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Radio: après la TNT, la RNT

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Le grand public en entend moins parler que de la TNT, pourtant c'est LE grand enjeu de la radio. Trois ans après la télévision, l'autre média populaire s'apprête à faire sa révolution numérique. Un tournant qui élargira son champ d'action, tant auprès des auditeurs que du marché.

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@ Fotolla/LD

«Nous sommes dans le pays d'Europe qui compte le plus grand nombre de radios, et où presque 84% de la population est à l'écoute chaque jour. On ne peut donc pas être un des seuls pays à rester en analogique», déclarait Axel Duroux, président du directoire de RTL, lors de la conférence de rentrée de la station en septembre dernier. A la même période, le Syndicat interprofessionnel des radios et télévisions indépendantes (Sirti), qui regroupe la quasi-totalité des radios indépendantes, locales, régionales et thématiques (131 radios), réunissait ses adhérents à l'occasion de la «journée des indépendants pour la radio numérique», afin de faire le point sur les normes techniques, les expérimentations en cours ainsi que l'organisation des futurs appels à candidature, un point-clé pour ces radios qui aspirent à développer leurs réseaux et leurs offres.

Parallèlement, l'association pour la radio numérique Digital Radio France lançait son site internet d'information sur le sujet (www. radio-numerique.fr) à destination des professionnels, mais aussi «des futurs auditeurs qui ont entendu parler ou entendent parler de radio numérique et ne comprennent pas tout».

Dominique Guérin (Mediaedge: cia):

«La radio était déjà très souple en termes de création et d'interactivité, l'arrivée du numérique va constituer une évolution spectaculaire.»

De nouveaux enjeux

On l'aura compris, le média accélère la cadence pour écrire cette page de son histoire. Plusieurs étapes préliminaires ont déjà été franchies depuis un bon nombre de mois, de la réunion de la profession dans le Groupement pour la radio numérique au début d'expérimentations en Ile-de-France en passant par le choix d'une norme. La prochaine étape concerne les appels à candidature pour les fréquences. Un enjeu à la fois politique et économique, car le passage à une fréquence unique permettant aux radios numériques de couvrir désormais l'ensemble du territoire est perçu différemment par les radios de service public et par les stations privées. En effet, les premières bénéficient déjà d'une couverture nationale, un avantage dont profiteront les secondes avec le numérique. La fréquence unique est aussi un élément que suivra forcément de près le marché. «Ce sera un vrai chambardement, car on saura quelles sont les fréquences que choisissent vraiment les Français», confirme Dominique Guérin, directrice générale adjointe de Mediaedge: cia, qui occupa la fonction de directrice déléguée du Syndicat indépendant des régies de radios privées (SIRRP), il y a quelques années.

«Ce sera effectivement une révolution, car l'uniformisation de l'offre va faire que certaines stations vont y gagner tandis que d'autres y perdront, ajoute Philippe Nouchi, directeur des études audiovisuelles chez ZenithOptimedia Research. On peut aussi se demander s 'il y aura de nouveaux entrants, question que les régies des principaux groupes ne se posent pas aujourd'hui.» L'autre interrogation concerne l'attitude des auditeurs. Si quelque 27% des foyers français sont aujourd'hui équipés pour recevoir la TNT (avec 11,4 millions d'adaptateurs ou de téléviseurs loués ou vendus depuis 2005, soit un niveau d'équipement semblable à ceux du DVD, du baladeur MP3 et de la photo numérique), on peut effectivement se demander si les Français seront tout aussi volontaires pour acheter des récepteurs de radio numérique. En attendant le déploiement total du numérique sur le territoire national, installation que les spécialistes n'envisagent pas avant trois bonnes années, chacun commence à prendre ses marques. C'est le cas de Radio Classique (voir encadré). Et également celui de RTL. La première radio de France (899 000 auditeurs par quart d'heure, selon Médiamétrie, Enquête 126.000, avril-juin 2007, lundi-vendredi, 5h/24h) a ainsi lancé RTL Autrement, un service en ligne qui propose aux auditeurs d'écouter sur le Net tous les programmes de la station, mais à des horaires différents. Il ne s'agit pas là d'un service d'écoute à la demande, mais de rediffusion en numérique des émissions de RTL. «Ce n'est pas un service très révolutionnaire, mais cette première radio généraliste numérique montre notre savoirfaire dans ce domaine, déclare Axel Duroux. La numérisation de la station représente 55 kilomètres de câbles tirés dans tous les locaux!» La radio de la rue Bayard est également présente sur le Web depuis le 8 octobre avec RTL-L'Equipe, «la radio du sport et de l'info«, née d'une joint-venture conclue à 50-50 avec le poids lourd des médias du sport. «Cette radio numérique va vivre dans un premier temps sur le Web, jusqu'en mars, avant une phase de lancement en septembre avec, j'espère, une fréquence numérique», indique Axel Duroux. Et de préciser: «Nous ne croyons pas aux web radios, mais aux radios sur le Web avec une valeur ajoutée, des programmes uniques, spécifiques. L'arrivée du numérique, qui va apporter une offre plus large, doit permettre de séduire de nouveaux auditeurs.»

