Par Bernard Petitjean, 19/02/2010
Dans une société où l'image et le son sont omniprésents, l'écrit a-t-il encore un avenir, que ce soit sur papier ou sur écran ?
Thème d'expertise : Stratégie de marque .Veille marketing .
Au lancement du Kindle par Amazon, Steve Jobs estimait que non et parlait même de « concept stupide », 40 % des Américains lisant moins d'un livre par an. Pourtant, c'est le même homme qui courtise aujourd'hui les éditeurs, considérant désormais que les livres et l'information écrite peuvent être des moteurs pour son I.Pad. Peut-être a-t-il lu le rapport « How much informations 2009 ? » de l'Université de Californie selon lequel le volume de lecture consommé par les américains a triplé en 30 ans…
En France, les données disponibles sont tout aussi difficiles à analyser. Les lecteurs de livres représentent toujours 69 % de la population française (TNS/La Croix 2009) mais la quantité de lecture est en baisse, avec 35 % des Français qui lisent plus de 5 livres par an contre 42 % en 1981. Du côté de la presse, la lecture des quotidiens est en régression mais celle des magazines progresse. Enfin, côté numérique, les 2,5 millions de blogs français actifs, les milliers de SMS écrits et lus chaque seconde et la montée de la consommation d'information en ligne indiquent que l'écrit conserve des atouts.
Ces données et analyses ne sont pas aussi contradictoires qu'il y paraît si l'on prend en compte le fait que la lecture est désormais un moyen d'information et de distraction parmi beaucoup d'autres et s'inscrit dans un contexte caractérisé par le zapping et l'arbitrage permanent en termes de « budget temps », d'utilité et de plaisir. Parce qu'il est vain d'espérer que la lecture puisse concurrencer tous les moyens de s'informer et de se distraire, les professionnels de l'écrit doivent donc concentrer leurs efforts sur ce qui fait sa force :
- D'une part, l'information enrichie produite par des experts et garantie par des marques médias engagées, ce que résume Bernard Poulet (« La fin des journaux », Gallimard 2009) par la formule « le gratuit d'un côté et l'information de plus en plus payante de l'autre ».
- D'autre part, la capacité à créer et à faire vivre de l'imaginaire, qui explique que plusieurs millions d'adolescents français nourris au web et à la gratuité aient acheté des ouvrages plus que copieux tels que Harry Potter ou Twilight.
Candidats :
découvrez des centaines d'offres d'emplois spécialisées dans le marketing et la communication.
Recruteurs :
déposez votre annonce. 300 € H.T. 2 mois de parution sur nos 6 sites.
Espace de libre expression sur tous les thèmes de votre univers profesionnel.
ConsulterQuelle couleur politique les Français attribuent-ils aux marques ?
Cette étude est très intéressante. C'est vraiment dingue de voir que dans notre inconscient on associe des choses qui à la base n'ont rien à voir ...
Maxime Le Roux - 23/05/2012
Twitter peut impacter votre business
Et quand tu sais qu'il y a des agences spécialisées pour balancer des faux avis... Tu flippes ! Les spécialistes de la e-réputation ne craignent pas ...
directetudiant.com - 23/05/2012
Black swan: Un bon cygne pour Canal +
Il faut dire que Canal domine la concurrence en terme d'innovation et de publicité. Respect pour le coup du cygne... J'adore !
emailing - 22/05/2012
PARIS du 28/06/2012 au 29/06/2012
Organisée par ECOMMERCE MAGAZINE
ConsulterPARIS du 28/06/2012 au 29/06/2012
Organisée par CEGOS
ConsulterPARIS du 28/06/2012 au 29/06/2012
Organisée par CEGOS
Consulter
Commentaires des lecteurs (2)
Réponse de Bernard Petitjean le 05/03/2010
Oui l'écrit s'appauvrit
Je suis pour l'essentiel d'accord avec vous. L'écrit ne disparaîtra sans doute pas, mais va terriblement s'appauvrir. Pour le plus grand nombre, savoir lire et écrire n'est plus vraiment nécessaire : un enfant de 2 ans "lit" Mac Donald en voyant le logo du fast food, les médias audiovisuels informent sans le secours de l'écrit et le téléphone permet d'émettre des messages oraux ou utilisant l'écriture ultra basique des SMS.
Si le plus grand nombre délaissait progressivement la lecture et l'écriture, nous ne retournerions pas à l'âge de pierre mais plutôt au début de la société industrielle, époque à laquelle les "hussards noirs" de la République commençaient à apprendre à lire et à écrire aux enfants des paysans et des ouvriers. La lecture et l'écriture au sens traditionnel du terme demeureront pour les "experts", tout simplement parce qu'elles sont les clés de la pensée. Mais c'était déjà le cas dans l'Egypte ancienne, à Athènes et Rome, puis chez les lettrés du moyen-âge.
