Marketing Magazine N°45 - 01/12/1999 - PROPOS RECUEILLIS PAR VALÉRIE MITTEAUX
H&M a effectué, en dix-huit mois, une percée remarquée sur le marché français. Très affûtée pour flairer les courants de la mode, l'enseigne suédoise veut offrir une mode de qualité à petits prix. Avec la volonté, selon Michael Lemner, son directeur général France, d'inciter la clientèle à des visites fréquentes dans un esprit “bonne affaire du jour”.
Nous avons ouvert onze magasins en France en dix-huit mois et l'on peut dire
que cela se passe très bien pour l'instant. Le concept H&M de “mode au meilleur
prix” fonctionne bien dans l'Hexagone. La mode, c'est important. Et encore un
peu plus à Paris qu'ailleurs. Le Parisien aime la mode. Notamment tout ce qui
est très branché comme nos gammes Contemporary Clothes qui marchent fort. Mais
le succès est aussi lié au prix qui, pour nous, doit toujours être le meilleur
du marché.
Nous faisons un peu comme tout le monde. Nous avons
soixante stylistes qui travaillent à créer des tendances, bien avant la saison.
Ils voyagent partout pour voir tout ce qui se fait. Après, il s'agit de croire
dans nos choix et de savoir réagir très vite. De ce point de vue, nous avons
beaucoup d'expérience. Nous avons environ 1 600 fournisseurs dans le monde
entier ce qui nous permet de pouvoir produire très vite. Ensuite, c'est une
question de logistique. La moitié de nos fournisseurs est européenne, les
autres sont un peu partout dans le monde, mais surtout en Asie, un marché très
intéressant en termes de prix et de qualité.
Nous avons établi un code de
conduite très strict. Nous avons cent contrôleurs qui vont régulièrement
vérifier la moralité et les conditions de travail de ces fabricants.
Cela dépend du type
de produits. Cela dépend aussi du fait de disposer ou non du tissu nécessaire.
Mais nous pouvons réagir en quelques semaines.
Oui, nous avons même
été obligés de fermer le magasin à un moment de la journée car il y avait trop
de monde. Nous faisons chaque fois une grande campagne préalable. En France
plus qu'ailleurs, il y a aussi beaucoup de bouche à oreille.
Nous avons dû travailler l'espace du
fait de la forte fréquentation. Nous faisons par ailleurs des changements
constants car certains vêtements ne sont vendus que pendant quelques jours. Il
faut donc perpétuellement adapter le magasin aux variations de marchandises.
Oui, nous avons des arrivages quotidiens. C'est le fait d'avoir tout le temps
des nouveaux produits et de nouvelles mises en avant dans le magasin qui donne
ce sentiment de nouveautés permanentes.
On peut réserver des vêtements, tout
échanger. L'accent est mis sur la présentation en magasin. Quant à nos
vendeurs, ils sont nombreux mais seulement lorsque le client a besoin d'eux.
L'affluence crée des problèmes de files d'attentes aux cabines, aux caisses, ce
qui entraîne un besoin important en personnel. Nous avons 19 lignes de
produits, cela nécessite d'être relativement présent vis-à-vis du client.
Je ne sais pas si notre méthode est typiquement suédoise. Nous
avons en tous les cas décidé de travailler partout de la même façon. Sur un
mode relativement informel, en équipes, en donnant beaucoup de responsabilités
aux vendeurs et en essayant de ne pas être trop hiérarchique. La hiérarchie
existe toujours, quelqu'un doit prendre les décisions. Mais, en même temps, il
faut donner le maximum de responsabilités au niveau communication. Car nous
avons besoin de savoir très vite ce que veut le client. Pour cela, nous avons
une organisation très horizontale, c'est-à-dire que la vendeuse ou le vendeur
est responsable de parler et de communiquer avec le client. Notre organisation
est créée autour de cette réactivité qui va dans le sens de la “dernière mode”.
H&M ne veut pas seulement vendre des vêtements mais proposer une ambiance un
peu amusante pour que le client se sente bien. Cela passe par la musique, la
présentation des produits, du personnel souriant. Nous fonctionnons sur le
principe de la promotion interne. D'abord en temps partiel puis en temps plein
et si cela marche bien avec la possibilité de devenir responsable de magasins.
La moitié du personnel du premier magasin rue de Rivoli fait déjà autre chose
que ce pour quoi il a été embauché au départ. Cela crée une culture, une
politique. Le personnel doit comprendre ce qu'est H&M sinon le concept ne
prendrait pas auprès de la clientèle.
