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LCI menacée de disparition à la fin de l'année

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LCI menacée de disparition à la fin de l'année

Le CSA vient de refuser le passage en gratuit aux chaines payantes de la TNT dont LCI qui vient de célébrer ses 20 ans.

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Cela devait être une formalité. Et pourtant le passage en gratuit de LCI (groupe TF1), Paris Première (groupe M6) et Planète+ (groupe Canal plus) ne se fera pas. Telle est la décision prise ce jour (Mercredi 29 juillet) par le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel. Décision peut être motivée par tout un ensemble de manoeuvres où au passage Canal+ et NextRadioTV ont proposé d'embaucher, en cas d'arrêt d'émission de LCI, les deux tiers de ses salariés. Le trio d'hommes d'affaires, Bergé, Niel et Pigasse, en avait alors rajouté une louche, en proposant de racheter LCI pour le raccrocher au groupe Le Monde. Nonce Paoli se disait alors agacé et voyait ici une tentative de déstabilisation du CSA. Est-ce le cas ? Le fait est qu'il n'aura pas fallut bien longtemps pour que l'Association des Chaines Indépendantes (ACI) constituée des groupes L'Equipe (L'Equipe 21), Diversité TV France (Numéro 23), Lagardère Active (Gulli), NextRadioTV (BFM TV, RMC Découverte) et NRJ (NRJ 12, Chérie 25) félicite " le courage et l'indépendance du CSA ". Rappelons que cette association n'est dans les faits qu'un comité restreint où siège quelques grands noms de l'univers des médias comme François Morinière, Jean-Paul Baudecroux, Pascal Houzelot, Denis Olivennes et Alain Weill. L'ACI vient donc de gagner son bras de fer qui l'opposait depuis plusieurs mois au groupe TF1.

Petite piqure historique

Cette décision est-elle logique ? Revenons quelques années en arrière. Ce pari audacieux, de proposer de nouvelles chaines gratuites, certains grands groupes n'avaient pas voulu en entendre parler lors du lancement de la TNT le 31 mars 2005. A l'époque TPS (TF1/M6) comme Canal Satellite faisaient tout pour saboter le lancement de la TNT. Ils voyaient d'un assez mauvais oeil cette concurrence gratuite et susceptible de toucher 85% de la population Française. Ils étaient à la peine avec leurs offres satellites, lesquelles n'avaient alors séduit que 3 millions d'abonnés. L'un des opposants de la TNT, Gilles Maugars, alors Directeur Général Adjoint de TPS pour sa partie Technique et Informatique s'amusait alors à rappeler que " quant on ne paye rien, on a rien ". Et lui, comme les autres, n'avait donc déployé sur la TNT qu'une offre payante. Depuis, contrairement à l'échec de la TNT payante, les chaines gratuites connaissent un véritable succès. Surtout depuis que sont arrivés de nouvelles chaines gratuites en 2012 comme le passage des programmes au format 16/9e puis en haute définition. Tout cela pour rappeler que les pionniers de la TNT ont montré de l'audace et ont pour certains investi à perte pendant plusieurs années.

Le CSA a t-il simplement raison ?

Les explications données par le CSA (voir encadré ci dessous) ont intégré certaines des craintes observées par Alain Weill en juin dernier quand nous l'avions interrogé à l'occasion de la création de l'ACI : " Proposer LCI en gratuit c'est avoir demain trois chaines d'informations en continu dans le rouge. " Pour le fondateur et président du Groupe NextRadioTV, " Du point de vue du téléspectateur ce n'est pas idiot ". Mais d'un point de vue économique, une chaine comme BFMTV passerait " d'un bénéfice d'un million d'euros à des pertes ". Voilà donc une décision qui doit ravir Alain Weill. Mais très certainement pas les 250 salariés de LCI, qui ne savent pas pour eux quelle tournure prendra ce refus aux allures d'un nouvel échec pour Martin Bouygues. Aux dernières nouvelles, LCI va étudier toutes les voies de recours. Le groupe TF1 vient en effet de prendre acte de cette décision. Mais d'après son PDG Nonce Paolini, il est "probable" que LCI n'émette plus après le 31 décembre 2014.


Les explications données par le CSA

1. La conjoncture du marché publicitaire est caractérisée par une baisse marquée des recettes publicitaires des services de télévision. Le Conseil a relevé qu'aucune reprise significative du marché n'est prévue à brève échéance et que les perspectives à moyen terme demeurent encore incertaines. Il a estimé que l'arrivée d'une ou plusieurs chaînes gratuites supplémentaires ne pourrait pas aujourd'hui être portée par une croissance du marché publicitaire.

2. La situation financière de plusieurs chaînes gratuites est encore fragile, notamment celles qui ne sont pas adossées à un grand groupe. Par ailleurs, les chaînes en haute définition autorisées en 2012 sont en phase de croissance et n'ont pas encore atteint leur maturité et leur équilibre économique.

3. L'offre et la demande de consommation de la télévision. Le CSA considère que l'arrivée d'une ou plusieurs chaînes gratuites supplémentaires, dans un paysage déjà composé de 25 chaînes constituant une large gamme, ne devrait pas se traduire par une augmentation significative de l'usage de la télévision et serait donc de nature à entraîner des phénomènes de transfert d'audience au détriment des chaînes gratuites existantes. Il a relevé, à cet égard, que la durée totale de la consommation de la télévision stagne sans qu'il soit possible de prévoir une inversion de cette tendance à moyen terme.