Marketing Magazine N°69 - 01/04/2002 - Valérie Mitteaux
La France, n° 1 de la natalité en Europe l'année dernière et en pleine recrudescence de mariages, enregistre néanmoins une hausse du nombre de célibataires. Pour eux, le site Meetic veut rompre avec l'image peu crédible des services de rencontres et entamer une structuration du marché.
«Il y a 14 millions de célibataires en France, et il n'y a guère que Findus
et sa portion individuelle qui ait essayé de les approcher. » Sur la base de ce
raccourci éclairant, Marc Simoncini, ancien P-dg et fondateur du groupe
i(france), ouvre ces jours-ci www.meetic.fr, un site de rencontres dont la
vocation est de permettre aux internautes de trouver l'âme soeur. Si le Web a
préempté le marché aux Etats-Unis, avec des sites comme match.com, udate ou
matchmaker, qui enregistrent depuis le 11 septembre des fréquentations record,
le marché français, lui, reste très peu structuré, tant off line que on line.
Au nom du vieux cliché d'une France "pays de l'amour", l'Hexagone persiste à
bouder la rencontre provoquée. Pour les célibataires de longue durée, que
reste-t-il ? Les petites annonces du Chasseur Français et du Nouvel Obs, avec
la difficulté de faire mouche en quelques mots ; le Minitel et l'Audiotel, où
le sulfureux le dispute vite au porno ; les agences matrimoniales (700 en
France) et leur empirisme. « On part d'une image négative, explique Christophe
Salanon, directeur marketing de Meetic. Le Minitel et ses arnaques, les
agences, chères (1 500 E en moyenne) et pas toujours compétentes... En même
temps, les gens sont aujourd'hui plus ouverts à ce type de démarche. Ils sont
prêts à le dire, et à assumer d'être en quête de quelqu'un. » Côté agences
matrimoniales, on ne croit pas qu'un outil chassera l'autre. Comme l'explique
Monsieur Andréa, président du syndicat des agences, « les êtres humains sont
complexes, on ne peut pas les mettre en adéquation avec des petites cases à
cocher, ça ne marche pas... ».
Meetic s'est tout d'abord concentré sur un outil de "double matching" qui
permet d'approcher la perle rare. Le site, dont la création a coûté 2 millions
d'E, calcule les compatibilités entre les personnes. On se décrit selon une
quarantaine de critères, on se présente en photo, en vidéo et en audio, mais
aussi en entrant de nombreuses données sur la personne recherchée. On pourra
donc choisir de rencontrer une fleuriste, blonde, de 30 à 35 ans, aimant le
nougat et utilisant le RER pour se rendre à sa salle de gym ! Le système peut
sembler irréaliste. Il n'est pas si absurde si l'on en juge par les exigences
croissantes des célibataires endurci(e)s, dont les "cahiers des charges",
relatifs au conjoint idéal, finissent par être le premier frein à toute
possibilité de rencontre. Chez les filles en tout cas. Marc Simoncini a
également beaucoup planché sur le modèle économique de son site. Il a choisi de
le rendre payant. Mais seulement pour les garçons. Pour s'assurer que ces
derniers auront des démarches décentes et sincères vis-à-vis des demoiselles,
les créateurs du site estimant que les messages salaces sont essentiellement
masculins. Par ailleurs, la faible présence des femmes sur le Web (15 %
seulement) ne doit pas nuire au site. On consulte les offres gratuitement, seul
le contact est payant. Trente centimes d'euros pour répondre à une annonce, et
jusqu'à 91 euros environ pour s'abonner pour un an. Meetic s'est doté de toutes
les technologies évoluées de l'Internet, paiement par carte bancaire, mais
aussi monnaie virtuelle sous forme de crédits rechargeables via le site ou le
téléphone. Les contacts seront multiaccès : Web, SMS, Wap, PDA et Audiotel.
Tout est paramétrable : alertes mails, mais aussi black-lists pour éviter les
raseurs. Via une campagne on line, un concours et quelques acquisitions de
fichiers, le site ouvre avec près de 100 000 abonnés. Reste à éviter les
dérapages du Minitel. Pour cela, Meetic promet une modération (contrôle des
messages par le propriétaire du site) très stricte des textes et images. Toute
information salace vaudra l'exclusion. Mais le fait que le site soit payant
devrait limiter ce genre de pratiques. Bien sûr, rien n'est garanti. « Comme
dans une boîte de nuit, on peut filtrer l'entrée, mais après, ce que les gens
se disent à l'intérieur... », note Marc Simoncini. Quant aux célibataires, il
attend les résultats de Meetic pour leur proposer un magazine papier et
pourquoi pas une chaîne câblée... Car, si la difficulté de rencontrer chaussure
à son pied lui semble être un phénomène durable, le célibataire reste un client
transitoire : « C'est le seul business où le client satisfait est un client
perdu. »
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