle pour la profession. La collaboration en réseau est dans l'ADN de nos organisations. Il est évident que si cette crise est tragique et dramatique, elle pose les bases d'un nouveau mode collaboratif pour le présent mais aussi le futur.

Pour ce qui concerne les entreprises que j'ai cofondées, nous avions mis en place le télétravail depuis des années. Les décisions gouvernementales n'ont pas été un immense bouleversement pour notre quotidien sur ce point. Comme derrière un mal il y a toujours un bien, je me réjouis que les mentalités évoluent vers un futur du travail différent avec sans doute plus de souplesse et de bien-être pour tout le monde. Mais dans le même temps, " grâce " au confinement, nous allons aussi nous rendre compte que le travail est une connexion sociale : nous avons aussi besoin de nous voir les uns les autres, de partager, de rigoler, de prendre un verre...

Urgence d'organiser l'activité

L'actualité nous oblige aussi à nous interroger sur nos business sensibles aux soubresauts du monde. Il a donc été nécessaire de se retrouver très vite entre dirigeants pour échanger, au sein de l'AACC [Association des Agences Conseils en Communication, NDLR] notamment. Je note et je salue la formidable solidarité qui règne entre les agences depuis le début de la crise bien que nous ne soyons pas tous dans le même cas de figure. L'événementiel et une partie de la production ont été très touchés avec un arrêt soudain de leurs prestations. D'autres subissent une diminution globale de l'activité encore difficile à évaluer.

Ce dont nous sommes sûrs, c'est que le plus dur reste sans doute devant nous. Car s'il est compliqué d'arrêter des projets en cours - quoique certains ne s'en privent malheureusement pas - le contexte rend encore plus difficile d'en lancer de nouveaux alors même que c'est essentiel. Il y a fort à parier que certains projets qui devaient être lancés seront a minima reportés. Le gouvernement s'est engagé à nous donner plus de souplesse sur des mesures ponctuelles et transitoires de chômage technique et c'est une bonne chose. Mais c'est surtout d'ici quelques semaines, quand nous serons au creux de la vague, que nous aurons besoin d'un soutien accru des institutions publiques et de nos clients. La gestion de la sortie de crise par le gouvernement sera capitale et nous demandons aux grands groupes, aux annonceurs et marques de faire preuve de civisme et de responsabilité pour non seulement nous faire confiance dans notre capacité à les accompagner et aussi nous soutenir à ce moment-là.

Urgence de se réinventer

Au niveau opérationnel les agences sont aujourd'hui en capacité de délivrer un service non dégradé. Nous devons rassurer les annonceurs que nous sommes bien là pour les aider dans cette période éprouvante. D'autant plus que nous sommes et serons en capacité de faire grandir leur marque autour de nouvelles valeurs qui deviendront indispensables dans le monde de demain. Il va sans dire que la période actuelle ouvre un nouveau champ d'opportunités pour affiner sa stratégie de communication, exécuter les projets moyen-terme qu'on n'a jamais le temps de faire (refonte de contenu, site web, etc.) et adapter ses campagnes et son discours au contexte.

Nous aurons tous à gérer la sortie de la crise qui finira bien par arriver (le plus tôt possible espérons-le). Les annonceurs doivent se préparer très vite à la reprise, tout en continuant dès maintenant à développer leur relation avec les consommateurs. La période de confinement actuelle nécessite une communication avec un ton différent, qui maintienne un lien de confiance, d'empathie et de responsabilité avec les consommateurs adressés tout au long de l'année. C'est aussi l'occasion de leur montrer une autre dimension de la marque, plus humaine. Ne parler aux consommateurs que lorsqu'ils seront en capacité d'acheter mettrait en péril une relation durable et de confiance avec eux.

Pour le moment, tout le monde navigue un peu à vue et est dans l'inconnu. Le choc a été évidemment terrible, inattendu, improbable. Mais pas plus qu'avant la crise, nous n'avons pas de vision sur ce que sera réellement l'après. Notre urgence c'est le présent ... mais cela ne doit pas nous empêcher de travailler sur le futur. Passer le cap difficile et le choc de l'annonce, rassurer les collaborateurs, apprendre à vivre dans cette nouvelle configuration et gérer au mieux cette transition. Il faut espérer que les effets sur l'épidémie se feront sentir rapidement et nous pourrons alors nous atteler à la reconstruction du monde d'après. D'ici là, nous allons apprendre à vivre avec tout en préparant déjà la suite.

Pour finir sur une note d'optimisme, je crois que ce choc terrible, planétaire, touchant toutes les couches de la population et toutes les strates économiques et politiques va porter sur les fonts baptismaux un nouveau monde où nous prendrons plus soin les uns des autres. Ce monde-là, il est urgent de le préparer et de s'y préparer dès aujourd'hui tous ensemble.

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