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Notre philosophie est centrée sur les individus

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Depuis dix ans, le groupe américain, inventeur de l'Aspartame et de l'herbicide Round Up, se recentre sur "les sciences de la vie" ou biotechnologies. Des recherches ambitieuses qui visent à nourrir et guérir un jour toute la planète. Ainsi que l'explique le directeur du département grande consommation

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Quelle est la vocation et la stratégie de votre groupe ?


Il y a quelques années, l'activité chimie pure a été séparée du reste de la structure. Le groupe se concentre depuis sur ce que nous appelons les "sciences de la vie", autrement dit la biotechnologie. Et ce sur trois secteurs : l'agriculture, avec les produits phytosanitaires et notamment le fameux herbicide Round Up ; la pharmacie, avec la société Searle. Et les produits de grande consommation soit deux activités : la nutrition avec Canderel et les produits de jardin grand public avec Round Up version grand public. Le dénominateur commun de ces trois activités, ce sont les biotechnologies. Aujourd'hui, toute la stratégie du groupe consiste donc à investir ou à acquérir des sociétés spécialisées dans ce domaine, de façon à développer ce savoir-faire et créer des semences spéciales, telles que du ma•s résistant aux herbicides. Nous travaillons aussi sur le soja, le coton, le tabac... Nous cherchons également à développer des médicaments. A l'origine, les molécules pharmaceutiques étaient des découvertes de la chimie. Demain, elles seront des découvertes issues des biotechnologies.

La nutrition fait le lien entre ces activitésÉ


Oui, puisqu'à partir de la biotechnologie, on peut enrichir les plantes, les fruits ou les légumes pour qu'ils produisent des variétés enrichies en vitamines et minéraux. On peut donc commercialiser ces fruits et ces légumes sous forme de produits grand public avec un bénéfice santé. Notre avenir se situe donc dans le domaine de la nutrition. Avec des produits destinés à améliorer le bien-être des gens ou à prévenir des maladies.

De quelle manière ?


Le développement des biotechnologies va permettre d'identifier le patrimoine génétique des individus et leurs faiblesses héréditaires. Notre objectif est de développer des produits qui vont permettre de compenser, de prévenir l'arrivée de ces maladies liées au patrimoine génétique. Aujourd'hui, on est capable de développer des produits qui luttent contre le cholestérol. Dans dix ou quinze ans, on pourra proposer aux individus qui présentent des risques de cancer, de cholestérol... des produits qui en retarderont l'apparition.

Quelle est l'origine de la biotechnologie ?


Elle a démarré grâce à l'étude des plantes et repose sur des techniques qui permettent d'identifier leur patrimoine génétique, d'extraire un gène porteur d'une propriété intéressante et de le transporter dans une autre plante. Certaines plantes sont, par exemple, naturellement résistantes aux herbicides. L'idée de Monsanto a été de prendre une plante qui avait ce caractère, d'identifier le gène porteur et de le transposer, de façon à développer les semences d'une nouvelle plante résistante aux herbicides. On prend donc le caractère d'un organisme vivant pour le transposer dans un autre afin qu'il bénéficie d'un caractère qu'il n'avait pas à l'origine. Cela se fait naturellement depuis des millénaires mais pas de façon aussi scientifique. Les greffes, la fermentation... sont des systèmes de modification des caractères originels. Aujourd'hui, nous accélérons le processus mis en place par l'homme pour sélectionner les plantes par le biais de techniques extrêmement précises puisque touchant le gène. Le blé que l'on cultive aujourd'hui n'a rien à voir avec celui que cultivaient nos ancêtres il y a deux mille ans.

Le transgénique est actuellement très controversé... ?


"Organismes génétiquement modifiés", cela fait un peu peur au grand public. "Biotechnologies" est moins effrayant mais c'est la même chose. Cela passe mieux car il y a une connotation positive, une dimension scientifique. Leur avantage est d'apporter demain des moyens de produire plus d'alimentation en utilisant moins d'herbicides, pour une population plus nombreuse. Au final, le bénéfice consommateur individuel n'est pas facilement perceptible mais il y a un bénéfice collectif qui est considérable : une meilleure nutrition, une meilleure alimentation et la protection de l'environnement. On lit que tous les cours d'eau sont pollués par les pesticides, l'avantage du soja ou du ma•s génétiquement modifiés, c'est qu'ils peuvent résister aux herbicides.

Allez-vous innover dans le domaine des édulcorants ?


Oui, avec des nouveaux packagings ou des consistances différentes. Au 1er janvier 1999, nous allons différencier notre offre pharmacie avec une présentation qui devrait faire parler d'elle. Mais les innovations majeures viendront de nouveaux édulcorants, successeurs de l'Aspartame. Notre groupe a notamment découvert une nouvelle molécule : le Néotame. Elle doit être lancée aux Etats-Unis au premier trimestre 1999. Cet édulcorant a un pouvoir sucrant très supérieur à l'Aspartame. Il a la particularité de résister à la cuisson. Mais aussi d'être un exhausteur de goût : le goût du produit que vous sucrez - thé, café... - ressort de façon très supérieure à celui d'un café ou d'un thé sucrés à l'Aspartame. C'est assez impressionnant. Pour la première fois, le Coca light a un vrai goût de Coca. On retrouve, d'une certaine façon, l'origine naturelle du goût.

L'Aspartame est définitivement dédiabolisé ?


Les rumeurs négatives persistent. La créativité sur le sujet est importante ! Pour y faire face, nous avons bâti un programme de communication à destination des journalistes spécialisés et du corps médical, expliquant la particularité de la molécule et le fait qu'elle soit parfaitement digérée par l'organisme. Ce programme de communication scientifique nous a permis de convaincre les prescripteurs de son innocuité et des bienfaits du produit. Nous le maintenons vis-à-vis du corps médical car il y a toujours de nouvelles sources de rumeur.