Que va changer le numérique?

La radio numérique devrait apporter plus de choix, la possibilité d'enregistrer, de connaître les titres des chansons, les invités des émission ainsi que des services associés comme la météo, les infos trafic ou les alertes de service public. Avec la radio numérique, l'auditeur ne choisit plu sa station à partir d'une fréquence, mais par le genre ou le nom. D'autre part, si vous écoutez la FM et que le signal numérique peut être capté, le récepteur commutera automatiquement sans que vous ne vous en rendit compte. En plus d'une qualité équivalente, voire supérieure à celle de la FA la radio numérique permettra d'accéder à un guide des programmes, comme le TextTV ou le programme des chaînes de la TNT ou de l'ADSL Pour en savoir plus, voir le site www.radio-numerique.fr

Ca bouge sur la Toile

Cette volonté d'apporter du contenu valorisé est également affichée par RMC.fr, qui vient de lancer sa nouvelle formule en se présentant comme un portail interactif sur l'information, la politique et le sport. Les articles, vidéos, podcasts ou contenus live viennent en relais des informations diffusées à l'antenne. Le portail met notamment en avant le Multilive, un service qui propose gratuitement aux internautes plus de 50 soirées de sport en live, et en particulier les grands rendez-vous de football. Le groupe NextRadioTV a de grosses ambitions pour ce site. Avec cette nouvelle version, il escompte, en effet, attirer un million de visiteurs uniques mensuels d'ici la fin novembre (il en comptait 421 000 par mois en juin, selon Nielsen NetRatings) et se classer, à terme, numéro un des sites radio. RMC.fr, comme BFM Radio qui devrait également être dotée d'un nouveau site d'ici la fin de l'année, bénéficient de l'expertise du groupe Tests, racheté il y a quelques mois par NextRadio TV.

Du côté d'NRJ Group, Marc Pallain, président du directoire, a, pour sa part, annoncé le lancement d'une douzaine de web radios des différentes stations, «ce qui portera l'offre à près de trente web radios, le renforcement du contenu du web antenne pour densifier l'information et les services, et le lancement de Mynrj. com, un site social communautaire pour les 12- 25 ans». Parmi les autres modes de consommation de la radio, le groupe booste également le mobile, domaine où il intervient en tant qu'opérateur. Il a d'ailleurs fait réaliser par la société d'études Ibase une enquête sur le couplage radio/ téléphone afin de mieux connaître les usages, les attitudes et les attentes des Français en matière d'écoute de la radio à l'aide du téléphone portable. Il en ressort notamment que 2 Français sur 3 (65%) équipés d'un mobile FM l'utilisent pour écouter la radio, dont la moitié au moins une fois par semaine. Ces auditeurs d'un nouveau genre sont plutôt des hommes (63%), dont plus d'un sur quatre habite l'Ilede-France. Ce sondage a tout pour plaire au groupe commanditaire de l'étude car, parmi les 10 stations les plus écoutées par téléphone, NRJ arrive en tête avec 47% de taux d'écoute, devant Europe2 (38%), Fun Radio (33%), Skyrock (24%) et RTL2 (22%). Ce mode d'écoute étant plutôt le fait des plus jeunes, Nostalgie et Europe 1 se classent en dernier, à égalité avec 11%. Pour l'instant, selon cette étude, seulement 26 % des Français disposent de la fonction radio sur leur mobile.

Philippe Pignol (Lagardère Publicité):

«Le numérique représente une part extrêmement mesurée au regard du chiffre d'affaires global.»

Skyrock réussit sa «netamorphose»

Trois questions à Pierre Bellanger, président et fondateur de Skyrock (groupe Orbus).


MM: Comment la radio Skyrock se prépare t-elle au tout numérique, grand sujet du moment?
P. B.: Skyrock a pour vocation la liberté d'expression populaire de la nouvelle génération. Depuis notre origine, cette mission s'est exprimée tant en termes d'interactivité que de programmes. Avec l'arrivée d'Internet, nous nous sommes reinventes sur le réseau, et nous avons appelé ce processus «la netamorphose». Aujourd'hui, la réussite est telle que Skyrock.com se classe dans les vingt premiers sites mondiaux en pages vues, est la première plateforme de blogs européenne, le premier réseau social des moins de 25 ans en Europe et le premier réseau social mondial d'expression francophone. Cette performance, nous la devons à l'exceptionnelle créativité et générosité de la nouvelle génération.


MM: Les nouveaux comportements d'écoute des plus jeunes mettent sur la sellette l'évolution future des musicales. Qu'en pensez-vous et comment Skyrock réagira-t-elle?
P. B.: Il faut d'abord se demander: qu'est-ce que la radio? La radio se définit comme une présence sonore. Le terme présence se rapporte à la personne humaine et à l'instant immédiat. C'est donc une personne avec laquelle on vit, par l'audition, le même moment.
C'est pourquoi la radio, dans ses fondamentaux, est reliée à l'émotion partagée et au direct.
Une offre internet sur ce terrain est bien entendu une concurrence nouvelle, mais les flux musicaux thématiques proposés en nombre sur le réseau ne sont pas sur le même registre. La vraie concurrence ne vient pas du réseau et affecte les radios adultes: il s'agit des baladeurs numériques.
Aujourd'hui, le meilleur des années quatre-vingt tient sur une clef USB.