Rien de grave donc, si l'on ne prend pas en compte une différence fondamentale entre ces époques savantes et lointaines et aujourd'hui : la démocratie qui, pour s'exercer correctement, implique que les citoyens raisonnent et ne fassent pas de choix essentiels à partir de l'émotion, donc des seules images. La démocratie d'opinion ou la démocratie émotionnelle qui gagnent du terrain sont tout, sauf la démocratie.
Je suis moins d'accord avec vous sur la disparition de l'imprimé que nous promettaient déjà il y a 30 ans les gourous de l'informatique et que démentent nos corbeilles à papier. Et je vous trouve bien optimiste lorsque vous évoquez "des business models viables et éprouvés pour les médias d'information en ligne". J'ai beau regarder, je ne vois pas de pure player de l'information qui réalisent des chiffres d'affaires supérieurs à ceux d'un gros commerce de quartier, je ne vois pas de portefeuilles d'abonnés qui dépassent quelques milliers de fidèles, je ne vois pas de recettes publicitaires significatives sur les supports d'information (et non de service) en ligne. Et je ne trouve pas sain que ces pure players équilibrent leurs comptes avec des contributions de "mécènes" ou des prestations de service (formation, construction de sites) qui sont bien loin du coeur de métier.
Le 01/03/2010 Romain Lorek à écrit :
Je dois avouer que la question de la persistance de l'écrit peut paraître cruciale mais elle n'est, de mon point de vue, que superficielle
Merci à vous pour le commentaire éclairé que vous nous apportez quant à l'avenir de l'écrit sur différents supports. Ce domaine vous tient, me semble-t-il, particulièrement à cœur.
Je dois cependant vous avouer, si vous me le permettez, que je l'ai trouvé très sommaire et réducteur. Je me propose donc de vous présenter mon point de vue sur ce sujet.
Je dois avouer que la question de la persistance de l'écrit peut paraître cruciale mais elle n'est, de mon point de vue, que superficielle. Nos Sociétés sont bâties sur ce savoir transmis de génération en génération, de manière transcrite et marginalement orale, en ce qui nous concerne. Penser que l'écrit peut disparaître serait comme légitimer l'existence d'un état d'analphabétisme massif. Vous semblez réticent à imposer votre opinion. Ainsi, j'appuierai ma thèse afin d'apporter une réponse tranchée et un élargissement qui me paraît, dans ce cas, indispensable.
Il est vrai, et vous l'avez souligné, que le nombre de lecteurs de supports écrits est en augmentation mais que le nombre d'ouvrages lu est, quant à lui, en baisse. Cette régression résulte cependant d'un transfert de la « connaissance ». En effet, les nouveaux media en ligne et supports de lecture tels que le Kindle ou l'I.Pad, les nouvelles technologies et connectivité accrue permettent au plus grand nombre un accès quasi illimité et instantané à l'information.
Le transfert du papier vers l'écran est une conséquence directe de l'essor du Web 2.0, un web communautaire et participatif. Tout internaute est désormais en mesure de consulter, créer et partager l'information. L'écran, l'image ou le son ne représentent pas plus une menace pour à l'écriture que pour la lecture, mais une nouvelle dimension, une nouvelle possibilité d'essor. De nombreuses plateformes internet sont aujourd'hui basées sur cet échange : Wikipedia, Qype, FaceBook, Twitter etc…
Je différencierai dans ma réponse le papier et l'écran. Le support papier va se raréfier, à défaut de s'accroitre. Google a trouvé une large audience en publiant en Feed ses news, et les business models semblent aujourd'hui viables et éprouvés pour les media d'information en ligne. L'écran OLED semble d'ailleurs se profiler comme le descendant direct du journal. L'écrit à l'écran semble donc apporter un accès accru à la lecture, dans l'instant. New Media Age décrivait, dans une article relatif aux médias en ligne, que notre rapport à l'instantanéité avait évolué en renforçant le besoin d'accès immédiat à l'information.
Enfin, je conclurai cette réponse en abordant ce qui représente à mes yeux le réel point sensible de cette accessibilité et partage de l'information : sa justesse. L'exemple qui illustre a merveille cette idée est celui de Wikipedia : Trois cent cinquante Unique Users se sont connectés à cette encyclopédie participative en ligne au mois de Décembre 2009 (source : ComScore). Or, selon plusieurs articles dont notamment du Boston Globe http://www.boston.com/business/globe/articles/2004/07/12/..., l'encyclopédie serait loin de proposer aux internautes une information juste et non biaisée, à tel point que l'auteur en déconseille l'utilisation.
