Marketing Magazine N°42 - 01/09/1999 - J-F.C
Au pays de la motivation, l'immobilisme n'est pas de mise. Animation, gestion, récompense... à tous les niveaux opérationnels, les agences explorent de nouvelles voies. Beaucoup plus dans le domaine de la technologie que dans celui de la créativité !
Beaucoup de choses évoluent dans l'animation et dans la gestion des
opérations. Il faut dire que c'est justement dans ces deux domaines que les
agences peuvent le mieux tirer parti des nouvelles technologies. Constamment
sur le devant de la scène, le multimédia constitue-t-il un progrès aussi
important qu'on veut bien le dire ? Il faut reconnaître que les perspectives
offertes sont alléchantes. Proposer un catalogue numérique sur CD-Rom ou sur
Internet présente une certaine logique ; sa consultation devient plus facile et
la souplesse est incomparable : articles ajoutés ou supprimés à volonté, délais
record, etc. L'Intranet, de son côté, peut permettre la mise en place
d'opérations "zéro papier". Et ainsi devenir le support quasi exclusif d'une
opération, de son suivi, du décompte des points, des relances et animations
intermédiaires... Les opérations construites de la sorte se multiplient. «
Intranet peut apporter beaucoup, grâce notamment à la possibilité de
communiquer en temps réel avec notre réseau de concessionnaires, affirme Pascal
Delavenne. C'est tout sauf un gadget et nous suivons cette évolution avec
beaucoup d'intérêt. » Reste qu'à ce jour de telles possibilités n'intéressent
encore que peu d'entreprises. Combien, même parmi les plus importantes, ont
équipé l'ensemble de leurs collaborateurs d'Internet ou d'Intranet ? « Mettre
en place une opération virtuelle ne pose aucun problème et les agences
maîtrisent tous les aspects techniques, explique Guillaume de la Hosseray. En
revanche, les entreprises ne sont pas prêtes. Pas plus en termes d'équipement,
que d'éducation ou de culture. » « Le risque, avec les nouveaux médias, c'est
de vendre la même chose avec l'éclat du neuf, analyse Arnaud Hugues. C'est de
faire croire qu'on est plus performant alors qu'en fait, on risque de l'être
moins. Motiver c'est séduire, mais c'est d'abord être réaliste, c'est tenir
compte de l'équipement et des habitudes des participants pour chercher à
modifier leur comportement. » Les avis sont unanimes : ce n'est pas parce qu'un
nouveau média apparaît, aussi séduisant soit-il, qu'il faut pour autant en
devenir esclave. Autre problème du multimédia, il a un peu tendance à occulter
d'autres outils dont certains sont encore sous-exploités. Avant de fondre sur
Internet, les agences ont encore beaucoup à faire ailleurs. Par exemple, avec
les serveurs vocaux, et plus largement, avec le téléphone. « Un outil dont on
est au moins sûr que chacun peut s'y connecter et qui peut être utilisé
différemment, estime Arnaud Vieux, directeur des systèmes informatiques du
groupe Everest. Ce que peut offrir le téléphone, c'est la réactivité. C'est par
exemple la possibilité d'avoir des informations quotidiennes sur un challenge
grâce à des serveurs vocaux couplés à la collecte des résultats. Avec le
téléphone, on a également l'assurance que les participants ont pris
connaissance d'un message, et même la possibilité d'analyser leur réaction par
rapport à ce message. C'est toutefois une technologie complexe à mettre en
œuvre. Pour accueillir des populations de 20 000 ou 50 000 personnes sur des
laps de temps très courts, il faut une capacité en ligne importante. » Du
traditionnel papier à l'Internet en passant par le téléphone, quel outil
choisir ? Le problème ne se pose évidemment pas en ces termes. « L'outil idéal
est celui qui permet de capter l'attention du participant au moment où il est
le plus "perméable", explique Arnaud Hugues. Pour cela, il vaut mieux créer la
surprise et multiplier les supports. » L'idéal, ce serait donc qu'une opération
soit présentée sur Intranet, que le client puisse consulter son catalogue sur
CD-Rom, sur Internet ou sur Intranet, qu'il reçoive des informations sur son
téléphone mobile, des mises à jour par e-mail Reste le coût ! Ne l'oublions
pas, le retour sur investissement est l'un des tous premiers objectifs d'une
opération de motivation.
La gestion
des opérations peut, elle aussi, tirer parti des nouvelles technologies, avec
une logistique puissante autour des récompenses, la mise en place de véritables
centrales d'achat et des services toujours plus performants (rapidité,
réactivité) pour les participants. Parallèlement, une gestion d'un autre genre,
qui oblige les agences à devenir de véritables spécialistes de l'information,
se met peu à peu en place : celle de véritables bases de données. « Le
traitement de l'information et des données sous toutes leurs formes est devenu
une préoccupation majeure, explique Rémy Villebrun, directeur associé de
Safari. Avec Fiat, pour qui nous organisons un challenge sur des produits de
financement, nous avons constitué, paramétré, incrémenté une véritable base de
données. On y trouve toutes les informations nécessaires au mouvement et à la
position de chacun par rapport au challenge. Une connexion via Internet permet
à l'organisation commerciale de Fiat de contrôler à tout moment ce qui se passe
dans le réseau. Au-delà de la stimulation proprement dite, les responsables de
Fiat découvrent leur réseau sous un nouveau jour, avec une précision et une
rapidité nouvelle. C'est une mine d'informations. » Cette connaissance des
réseaux est encore plus nécessaire dans le cas d'une motivation indirecte.