MM: Skyrock a été pionnier dans le développement d'un univers sur le Net. Comment continuer à se démarquer dans ce domaine?
P. B.: Nous cherchons en permanence à améliorer la facilité d'usage et les fonctionnalités proposées aux internautes. Nous considérons que le réseau social est la future interface logicielle personnelle des télécommunications. Le réseau social est le futur des télécoms, nous travaillons en ce sens.

Radio Classique à la pointe de la modernité

Contrairement aux idées reçues, le classique peut être le fer de lance du développement des nouvelles technologies. Ce credo de Frédéric Olivennes, directeur général de Radio Classique, s'est matérialisé une nouvelle fois le 17 septembre dernier avec le lancement de la première expérimentation de données associées grâce au RDS (Radio Data System).
Ce développement inédit réalisé avec le concours deTDF, est, pour l'instant, limité à l'Ile-de-France. Les auditeurs de cette zone ont notamment la possibilité de voir s'afficher instantanément sur leurs autoradios le nom du compositeur et le titre de l'oeuvre diffusée dans la programmation musicale, et, de façon générale, le nom des animateurs et des messages tels que «roulez zen» ou «ressourcez-vous» qui reprennent le positionnement «bien-être» de la station. «Radio Classique a un historique en matière de nouvelles technologies, car elle a été la première à diffuser en simultané sur Internet en 1986, rappelle Frédéric Olivennes. Cette expérimentation préfigure ce que sera, demain, la radio numérique. Nous sommes prêts pour son arrivée, avec pour objectif immuable de rendre la musique classique accessible au plus grand nombre.» C'est également pourallerdans ce sens que l'entité du pôle musique de Dl Group (LVMH),qui comprend également Le Monde de la musique, s'est associé avec l'Institut Fraunhofer, inventeur du Mpeg, pour lancer la première web radio en haute définition.
Cette diffusion de programmes musicaux en 5.1 est réalisée sur la Live Radio d'Orange, premier poste de radio wi-fi grand public. Autant d'initiatives destinées à surfer sur la vague de succès qui porte la station. Comme le rappelle Frédéric Olivennes, «depuis notre repositionnement, en deux ans, Radio Classique est l'une des deux radios, avec RMC, à avoir enregistré les plus fortes progressions d'audience avec près de 900 000 auditeurs quotidiens. Et il commence à y avoir une prise de conscience de la part du marché, car les revenus publicitaires de la station ont augmenté de 17 % sur les six premiers mois de l'année». Un signe:la grande distribution a, cette année, pour la première fois, annoncé sur les ondes de Radio Classique.

Michel Cacouault (IP France)

«Les recettes publicitaires sont liées à l'audience. Demain, la radio numérique sera également écoutée en voiture, ce qui devrait permettre de réaliser un chiffre d'affaires important.»

A suivre...

Tous ces développements ont évidemment un impact sur l'organisation des départements commerciaux des groupes. Même si, pour l'instant, comme le note Philippe Pignol, directeur général de Lagardère Publicité, «le numérique représente une part extrêmement mesurée au regard du chiffre d'affaires global», le chemin pris par la radio renforce encore la convergence prônée par l'ensemble des groupes. «Notre métier de base est la radio, c'est là où nous disposons d'un avantage concurrentiel. Mais la stratégie multimédia de NRJ Global fait que notre coeur de métier s'élargit à des services de cross média, du national au local, déclare Emmanuel Roye, directeur délégué d'NRJ Group, en charge du développement commercial France. Nous allons ainsi travailler l'an prochain l'Internet local.» Du côté d'IP France, les lancements de RTL Autrement et de RTL-L'Equipe vont amener la régie filiale de RTL à commercialiser des écrans publicitaires uniquement destinés à la première et à travailler en collaboration avec la régie de l'Equipe Manchette Sport pour la seconde. «Tant qu'elles seront uniquement sur le Web, elles généreront des revenus publicitaires modestes, mais j'espère que cela évoluera avec le numérique», indique Axel Duroux. «Les recettes publicitaires sont liées à l'audience. Demain, la radio numérique sera également écoutée en voiture, ce qui devrait permettre de réaliser un chiffre d'affaires important», confirmait, en octobre dernier, Michel Cacouault, alors directeur général d'IP France. En attendant de savoir s'il sera effectivement rentable commercialement parlant, le pluralisme des technologies est déjà considéré comme une nouvelle opportunité pour la diversité des contenus. «La radio était déjà très souple en termes de création et d'interactivité, l'arrivée du numérique va constituer une évolution spectaculaire», conclut Dominique Guérin.

LENA ROSE

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