Il a pourtant été largement testé ?


Il n'y a pas un produit alimentaire au monde qui ait été plus testé. Plus de 2 000 études ont été menées sur les animaux, l'homme, la femme, les enfants. Elles ont toujours été très positives. L'Aspartame ne pose aucun problème. Ce sont deux acides aminés qui sont déjà des constituants naturels de notre alimentation. A la fin d'un repas normal, vous en avez consommé 200 g. Un comprimé de Canderel, c'est 20 mg supplémentaires digérés par votre organisme. Il n'y a aucune trace. Et c'est ce qui a fait son succès dans le monde entier par rapport à la saccharine ou à d'autres édulcorants.

La brochure Monsanto parle de "mission", de produits éthiques, de "bien-être de l'humanité"... cela donne quoi, appliqué à vous-mêmes ?


Nous avons une forte culture éthique et de management. Notre philosophie est centrée sur les individus. Elle repose sur l'idée que notre réussite passe par celle de notre personnel et par la manière dont les gens travaillent ensemble. Localement, nous sommes des structures classiques. Mais il y a une forte collaboration entre les services marketing, ventes, merchandising... qui forment des équipes pluridisciplinaires pour travailler sur des sujets spécifiques. Nous faisons de même au niveau européen sur des sujets visant à partager nos expériences. C'est un mode de fonctionnement assez créatif. Il faut aujourd'hui que l'innovation prenne place dans les organisations. Monsanto est une société où le changement et l'innovation sont permanents. Même si nous sommes encore relativement prudents par rapport à la mise en place des 35 heures. Pour travailler moins, nous devons d'abord modifier notre façon de travailler pour réduire la charge de travail.

Et quelle est votre "mission" pour l'extérieur ?


Nous sommes 5 à 6 milliards. Nous serons près de 10 milliards dans les années 2010, 2020. On ne peut pas nourrir deux fois plus d'individus avec les mêmes méthodes qu'aujourd'hui. Les terres agricoles et la productivité sont limitées, la course à la productivité détruit l'environnement. La vision stratégique et la mission de Monsanto consistent pour cela à mettre à la portée de l'humanité les découvertes de la biotechnologie. grâce à elle, on pourra peut-être demain faire pousser certaines cultures dans des environnements réfractaires avec des quantités d'eau limitées et des sols pauvres. Voilà les grands enjeux de l'avenir en ce qui concerne la nutrition et l'alimentation.

Qui impulse cette volonté d'innovation ?


Cela vient de notre président, Bob Shapiro. On ne réalise pas en France que les biotechnologies sont comparables, en termes d'explosion, à ce qui s'est passé dans l'informatique il y a vingt ou trente ans. Monsanto est considérée comme le Microsoft des biotechnologies. Elles sont une nouvelle émergence, dans l'industrie américaine notamment. L'idée de Bob Shapiro c'est : nous sommes l'industrie de demain, ayons la même culture que Microsoft dont le succès repose sur des mélanges de culture, des groupes de travail et une forte diversité. Il y a chez Monsanto une volonté de travailler en groupe, une ambiance conviviale, un respect de l'individu assez étonnant et une volonté d'être très en avance sur les moyens de communication : nous avons tous des ordinateurs portables, nous sommes tous branchés Internet et Intranet depuis très longtemps. Notre culture est assez proche de celles des milieux informatiques. Bob Shapiro a voulu que les trois divisions (agriculture, pharmacie et nutrition) puissent mettre en commun leur savoir-faire, pour faire émerger les idées et favoriser l'innovation. Il faut une culture de groupe, que les personnes qui travaillent dans différents secteurs se connaissent, se rencontrent. De là naît l'innovation. Cette impulsion s'est propagée dans tous les bureaux Monsanto du monde. Et la responsabilisation et l'autonomie des individus sont chez nous considérables.

Ne plus jamais être malade, c'est un pas vers un statut de surhomme infaillible ?


Non, l'humanité veut juste vivre le plus longtemps possible. L'homme veut vieillir tout en restant en bonne santé.

Biographie


Arnaud Steiger, 46 ans, est diplômé de l'IEP Paris et MBA de l'HEC-ISA. Il a passé dix ans au sein du groupe Nestlé à des postes de vente, d'études et de marketing pour les marques Guigoz, Sopad-Nestlé et Chambourcy. En 1988, lors de l'arrivée de Canderel en grande distribution, il prend la responsabilité du marketing et des ventes de cette marque au sein du groupe Monsanto. Il occupe aujourd'hui la direction du département grande consommation. Soit les secteurs nutrition, avec Canderel, et jardin, avec Round Up.

L'entreprise


Douzième groupe chimique mondial, le groupe Monsanto est situé à Saint-Louis (Missouri). Il réalise 7,5 milliards de dollars de chiffre d'affaires et emploie 22 000 personnes dans plus de 100 pays. La division grande consommation réalise en France 550 millions de francs de CA (67 % nutrition, et 33 % pour le jardin). Elle compte 104 salariés. Les Français sont les plus gros consommateurs de Canderel. Un foyer sur quatre en consomme. En 1997, Canderel et Can'Kao (cacao allégé en sucre) atteignait 272 millions de francs. Les céréales Jordan's, distribuées par le groupe, 95 millions. Dans l'univers du jardin, l'herbicide Round Up atteint environ 112, 5 millions de francs de chiffre d'affaires.

PROPOS RECUEILLIS PAR VALÉRIE MITTEAUX

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