Para-doxalement, s'ils connaissent leur client final sur le bout des doigts,
les annonceurs ont beaucoup plus de lacunes s'agissant de leurs circuits de
distribution. Ainsi, les agences peuvent prétendre au rang de partenaire du
développement commercial de l'entreprise. La relation agence/client est plus
étroite et la fidélité, plus grande. Ce qui se comprend aisément. L'agence qui
réalise un one shot pour un annonceur sera moins indispensable que celle qui
gère une base de données sur son réseau de distribution. Cette maîtrise de
l'information, cette expertise toujours plus pointue, chacun peut la développer
dans tel ou tel secteur. Ainsi, Consul, qui met en place une base de données
comportementales sur les récompenses. « Bien souvent, la première crainte des
clients est d'offrir un cadeau mal adapté, explique Thierry Perez. Cette base
de données définira des types de consommation et de récompenses selon des
critères divers (socio-professionnels, habitat, âge ). » En quelque sorte, une
base de données comportementales un peu à l'image des Consodata et autres
Claritas, mais portant uniquement sur du B to B et sur la consommation de
cadeaux. Ainsi, leur maîtrise de la technologie donne plus de pouvoir aux
agences et au sein de ces dernières, tout ce qui touche à l'information et à la
technologie prend du poids. « Avant, nous étions consultés pour la faisabilité
de telle ou telle opération, poursuit Thierry Perez. Désormais, on nous
consulte en amont. Pas seulement pour valider et mettre en place un support
mais pour nous demander des idées, des propositions, des suggestions. »
Finalement, c'est
peut-être au niveau des dotations que les choses évoluent le moins. Les
catalogues se perfectionnent, se numérisent, se personnalisent, la gestion
devient plus performante, les livraisons, plus rapides, les réclamations, plus
rares et mieux traitées. Pourtant, depuis dix ans, le hit-parade du cadeau n'a
pas changé. « Sur une table ronde de dix vendeurs, entre un caméscope numérique
et un réfrigérateur, tous choisiront le caméscope, explique Jean-Christophe
Hubeau, responsable d'Everest Marketing Services, structure regroupant les
activités liées aux systèmes de récompense (cadeaux, bons d'achat, voyage). En
individuel pourtant, le choix n'est plus le même. On constate qu'une grande
majorité optera pour les produits blancs. » Les cadeaux prestigieux font rêver,
mais ce sont les autres que les participants aux challenges choisissent. « Plus
petit dénominateur commun d'une opération de motivation », comme le présente
Jean-Michel Coletti, président de Stimula, le chèque est une valeur
incontournable. Avec son Chèque Cadeau Bienvenue (CCB), Stimula propose l'un
des produits les mieux établis du marché. Sur ce marché, quelques leaders tels
qu'Everest, Havas ou même Stimula se taillent la part du lion. De plus en plus,
les enseignes de distribution proposent leurs propres chèques (La Fnac, La
Redoute, Décathlon, Marks & Spencer ). Là encore, c'est plutôt au niveau de la
technologie et du support lui-même qu'il faut attendre des évolutions. « Le
chèque papier fera bientôt partie de la préhistoire, pronostique Jean-Michel
Coletti. D'ici à trois ans devraient apparaître sur le marché de nouveaux
supports de type cartes ou porte-monnaie électroniques. Ils seront à la fois
plus souples (possibilité de vérifier son crédit ou de recharger chez soi via
Internet ), plus fiables et mieux personnalisés. » Professionnalisme, volonté
de coller aux attentes des clients, techniques de pointes..., les agences
conseil ont de nombreux atouts. À l'inverse, on leur reproche parfois un manque
d'originalité et de créativité. « Les idées se ressemblent, les concours se
ressemblent, et que dire des dotations. Tout cela tourne un peu en rond,
n'hésite pas à affirmer Jean-Michel Coletti. Il nous faut trouver dans les
challenges, dans la récompense, une vraie diversification. C'est sur ce terrain
que nous attendent les annonceurs et que l'on pourra faire la différence. »
L'originalité peut tout à fait prendre corps dans les cadres actuels. Au niveau
du voyage, par exemple, les possibilités semblent plus nombreuses que dans les
chèques ou les cadeaux. « Un week-end à Londres, c'est banal, estime Serge
Camps. Mais un week-end à Londres organisé autour d'une murder party, avec un
scénario, des événements à chaque minute et quelques comédiens pour donner le
change, cela peut facilement devenir inoubliable. » Bien sûr, l'originalité
n'est pas toujours obligatoire. Parfois même, elle n'est pas souhaitable.
Pourtant, à ce jour, c'est dans doute le seul domaine dans lequel les agences
conseil se satisfont pas pleinement leurs clients. Peut-être que, là aussi, la
réponse passe par de nouveaux horizons. Pour Guillaume de la Hosseraye, « les
agences conseil en motivation travaillent à distance, alors que les
spécialistes de l'événementiel (Le Public Système, pour ne pas le citer ) ont
un vrai sens de la proximité. Avec un foisonnement d'idées originales ». À
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