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[Chronique] Un marketer doit-il être curieux ?

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[Chronique] Un marketer doit-il être curieux ?

La curiosité a la réputation d'être un vilain défaut, mais c'est pourtant une vertu essentielle chez un marketer, analyse ce mois-ci, exemples à l'appui, Hervé Kabla.

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La curiosité est un vilain défaut, dit-on souvent. Esprit mal placé, comportement envahissant, posture de celui ou de celle qui se mêle des affaires des autres au lieu de balayer devant sa porte, les motifs de se plaindre de la curiosité des autres sont nombreux. Pourtant, il me semble que la curiosité est une vertu essentielle chez un marketeur, et pour de nombreuses raisons.

De quel type de curiosité parle-t-on ?

Tentons d'abord de définir comment peut s'exprimer la curiosité d'un marketeur : de mille et une manières. C'est d'abord la curiosité vis-à-vis des produits ou des services dont il a la charge. Il serait en effet inconvenant, et totalement absurde, de s'occuper de produits qui ne l'intéresse pas, ou dont une compréhension superficielle semblerait suffisante. Je recommande vivement à tout marketeur qui n'éprouve aucune curiosité envers son domaine d'activité de considérer sérieusement un autre secteur, voire une autre activité professionnelle. La curiosité doit permettre d'aller au fond des choses, au bout des usages, de se mettre à la place des clients, qui n'hésiteront pas, eux, à procéder de la sorte.

Parlons-en, des clients. La curiosité du marketeur les concerne, eux aussi. On ne demandera pas à un marketeur de connaître ses clients un à un - quoique cela reste du domaine du possible dans certains secteurs, en B2B - mais au moins doit-il ou doit-elle comprendre quelles motivations les animent, ce qu'ils cherchent, comment ils perçoivent les produits et les services qu'ils acquièrent, quels usages ils en font, et comment mieux les servir.

Lutter contre la routine

Avec le temps, justement, usages et clients vont évoluer. On parle beaucoup, ces temps-ci, de l'impact du digital. Mais l'évolution qu'apporte le numérique, on l'a déjà vue à l'action dans d'autres secteurs, radicalement recomposés par l'apparition de nouveaux savoir-faire ou de nouvelles technologies. Le marketeur curieux doit évaluer les changements en cours, et comprendre quelles en seront les répercussions : vieillissement ou rajeunissement de la clientèle, migration vers d'autres formes de services, compétition sur les prix, le marketeur doit être en alerte au quotidien, et lutter contre toute forme d'endormissement, ou de routine.

Capitaliser sur les pratiques d'autres secteurs

Le marketeur curieux est capable de s'adapter et de comprendre comment appliquer les pratiques d'un secteur à celui dans lequel il évolue. À une époque comme la nôtre, où l'on parle presque tous les jours de disruption ou d'" ubérisation ", un tel comportement est non seulement utile, mais quasiment nécessaire. Qu'apportent l'essor de l'Internet mobile ou des approches collaboratives à mon marché à mes produits ? C'est la question que doit se poser tout marketeur.

Continuer à s'améliorer

Enfin, la curiosité est souvent une source d'inspiration étonnante. En observant ce que font les autres, et comment ils le font, dans d'autres pays, ou dans des sociétés concurrentes, on fait évoluer sa propre manière de penser, ce qui permet, très souvent, d'améliorer ses méthodes de travail. La curiosité est un facteur d'amélioration étonnant. Voyager, rencontrer ses concurrents sur un salon, se documenter, lire des revues - comme celle-ci - permettent, justement, de faire travailler sa curiosité.

Pourtant, d'un individu à l'autre, d'un pays à l'autre, la curiosité ne mène pas forcément aux mêmes résultats. Emma Marcegaglia - CEO et ancienne présidente Medef Italien - aurait un jour affirmé que, "quand il y a une innovation, les Américains en font un business, les Chinois la copient, et les Européens la réglementent ". La curiosité, aussi vertueuse soit elle, ne permet pas toujours de sortir des schémas de pensée dans lesquels notre culture nous enferme...

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L'auteur: Hervé Kabla dirige Be Angels, agence digitale spécialiste des médias sociaux, et a cofondé une association qui rassemble les professionnels des médias sociaux et du digital en entreprise. Il accompagne des entreprises B2B et B2C dans l'élaboration et la mise en oeuvre de leur stratégie marketing sur les médias sociaux. Il est également coauteur de plusieurs ouvrages aux Editions Kawa, dont "La communication digitale expliquée à mon boss", "Les médias sociaux expliqués à mon boss", et "Le social selling expliqué à mon boss".


Hervé Kabla, directeur général de Be Angels