Marketing Magazine N°82 - 01/12/2003 - par François Bellanger, animateur du programme Transit-City
Et si, loin d'être une exception, Las Vegas n'était au contraire qu'une synthèse des grandes règles du développement urbain du XXIe siècle ?
Véritable célébration du faux et du kitsh réunis, Las Vegas a toujours
fasciné les architectes et les urbanistes. Dans son célèbre livre “Learning
from Las Vegas”, paru en 1972, Robert Venturi tentait même de démontrer que,
pour la première fois dans l'histoire urbaine, l'espace d'une ville n'était
plus dominé par l'architecture, mais par le “signe”. La construction de
méga-hôtels s'inspirant directement de vraies villes (comme le New York New
York, ouvert en 1997, ou le Paris, ouvert en 1999) ou d'une nature idéalisée
(fausse île tropicale au Mandalay bay, faux ciel au Caesar's Palace) semblait
confirmer cette tendance faisant de Las Vegas une ville totalement à part, peu
duplicable si ce n'est, peut-être, dans certains quartiers de Dubaï, Macao,
Singapour ou Tokyo.
Mais si à l'opposé de cette opinion largement dominante, on considérait au
contraire que Las Vegas était une ville totalement banale, dont la seule
originalité n'était en fait que de concentrer sur quelques acres toutes les
nouvelles recettes du développement urbain ? C'est ce que fait en tout cas - et
avec beaucoup de talent - le philosophe Bruce Bégout dans son excellent livre
“Zéropolis” (éd. Allia, 2002) qui estime que « la culture consumériste et
ludique qui a transfiguré La Vegas depuis trente ans gagne chaque jour plus de
terrain dans notre rapport quotidien à la ville, où que nous vivions ». Pour
lui les choses sont claires : « Ce qui s'est mis en place au cœur du désert de
Mojave, la surpuissance de l'entertainment qui dicte le cours de la vie,
l'organisation de la ville en fonction des galeries marchandes et des parcs
d'attractions, l'animation permanente qui règne jour et nuit dans les rues et
les allées couvertes, l'architecture thématique qui mélange séduction
commerciale et imaginaire enfantin (...), nous connaissons déjà tout cela et
allons être amenés à le vivre de manière plus habituelle encore. » A ceux qui
estimeraient cette analyse un peu excessive, on ne saurait leur rappeler que
les grands concours d'aménagement urbain ayant eu lieu en France ces derniers
mois, que ce soit à Lyon (projet Confluence), à Vaulx-en-Velin (projet Carré de
Soie) ou Marseille (Les Terrasses du Port), s'organisaient tous autour d'un
centre commercial axé sur les loisirs et les activités nocturnes. Le cas
exceptionnel de Marne-la-Vallée, dont le développement de la zone
septentrionale fut directement lié à celui de Disneyland et au centre
commercial de Val d'Europe, s'est aujourd'hui généralisé. Le fun shopping et
l'entertainment sont devenus les principaux producteurs de l'espace urbain dans
de nombreuses villes.
Même si les élus français
et les aménageurs refusent de l'admettre, le modèle Las Vegas est donc déjà
largement implanté dans leur tête. On ne citera, pour exemple, que leur
nouvelle fascination pour les magies du néon (voir le Festival des Lumières à
Lyon ou La Nuit Blanche à Paris), dont la “ville du vice” fut la première dès
1941 à en exploiter toute les ressources. On pourrait aussi évoquer leur
obsession d'attirer les touristes autour d'alibis plus ou moins culturels
(comme à Las Vegas) ou d'attirer les hommes d'affaires lors de vastes
conventions festives (comme à Las Vegas), bref d'essayer par tous les moyens de
drainer de la richesse. Mais, en France, il est toujours aussi impoli de dire
que nos nouveaux modèles urbains viennent des Etats-Unis. Et pourtant…
A lire
“Zeropolis”, B. Bégout, éd. Allia 2002 “Learning from Las Vegas”, R. Venturi, éd. Cambridge “Shopping”, sous la dir. de R. Koolhas, éd. Taschen “Las Vegas”, J. Heimann, éd. Taschen “Las Vegas parano”, H. S. Thompson, éd. 10/18
Fichiers postaux, E-mail, Asile-Colis, Télémarketing... les professionnels du secteur vous proposent leurs services.
Espace de libre expression sur tous les thèmes de votre univers profesionnel.
ConsulterQuelle couleur politique les Français attribuent-ils aux marques ?
Cette étude est très intéressante. C'est vraiment dingue de voir que dans notre inconscient on associe des choses qui à la base n'ont rien à voir ...
Maxime Le Roux - 23/05/2012
Twitter peut impacter votre business
Et quand tu sais qu'il y a des agences spécialisées pour balancer des faux avis... Tu flippes ! Les spécialistes de la e-réputation ne craignent pas ...
directetudiant.com - 23/05/2012
Black swan: Un bon cygne pour Canal +
Il faut dire que Canal domine la concurrence en terme d'innovation et de publicité. Respect pour le coup du cygne... J'adore !
emailing - 22/05/2012
Organisée par Chef d'entreprise Formations
STRATEGIE DIGITALE POUR LES PME
OUTILS ET METHODES
Animée par Philippe Le Bot et Vincent Vantilcke, spécialistes de la stratégie digitale,
et du marketing online
Rendez-vous à Paris,
les jeudi 21 et vendredi 22 juin 2012
Producteur du papier bureautique Premium le plus vendu au monde.
En savoir plus
Kiamo, la solution logicielle totalement intégrée pour piloter sereinement votre centre de contacts multicanal ! Découvrez Kiamo, sur www.kiamo.fr
En savoir plus
Commentaires des lecteurs (1)
marie-josé - 22/03/2007
Las vegas
En tant qu'étudiante en urbanisme, je suis confrontée à ce phénomène: il faut savoir se vendre!!!
Quel phrase l'aide à mes yeux, car Las Vegas est devenu un modèle de référence pour la nouvelle lecture d'une ville, de sa préface annonciatrice de "réussite" " d'attractivité".
Moi, j'aimerai seulement pouvoir créer des relais, des ponts dans dans des villes existantes afin de mettre en valeur leur patrimoine paysager et surtout que les gens qui y vivent s'y reconnaissent .
Je déteste le factice, le tape à l'oeil couteux et sans justification.
Mais un bel immeuble moderne à la ReM KOOLAAS ne me déplais pas car c'est contemporains et peut se marier parfaitement avec l'ancien .
J'ai été amené à lire le livre de Venturi et je suis d'accord de penser que l'architecture est étudier pour être une pompe à fric, mais je préfère penser qu'il y a moyen de faire autrement et que les leurs sont des signes de décadences, il y a dans cette ville quelques chose de pathétique.
N'est-ce pas la meilleure façon de d'occuper le peuple qui à faim de changement politique et sociale?
Merci à Bruce Bégout pour sa controverse.
MarieJ
Réagir à ce commentaire
Signaler un abus