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Sortir d'une conception réactionnaire du marché

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Selon certains piètres penseurs, critiquer la pornographie équivaudrait à s'attaquer à la liberté d'expression. Mieux vaudrait rire de cette levée de boucliers qui prône une sexualité archaïque. Xavier Deleu, auteur du "Consensus pornographique"* et réalisateur de documentaires, explique les raisons de cette bien pensance pornographique.

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L'invasion de la pornographie serait-elle la faute de la libération sexuelle des années soixante-dix ?


Certainement pas ! La libération sexuelle a été vécue par les démocraties libérales comme le signe avant-coureur d'une révolution dangereuse, d'une contestation plus globale de l'organisation et des valeurs de la société. Depuis, le capitalisme a réussi à faire du désir une marchandise qu'il peut moduler et encadrer.

Qu'entendez-vous par "consensus pornographique" ?


Nous sommes dans un contexte d'accélération qui ne laisse plus de temps à la création. Notre société est celle du recyclage permanent et des vases communicants ordonnancés par un marketing sans imagination. Ainsi, les images de la sexualité commerciale dominante s'inspirent des modèles du cinéma X. L'espace public est soumis à l'impératif du "faire obscène". Rocco Siffredi est devenu l'idéal-type de la mythologie sexuelle marchande.

Quelle est la responsabilité de la publicité ?


Elle répand les codes du porno comme nec plus ultra de l'esthétique capitaliste. C'est la vogue du fameux "porno-chic" et sa prolifération de soumission féminine, de violence et de perversions. L'obscénité au quotidien fait recette, de Ruquier à Ardisson. Malheureusement, ces frénésies anachroniques font obstacle à la mixité et altèrent le cheminement amoureux. Toutes ces représentations de la soumission féminine, tous ces recyclages de stéréotypes surannés font que le désir n'est jamais interrogé.

Les vrais réactionnaires sont-ils du côté de la pornographie ?


Bien sûr. L'univers du cinéma X est dominé par les représentations masculines. En simplifiant, on pourrait dire qu'il s'agit de la subordination de la marchandise-femme aux forces de production-homme, donc d'un prolétariat-femme à un patronat-homme. L'infériorisation systématique des femmes, la dégradation de leur identité est devenue la norme. La pornographie n'est certainement pas une libération des corps et des esprits.

Dans votre ouvrage, vous tenez des propos très sévères sur Internet. Pourquoi ?


Le Web est un outil technique sophistiqué, mais il amplifie les pires préjugés archaïques des sociétés traditionnelles. Il fait écho massivement aux anciens clichés misogynes. Pour résumer, je dirais qu'Internet est la continuation de la domination masculine réelle par des moyens virtuels. C'est une nouvelle conquête de l'idéologie sexiste. Certains y voient même une revanche, dans le domaine virtuel, de l'indépendance progressive des femmes dans le réel. Internet aggrave la déliquescence du langage dans une société moderne en proie à un imaginaire obsessionnellement iconographique. Il accroît le contentieux entre les genres au lieu de les rapprocher dans une mixité créative. * Editions Mangodocument

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