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eReputation et droit à l'oubli

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Nathalie Kosciusko-Morizet a annoncé cette semaine la signature d'une Charte visant à rendre effectif le "droit à l'oubli" sur les sites collaboratifs et les moteurs de recherche. Quel sera le réel impact de cette Charte alors que Google et Facebook ne font pas partie des signataires?

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Consciente des limites actuelles de cette Charte, Nathalie Kosciusko-Morizet précise d'ailleurs qu'elle « constitue un point de départ ».
Ce texte demande aux acteurs signataires de mettre en oeuvre des actions de pédagogie dans le but de faire prendre conscience aux utilisateurs des risques lors de la publication de données personnelles ou de tiers.et vise à faciliter le droit d'opposition prévu par la CNIL.

Une telle approche, quoique bonne dans son intention, n'en est pas moins limitée dans son application. Une raison simple à cela, la force d'impact d'une telle initiative n'a aujourd'hui d'influence que sur des acteurs principalement français. Citons quelques signataires : Viadeo, Skyrock, Trombi.com, Benchmak Group (Copains d'avant), Microsoft France.

Il semble en effet peu probable que les plateformes étrangères, génératrices de la plus grande audience et qui ne sont pas concernées par la législation française, acceptent de participer à cette initiative. On est donc en droit de se demander quel avenir peut avoir une telle initiative.

Dans ce cas, plutôt que d'espérer la mise à disposition de potentiels moyens correctifs par les diverses plateformes, certainement faudrait-il être davantage préventif en sensibilisant et en « éduquant » les utilisateurs dès le plus jeune âge en intégrant à l'école l'apprentissage et l'acquisition des règles d'utilisation des outils de communication actuels.

La pédagogie est la clé, encore faut-il qu'elle soit faite au bon moment. Demander aux plateformes de prendre des mesures de cet ordre envers leurs utilisateurs est peut être aussi vain que d'inscrire sur un paquet de cigarettes « Fumer tue ». Après tout, est-ce que cette mention freine les fumeurs dans leur consommation? Il est fort probable que l'internaute ne sera pas plus sensible aux alertes d'une plateforme au moment de publier sur le web s'il n'a pas été sensibilisé aux risques éventuels bien en amont.

Le Secrétariat d'Etat chargé de la Prospective et du Développement de l'économie numérique collabore-t-il avec le Ministère de l'Education Nationale pour intégrer dans les programmes une sensibilisation à l'utilisation raisonnée de la communication numérique?

N'est-il pas étonnant que la plupart des grandes écoles ne proposent pas à leurs étudiants des modules de formation au Personal branding afin de leur donner les clés permettant de gérer au-mieux leur eRéputation ? Apprendre à effectuer une veille sur sa « marque personnelle » et prendre conscience des conséquences de ses publications est indispensable pour de futurs demandeurs d'emploi.
Bien sûr, les étudiants utilisent Facebook, mais ont-ils conscience de l'impact de ce qu'ils peuvent y publier, savent-ils se positionner et exploiter des réseaux sociaux à but professionnel comme Viadeo ou Linkedin? Rien n'est moins sûr.

Certaines écoles de commerce dispensent quelques heures en fin de cycle pour sensibiliser leurs étudiants à l’intérêt de veiller sur leur eRéputation et favoriser ainsi leurs chances vis à vis de tout recruteur qui ne manquera pas de « googliser » chaque candidat. Mais pour certains d’entre eux, il est déjà trop tard. Les traces laissées sur internet, et si elles ne sont pas indélébiles, peuvent être très difficiles à faire disparaître comme le prouve le besoin de mise en place de cette Charte visant à faciliter le droit à l'oubli sur internet.

La mise en place d'une Charte sur le droit à l'oubli est peut être nécessaire mais certainement pas suffisante.
Internet fait maintenant partie de notre vie et plus encore de celle de nos enfants, qui ne peuvent pas concevoir une vie sans ce média.
Il faudra donc bien penser à intégrer cela dans nos règles d’éducation, au même titre que d’autres principes. Et il faudra commencer très tôt. L’école et les parents devront intégrer ce nouveau mode de communication et s’assurer que les règles de bonne utilisation sont acquises.

L’e-reputation se bâtira bientôt de plus en plus tôt et se construira tout au long de notre vie.

Frederic Foschiani / QSN-Digital