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Prends garde au principe de précaution !

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Le principe de précaution n'aura jamais été tant invoqué - vache folle, sang contaminé, OG... - dans les domaines de l'environnement, de l'alimentaire, de la santé, des médias. Philippe Kourilsky, professeur au Collège de France, directeur général de l'Institut Pasteur, est l'auteur avec Geneviève Viney, professeur de droit civil, d'un rapport au Premier ministre sur ce sujet crucial. Dix commandements en constituent la substantifique moelle.

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*Le Principe de précaution par Philippe Kourilsky et Geneviève Viney. Editions Odile Jacob. Philippe Kourilsky est également l'auteur de La Science en partage aux mêmes éditions.

Quelle est votre approche du principe de précaution ?


Nous avons effectué avec Geneviève Viney, juriste, un travail consensuel à la croisée de plusieurs champs disciplinaires. Pour simplifier, je dirais que nous sommes partis à l'opposé du fameux "dans le doute, abstiens-toi" pour privilégier une sorte de "dans le doute, fais au mieux en usant de dispositifs particuliers". Ce qui est le début de la conscience politique. Nous appliquons la précaution aux risques potentiels, que nous distinguons des risques avérés qui dépendent de la prévention. La certitude fait place à la rigueur, à l'action, selon un certain nombre de règles qui exemptent de la faute.

Quel est l'objectif du principe de précaution ?


La différence est parfois considérable entre l'ampleur réelle du risque et sa perception. S'agirait-il donc de mieux gérer le risque ou de mieux gérer sa perception ? La dimension politique associée à la perception des risques ne devrait pas peser trop sur l'action, ni en dévoyer le sens ou conduire à des décisions d'un coût social disproportionné. Il faut clairement affirmer que l'objectif principal du principe de précaution est bien de diminuer les risques.

Comment pourrait-il s'exercer ?


Il faudrait une organisation systématique en deux cercles. Le premier, entre techniciens et scientifiques qui, évidemment, ne sont pas obligatoirement d'accord. Le second, entre représentants de la société civile.

Pourquoi en deux cercles et autour de l'évaluation économique ?


Parce qu'il faut, par exemple, que Greenpeace s'exprime, mais la discussion n'avancerait guère avec les scientifiques. Et que l'économie force la sincérité. Cela éviterait de faire peser sur la société des mesures idiotes et coûteuses comme on l'a vu pour la teneur en plomb de l'eau. Des centaines de millions de francs pour sauver une demie vie humaine tous les vingt an...

On peut donc fixer le prix d'une vie humaine ?


Nous touchons là aux paradoxes et aux non-dits qui sévissent dans la santé publique. Nous accumulons des chiffres, des prix de revient pour un problème insoluble, indicible. Personne n'est prêt à accepter que la vie humaine ait un prix.

De votre point de vue, les récentes affaires - sang contaminé, OGM - auraient en partie fait l'impasse sur le principe de précaution ?


Il est fondamental d'analyser le suivi et les étapes de décision. Souvent, des recommandations de bon sens ne sont pas appliquées et auraient pu sauver des vies. Les décideurs doivent commander des évaluations symétriques et comparatives. Regardez pour les OGM, aucune analyse comparative n'est disponible entre les risques prétendus et les risques réels des herbicides, par exemple. Il faut trouver des retours de réalité entre les vies humaines et les millions de francs replacés dans des échelles de valeur.

Dans le privé, les industriels appliquent une démarche de qualité. Ce n'est donc pas une nouveauté ?


Effectivement, dans l'industrie, la démarche qualité consiste en un jeu de procédures. Ces procédures vérifient que les procédures en vigueur marchent. C'est en quelque sorte un processus d'auto-analyse. Tous les dispositifs devraient obéir à une démarche qualité. A cet égard, le système productif des médicaments constitue un vrai modèle.

C'est donc plutôt l'administration et ses méandres dignes d'un mélange de Kafka et de Courtelin...


Il faut que les secteurs de décision s'assurent que la décision est bien prise sans que cela soit forcément la bonne. Il faudrait effectivement l'appliquer aux administrations. Certaines commencent à se doter d'une démarche qualité.

Vous manifestez votre esprit critique à l'égard de la presse, ce qui, en ces temps de confusionnisme corporatiste, n'est pas en odeur de sainteté. Qu'en est-il ?


Il est en effet souhaitable que la presse s'applique une démarche de qualité. La rigueur, qui existait auparavant en matière de vérification de l'information, s'est considérablement affaiblie. Je préconise que les journalistes puissent suivre des cours de droit et de déontologie. Etre agrégé de philo ou avoir fait Sciences Po n'autorise pas tout de go à se déclarer journaliste. Songez aussi que les journalistes scientifiques sont vingt fois moins nombreux que les journalistes sportifs et vous aurez une idée des difficultés que rencontre l'information scientifique. Il serait d'ailleurs urgent de créer une agence de presse scientifique digne de ce nom.

Quel contre-pouvoir serait envisageable ?


Je pense à des associations de consommateurs qui s'inspireraient, toutes proportions gardées, des ligues antiracistes et surveilleraient la presse de très près.

Mais la presse n'est pas un produit agroalimentaire ou pharmaceutique ?


Dans l'acception large du principe de précaution, une décision administrative, le fruit d'un travail de recherche et le journal télévisé constituent des produits étiquetables et traçables au même titre qu'un médicament ou un yaourt.

Stiresius

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