Comment réussir sa communauté de marque

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Ces plateformes on line de discussions entre les fans permettent de faire parler de la marque et d'évangéliser les consommateurs. Pour parvenir à faire grandir et animer leur communauté, les entreprises doivent faire confiance à leurs "super users".

Comment réussir sa communauté de marque

Les communautés de marque ressemblent à des forums de discussion qui auraient intégré un CRM, le big data et la gamification. Elles permettent aux membres d'échanger des idées, de donner leurs avis et conseils - voire de partager des émotions - sur la marque et ses produits. Avant de se lancer dans l'aventure, une marque doit, au préalable, vérifier qu'il existe naturellement une communauté sur Internet qui parle d'elle. " Nous analysons le bruit autour de la marque sur les médias sociaux ", explique Arnaud de Lacoste, dg de The Social Client, filiale d'Acticall. Les fan pages Facebook, sont notamment, un bon indicateur de l'intérêt suscité par sa marque. S'il existe déjà une ou plusieurs communautés, Bernard Cova, professeur de marketing (1), conseille de les accompagner pour les faire grandir comme l'a fait Alfa Romeo avec les Alfistes plutôt que de partir de zéro. " S'il n'existe pas de bruit, il faut trouver un service qui répond aux attentes de ses clients ", poursuit Arnaud de Lacoste. C'est, par exemple, le cas des Troc Conseils de Castorama qui permet aux bricoleurs amateurs de s'entraider pour réaliser leurs travaux.

1| Intervenir le moins possible

Si depuis les années 2000, plusieurs marques ont été convaincues par les bénéfices de ces plateformes d'engagement client, beaucoup s'y sont cassées les dents à l'image de Ferrero qui a fermé MyNutella The Community. Son p-dg a voulu diriger la communauté et a fait fermer les sites des " Nutellari ", les fans de la pâte à tartiner. " 70% des échecs proviennent de la gouvernance ", estime Tim Wirth, p-dg de Lithium France, éditeur de solutions pour créer et animer des communautés de marque sur Internet. L'erreur la plus commune est de croire la communauté créée par la marque lui appartient. En réalité, cette dernière doit intervenir le moins possible et laisser les membres interagir entre eux et répondre aux questions posées. Sinon, les fans ne resteront pas.

2| Atteindre une taille critique

C'est une condition nécessaire pour que le contenu soit riche et renouvelé. Le recrutement des membres passe par une exploitation de sa base de données CRM, une incitation de ses clients de son site e-commerce ou encore des fans de sa page Facebook à rejoindre la communauté. Cependant, quelques milliers de membres suffisent pour créer un site dédié à l'image du Bénéteau Yacht Club qui réserve son site aux propriétaires de bateaux de la marque et compte 1600 membres. L'observation de ces sites web a fait apparaître la loi des 90-9-1 qui divise les membres en trois catégories : 90% des personnes qui sont sur les communautés de marque ne participent pas, 9% le font occasionnellement et 1% sont actifs. Ces derniers appelés " super users " sont stratégiques dans l'animation de la communauté.

3| Identifier les ambassadeurs de la marque

Les marques doivent être capables d'identifier les "super users" et de les fidéliser. Les plateformes logicielles qui permettent de créer des communautés de marque, font appel à l'analytics comportemental pour faire émerger les " super users ". Dans un second temps, ces animateurs bénévoles de la communauté doivent être valorisés et récompensés. Les meilleurs et les plus importants contributeurs apparaissent sur les pages d'accueil de ces sites web. Les plateformes utilisent également les ressorts de la gamification : plus les ambassadeurs sont actifs, plus ils franchissent de paliers, et plus ils bénéficient de droits d'administration de la plateforme. Mais, ce sont les invitations à des événements qui permettent de récompenser les " super users ". Par exemple, chaque année, le p-dg de British Telecom invite ses ambassadeurs à dîner dans la tour BT de Londres.

4| Garantir la qualité du contenu

Ce contenu doit être généré de manière continu par les membres et répondre à leurs besoins. Le manque de fraîcheur sera décevant. Pour parvenir à augmenter la fréquence et la qualité des échanges, les marques doivent idéalement réussir à créer une émotion. " Ce qui fait la puissance d'une marque, ce sont les histoires personnelles que les gens se racontent ", souligne Bernard Cova. Si cet objectif n'est pas à la portée de toutes les marques, il n'est pas réservé aux love brand. Ainsi, HP a été la première surprise de découvrir que sa calculatrice financière HP-12c, objet pourtant peu design et pratiquement inchangé depuis 1981, suscitait un culte chez les professionnels. A l'occasion des trente ans du modèle en 2011, HP a eu l'idée de demander aux membres de sa communauté, The Next Bench, de raconter leur plus beau souvenir avec cette calculette.

5| Animer la communauté

La marque doit veiller à la pérennité de la communauté dans le temps. Les plateformes logicielles comportent des outils statistiques qui permettent de surveiller sa santé : nombre de membres et évolution de la taille de la communauté, nombre de contributeurs et de posts par membre, temps passé sur le site et nombre de pages vues, nombre de réponses à une question et délai moyen... " Une communauté est une société humaine complexe. Il faut la surveiller comme le lait sur le feu, explique Tim Wirth. Dans la vie d'une communauté, il y a toujours des hauts et des bas : cela implique de prévoir du contenu à partager quand il y a moins d'interactions. " Celui-ci conseille, ainsi, de prévoir un plan de route à douze mois pour programmer des actions et des animations telles que de la production de contenu, des rencontres avec la communauté... Le français Relaxnews qui a ouvert, en mai dernier, Curvysation, communauté dédiée aux femmes rondes aux Etats-Unis pour le compte d'OSP Group, capitalise sur son savoir-faire en matière de contenu pour publier, chaque jour, un post.

Enfin, une marque doit être prête à y investir temps et argent pour réussir. Emeric Ernoult, co-fondateur et p-dg d'Agorapulse (2) qui a créé la communauté de l'enseigne de loisirs créatifs, Cultura, explique : " Une communauté de marque, c'est comme un bon projet web, cela ne se fait pas en trois mois. Souvent, la première version ne fonctionne pas. Il faut un an pour recruter des membres, affiner le contenu et son offre en fonction des demandes de membres ".

A lire : Les bénéfices des communautés de marque à paraître dans le numéro de septembre de Marketing Direct avec les cas clients de GDF Suez, Bénéteau et Joe Mobile.

(1) Bernard Cova est professeur de marketing à Euromed Marseille et à l'Université Bocconi à Milan.
(2) Emeric Ernoult a signé le livre blanc " Les communautés de marques, quels enjeux, quelles solutions ", 2010