Mon second bémol concerne les nouveaux moyens de communications tels Twitter, FaceBook, Sms. Ils sont évidemment largement utilisés et basés sur l'écrit, là n'est pas le problème. Le point sur lequel je veux insister est la mauvaise utilisation du langage. Les utilisateurs communiquent plus par écrit et à une fréquence plus élevée en utilisant des abréviations, modifications orthographiques ou anglicismes qu'ils adopteront naturellement comme une façon appropriée d'écrire.
A la question « l'écrit est il destiné à disparaître ? » je répond fermement « Non ». A la question « va-t-il s'appauvrir et perdre de sa justesse », je réponds « Sans doute, malheureusement »
Je reste bien évidemment à votre disposition pour tout commentaire.
Romain Lorek
Réagir à ce commentaire
Signaler un abus
Romain Lorek - 01/03/2010
Je dois avouer que la question de la persistance de l'écrit peut paraître cruciale mais elle n'est, de mon point de vue, que superficielle
Merci à vous pour le commentaire éclairé que vous nous apportez quant à l'avenir de l'écrit sur différents supports. Ce domaine vous tient, me semble-t-il, particulièrement à cœur.
Je dois cependant vous avouer, si vous me le permettez, que je l'ai trouvé très sommaire et réducteur. Je me propose donc de vous présenter mon point de vue sur ce sujet.
Je dois avouer que la question de la persistance de l'écrit peut paraître cruciale mais elle n'est, de mon point de vue, que superficielle. Nos Sociétés sont bâties sur ce savoir transmis de génération en génération, de manière transcrite et marginalement orale, en ce qui nous concerne. Penser que l'écrit peut disparaître serait comme légitimer l'existence d'un état d'analphabétisme massif. Vous semblez réticent à imposer votre opinion. Ainsi, j'appuierai ma thèse afin d'apporter une réponse tranchée et un élargissement qui me paraît, dans ce cas, indispensable.
Il est vrai, et vous l'avez souligné, que le nombre de lecteurs de supports écrits est en augmentation mais que le nombre d'ouvrages lu est, quant à lui, en baisse. Cette régression résulte cependant d'un transfert de la « connaissance ». En effet, les nouveaux media en ligne et supports de lecture tels que le Kindle ou l'I.Pad, les nouvelles technologies et connectivité accrue permettent au plus grand nombre un accès quasi illimité et instantané à l'information.
Le transfert du papier vers l'écran est une conséquence directe de l'essor du Web 2.0, un web communautaire et participatif. Tout internaute est désormais en mesure de consulter, créer et partager l'information. L'écran, l'image ou le son ne représentent pas plus une menace pour à l'écriture que pour la lecture, mais une nouvelle dimension, une nouvelle possibilité d'essor. De nombreuses plateformes internet sont aujourd'hui basées sur cet échange : Wikipedia, Qype, FaceBook, Twitter etc…
Je différencierai dans ma réponse le papier et l'écran. Le support papier va se raréfier, à défaut de s'accroitre. Google a trouvé une large audience en publiant en Feed ses news, et les business models semblent aujourd'hui viables et éprouvés pour les media d'information en ligne. L'écran OLED semble d'ailleurs se profiler comme le descendant direct du journal. L'écrit à l'écran semble donc apporter un accès accru à la lecture, dans l'instant. New Media Age décrivait, dans une article relatif aux médias en ligne, que notre rapport à l'instantanéité avait évolué en renforçant le besoin d'accès immédiat à l'information.
Enfin, je conclurai cette réponse en abordant ce qui représente à mes yeux le réel point sensible de cette accessibilité et partage de l'information : sa justesse. L'exemple qui illustre a merveille cette idée est celui de Wikipedia : Trois cent cinquante Unique Users se sont connectés à cette encyclopédie participative en ligne au mois de Décembre 2009 (source : ComScore). Or, selon plusieurs articles dont notamment du Boston Globe http://www.boston.com/business/globe/articles/2004/07/12/..., l'encyclopédie serait loin de proposer aux internautes une information juste et non biaisée, à tel point que l'auteur en déconseille l'utilisation.
Mon second bémol concerne les nouveaux moyens de communications tels Twitter, FaceBook, Sms. Ils sont évidemment largement utilisés et basés sur l'écrit, là n'est pas le problème. Le point sur lequel je veux insister est la mauvaise utilisation du langage. Les utilisateurs communiquent plus par écrit et à une fréquence plus élevée en utilisant des abréviations, modifications orthographiques ou anglicismes qu'ils adopteront naturellement comme une façon appropriée d'écrire.
A la question « l'écrit est il destiné à disparaître ? » je répond fermement « Non ». A la question « va-t-il s'appauvrir et perdre de sa justesse », je réponds « Sans doute, malheureusement »
Je reste bien évidemment à votre disposition pour tout commentaire.
Romain Lorek
Réagir à ce commentaire
Signaler un abus