Découvrez bourseinside.fr, le 1er site dédié aux entreprises cotées !

Recherche
Magazine Marketing
Méthodologie

Savoir dire sa part de responsabilité

Chapitre : Savoir dire sa part de responsabilité

  • Publié le 29 nov. 2017
©

Savoir dire sa part de responsabilité

0 chapitres / 0 fiches

  • Imprimer

Dénouer la part de l'autre et de soi dans le conflit sans s'abaisser

En résumé

Il n'est sans doute pas facile de reconnaître la part de responsabilité que l'on a soi-même dans un conflit. Mon enfer, c'est l'autre : " Je ne me vois ni ne m'entends pas, les yeux et les oreilles tournés vers l'autre. " Cela préserve l'estime de moi. La façon de dire sa part, hésitante, gênée... peut donner l'idée de l'utiliser contre nous. La dire en restant ferme peut être une vérité engageant le dialogue dans la sincérité, mais aussi une invitation à ce que l'autre partie dise la sienne : on se reconnaît réciproquement.


Pourquoi l'utiliser ?

Objectif

À partir d'une conscience de sa propre part dans l'évolution d'un conflit, choisir comment et dans quelle mesure dire et tenter de convenir de la part de chacun. Sortir de l'affrontement (- " Oui " - " Non " ; - " C'est toi... " - " Non c'est toi "...) pour engager enfin un échange sur la contribution de chacun dans le déroulement conflictuel passé, afin de trouver dans le présent un début de perspective future différente.

Contexte

Dans les conflits interpersonnels, il s'agira plus de soi, en tant qu'acteur dans le conflit. Dans les conflits de groupe ou d'organisation, si l'on est un représentant, il s'agit moins de la part personnelle que l'on a prise mais de celle du groupe ou de l'organisation, lorsque les responsables de celui/celle-ci reconnaissent leur part.

Comment l'utiliser ?

Étapes

  • Identifier sa propre part. Ceci est difficile car, comme le montrent les recherches, même en cherchant à être " honnête ", on sous-évalue en moyenne de 30 % sa propre responsabilité et on surévalue celle de l'autre dans les mêmes proportions.
  • Décider quand et comment la mettre en avant si vous avez l'impression qu'elle pourrait aider à la résolution, sans nécessairement vous diminuer ou vous affaiblir :

    • Elle peut émerger dans une situation où vous vous retrouvez en parlant d'autre chose " normalement " (calmement, sans agressivité, dans les familles comme dans les relations de travail, où l'on se retrouve pour d'autres sujets). Ce climat relationnel peut inviter à aborder aussi le désaccord sur le même mode.
    • Elle peut être créée à tout moment à l'initiative de l'un ou de l'autre, invitant à se rencontrer, à arrêter un temps les hostilités (cessez-le-feu) et à s'expliquer en mettant cartes sur table.

Méthodologie et conseils

Revoir depuis l'origine tous les détails du film du déroulement du conflit, à partir de la naissance d'un premier problème.

Noter un à un les épisodes où ses propres paroles et ses sentiments, traduits dans le ton de voix et les actes... ont pu avoir un impact négatif sur l'autre.

Noter de même les épisodes où ceux de l'autre ont eu un impact négatif sur vous. On prépare ainsi ce que l'on pourrait dire ou demander à l'autre.

On peut aussi, sans le " dire ", tenter de changer de comportement au lieu de toujours attendre que l'autre change. On peut également, en reconnaissant un comportement personnel que l'on regrette, faire que l'autre change aussi de comportement.

Avantages

  • Le cessez-le-feu est un moment précieux où l'on peut arrêter un cycle destructeur du conflit. Accepté par tous, il peut être le moment à saisir pour tenter de mettre en avant une parenthèse " temporairement bienveillante ", explicitant ce qui a été important pour soi, pour l'autre.

Précautions à prendre

  • Une précaution est de bien penser à l'avance si la disposition de l'autre (et la sienne) est en phase pour recevoir ce type de messages. Sinon, il peut aussi amplifier le conflit (" Tu vois, tu reconnais que c'est de ta faute... ", l'autre refusant de reconnaître sa part).

Comment être plus efficace ?

Comment dire notre part ?

Notre attitude de gêne et de culpabilité à dire sa part peut donner l'idée à l'autre de l'utiliser contre nous. La capacité à dire calmement avec une conviction sincère ses erreurs, regrets, contributions au conflit... peut être reconnue comme une force (de caractère) si l'on sait recevoir en retour les réactions de l'autre, calmement, sans être déstabilisé. Dire sa part de responsabilité en restant simple et ferme (voir outil 54) peut être un engagement au dialogue. Précéder l'accusation peut être une force.

