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Objet de surpuissance, constat d'impuissance

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Le psychiatre Antoine Malarewicz, spécialiste des thérapies de couple, exprime dans son dernier ouvrage*' une vive inquiétude. Selon lui, les nouvelles technologies sont en train de mettre à mal les relations entre les hommes et les femmes. Survol des déconvenues à venir du harcèlement virtuel, si les concepteurs d'objets technologiques continuent leur fuite en avant.

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Vous êtes très critique vis-à-vis du culte de l'ordinateur. Quel est votre point de vue ?


Ces objets aliénants, souvent détraqués, obèses de fonctions, nous transforment en opérateurs, en dactylographes et mécaniciens. L'ordinateur constitue en soi un objet pathologique pour les individus masculins. Ils se complaisent dans les défis et adorent se sentir hors temps et hors lieu. Ils peuvent être en contact avec le monde entier et jouer à cache-cache avec l'absence et la présence. C'est surfer pour se surfaire en nageant dans le virtuel absolu. Objet de mégalomanie et de surpuissance, l'ordinateur permet une fuite en avant de la relation. Il a pris la place de la voiture qui est nécessairement bridée et contraignante. Il remplace aussi la télévision et l'illusion du pouvoir, comme le zapping qui permet surtout de ne jamais aller au bout de quelque chose. Ces objets cristallisent la peur du vieillissement et de la mort qui caractérise les hommes. L'ordinateur met en jeu les limites du consumérisme. Il est une figuration de la vanité du phallocentrisme. Ses concepteurs sont des hommes qui jouent à la secrétaire parfaite et s'éloignent de la réalité de la relation avec les femmes. Dans l'illusion de sa surpuissance, l'homme ne fera que découvrir son impuissance cachée.

Quel rôle les femmes ont-elles à jouer ?


Que les femmes soient de plus en plus exigeantes dans le couple et cherchent à le redéfinir constitue l'une des principales victoires actuelles de notre société. Je le répète, l'informatique est une affaire d'hommes dans toutes ses manifestations. Nous sommes confrontés à une considérable injustice sociale où les femmes sont confinées dans des tâches subalternes. L'informatique modifie la façon d'être et de penser. Elle convient mieux à la façon d'être au monde des hommes qui veulent maîtriser le temps et l'espace et pensent que c'est toujours mieux ailleurs. Il y a dans le travail de celui que j'appelle "Superbog", une propreté exemplaire. Tout y est parfaitement lisse. Aucune aspérité n'est apparente. Aucune erreur ne laisse de trace, aucun repentir ne vient altérer le bel ordonnancement de ce que l'on peut appeler une "production".

Qu'est-ce qui distingue les hommes et les femmes dans leur relation à l'objet ?


Les femmes sont plus biologiques, plus concrètes dans le temps et l'espace. Je dirais que la femme est hormone et l'homme hors temps. Les hommes sont plus facilement virtuels et n'aiment pas la différence. Tout ce qui n'est pas technique leur paraît inabordable.

Dans votre ouvrage, vous écrivez : "Les sciences humaines ont énormément de retard à rattraper par rapport aux sciences dites "dures". Ce retard est considérable aussi bien sur les moyens dont elles devraient disposer que sur le pouvoir qu'elles devraient exercer sur les processus de décision". Expliquez-nous.


Nous faisons comme si le choix se réduisait à opter pour l'immédiat et l'éternité, l'Internet et l'astrophysique. Les sciences humaines ne sont pas considérées comme rentables parce qu'elles réfléchissent à échelle humaine. L'économie ne s'intéresse qu'aux visions à très court terme. La mondialisation met en scène le désir pervers de tout formater à l'identique. Elle met en scène la mise à mort ce que signifie être unique.

Quelles raisons avons-nous d'espérer ?


Que des femmes puissent devenir artistes constitue une avancée significative. L'homme dans l'art a montré ses limites en aboutissant à la négation de l'art. Mais, que ce soit dans notre contexte socioculturel ou dans la remise en question de notions aussi fondamentales que l'identité physique et psychique, ces changements présents et à venir sont impressionnants. Il faudrait savoir prendre un peu de recul critique plutôt que de se complaire dans une euphorie morbide. * Repenser le couple, aux éditions Robert Laffont.

Stirésius

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