La crainte d'affaiblissement en évoquant sa part peut se dissoudre :

  • si l'on sait " se mettre à l'aise " avant de dire (détente physique musculaire, respiration aisée, affirmation de soi/assertivité sans gêne...) ;
  • si l'on sait aussi inviter l'autre à dire ce que pourrait être sa part. C'est sur ce socle que l'on peut construire, là où chacun a pu dire :

    • ce qu'il croit avoir fait qui a pu affecter l'autre ;
    • ce qui l'a lui-même affecté dans le comportement de l'autre (voir outil 11).

Comment évaluer " le bon moment " pour dire ? (voir outil 45)

  • La reconnaissance immédiate ou les excuses. Lorsqu'on a une part effective (comme lorsque l'on s'excuse ou quand on bouscule quelqu'un dans la rue), il y a un véritable intérêt à devancer tout ce que l'autre peut ressentir comme émotion, préparer comme riposte, construire comme vengeance à terme. Dire sa part sera comme une vérité première que l'on établit aussitôt avec l'autre et qui en diminue les conséquences conflictuelles, si cela est dit de manière ferme, au-delà de la culpabilité, dans la responsabilité (sa " réponse habilitée ", sa part).
  • Le report à plus tard. Souvent, la réalité est plus complexe. L'action de l'un répond à l'action de l'autre qui, elle-même, répond à une précédente action de l'un, etc. On préférera reporter l'expression de sa part pour ne pas apparaître comme le responsable unique. Il se peut aussi que l'autre partie ne soit pas prête, ait d'abord besoin de se plaindre et de vider son sac. Le " bon " moment sera celui... où l'on sent l'autre, lui aussi, prêt à reconnaître la sienne (" Voici ce que je crois être ma part. Peut-on maintenant parler de la vôtre et envisager le futur ? ").
  • Le refus. Refuser de dire ou reconnaître est un choix. Il peut être tentant de refuser une part de responsabilité que l'on sait être la sienne (risques sociaux ou juridiques par exemple : " Si je dis, ils vont me sanctionner, me faire un procès... "). Cela peut entraîner, en miroir, le refus de l'autre de dire la sienne.
  • On peut parfois conclure un pacte prévoyant de la sécurité pour chacun s'il y a confiance (" Je ne t'en voudrai pas si tu dis... ", " Si chacun dit, on s'engage à réparer financièrement selon sa part et cela n'ira pas plus loin ", " La seule chose que nous attendons, ce sont des excuses... "). Elles peuvent parfois être réciproques, chacun ayant pu blesser l'autre dans l'engrenage du conflit. Cela est difficile quand chacun attend que l'autre commence (voir outil 34).
  • On peut aussi rechercher des solutions qui engagent pour le futur, même si aucun des acteurs n'a révélé le sentiment qu'il a de sa propre part. On tourne la page du passé sans continuer à s'accuser et on s'engage pour le futur.
  • CAS du Centre commercial Villecom

    Situé en bordure d'une grande ville, sur un terrain de campagne en très mauvais état, ce centre comprend 25 commerces (vêtements, chaussures, pharmacie, articles de sport...). Les commerçants ont demandé depuis près d'un an à la société Invest-Pro, propriétaire, la réfection du centre (en particulier l'entrée, la totalité du parking en partie défoncé, les peintures, etc.). Par contrat, chacun doit être prévenu trois semaines avant le début des travaux sur le centre.

    Ils ont été prévenus un mois à l'avance que les travaux importants qu'ils demandaient ont été programmés en juin-juillet, juste sur la période des soldes où, selon les commerces, ceux-ci font 20 % à 40 % de leur chiffre d'affaires de l'année en un mois ! Ils se sont opposés vivement à ces travaux qui les amèneraient à fermer près de trois semaines, pendant les soldes ! Ils sont très en colère, menacent d'empêcher par la violence les travaux, de faire la grève des loyers et tiennent le propriétaire Invest-Pro, qui les maintient, entièrement responsable de la situation en programmant des travaux pendant les soldes.

    Invest-Pro (propriétaire de 110 centres commerciaux de taille variable en France) travaille exclusivement avec une entreprise de travaux publics qui lui assure des prix avantageux, et a pu enfin programmer intégralement les travaux demandés. Invest-Pro a respecté le temps de préavis prévu au contrat. Et maintenant, les commerçants s'y opposent violemment et veulent attaquer les engins qui viendront démarrer les travaux ! Ils en sont entièrement responsables.

    Cet affrontement dans la colère, sans reconnaissance de la part de soi et de l'autre dure plus de dix jours... Ce n'est que dans une phase de mûrissement (outil 45), facilitée par un tiers médiateur, que chacun a pu dégager sa part.

    Cette reconnaissance réciproque de la part de responsabilité peut suffire pour faire évoluer sur le chemin de la résolution, aucune des organisations ne se sentant plus complètement accablée par l'autre.

    Ma part Ta part Notre part (mais aussi parfois... leur part = les absents...).

    Dans ce cas, quelle est la part de chacun ?

    Jacques Salzer, Arnaud Stimec

    NEWSLETTER | Abonnez-vous pour recevoir nos meilleurs articles