Nous avons recruté 750 personnes en
France. Elles ont été formées et ont participé à la réflexion sur
l'organisation des magasins. Nous recherchons d'abord des gens avec une
personnalité. Des gens qui aiment travailler en équipe, qui sont très flexibles
et qui aiment travailler avec le sourire, pas parce qu'on leur demande de
sourire mais parce qu'ils sont comme ça naturellement. Des gens qui ont aussi
de vives capacités de réaction. Toutes les personnes qui commencent chez nous
ont une formation de deux à trois mois pendant laquelle elles apprennent la
polyvalence : le réassort, les cabines, la caisse, recevoir les fournisseurs,
le contact direct avec les clients et participer aux discussions pour améliorer
le magasin. On cherche donc des individus qui peuvent faire tout cela et qui
peuvent évoluer.
Pas pour l'instant. Nous avons
seulement onze magasins en France, cela reste très modeste. Ainsi que le
pourcentage de Parisiens qui connaissent H&M. Mais, peut-être qu'avec les
autres sociétés qui font un peu la même chose, cela peut, à terme, créer une
nouvelle tendance. Et là nous serons peut-être un acteur important de ce
changement. Beaucoup d'enseignes étrangères investissent la France, mais il y a
aussi beaucoup de sociétés françaises comme Etam, par exemple, qui participent
à ce changement. Le but étant de trouver beaucoup plus de tout, sans payer
trop.
Oui, nous avons un profil très jeune mais nous n'avons pas que des clients
jeunes. L'idée d'H&M est d'être pour tout le monde et c'est clairement le
sentiment que l'on a lorsque l'on voit la clientèle des magasins.
Je ne suis pas tout à fait d'accord.
Bien sûr si vous payez aujourd'hui 199 francs un pull, ce n'est pas la même
chose que si vous en achetez un à 2 000 francs. Mais dans le même temps, en
Suède, des tests comparatifs ont été faits. Sans parler de prix, lorsque l'on
compare par exemple, un jean H&M à celui d'une grande marque comme Levi's,
presque tous les tests disent dans ce cas, que notre jean est aussi bien voire
mieux que celui des grandes marques. Ces tests n'ont pas été réalisés par nous.
Même chose il y a quelques mois sur les slips homme. On compare celui d'H&M à
39 francs avec beaucoup d'autres marques qui affichent des prix deux à trois
fois plus élevés. Sans faire intervenir la notion de prix, la qualité H&M, là
encore, a été jugée la meilleure. Bien sûr, dans notre quête du meilleur prix,
nous faisons parfois des erreurs avec des produits de qualité perfectible. Mais
nous avons un laboratoire qui teste tous les vêtements avant et après
production. Et, si un produit en magasin pose un problème, nous le retirons
immédiatement. Car les clients recherchent la qualité, malgré les prix bas. En
France, l'idée subsiste que si quelque chose ne coûte pas cher ce n'est pas de
la bonne qualité. Je ne suis pas tout à fait d'accord avec ça. Chez H&M, nous
essayons vraiment de donner le meilleur.
Oui, j'espère. J'ai
rencontré pas mal de stylistes du haut de gamme qui, lors d'une soirée où je
portais un smoking H&M, ont trouvé qu'il avait une coupe incroyable. Mais ils
m'ont dit que le prix était trop bas et que les clients penseraient que ce
n'était pas de la bonne qualit...
Pas réellement, nous
travaillons de la même façon dans les douze pays où nous sommes présents. En
Suède, nous avons toutefois une ligne de cosmétiques, nous faisons aussi de la
vente par correspondance et par mail. Mais pour la mode, je ne suis pas
convaincu qu'Internet soit le meilleur moyen. Mais c'est bien sûr
complémentaire. Je crois qu'il reste important de pouvoir toucher, sentir les
vêtements.
Au
printemps trois ou quatre ouvertures en Espagne et une ou deux à New York dont
une certaine sur la Cinquième Avenue. Un nouveau magasin à Paris, au printemps
également mais aussi en province, à Dunkerque, au Mans et dans le centre Val
d'Europe. Ainsi que d'autres projets un peu partout en France. Puis nous
ouvrirons début 2001 un nouveau magasin à Paris, entre les Galeries Lafayette
et le Printemps, à l'emplacement de l'actuel magasin Bouchara. Sur presque 3
000 m2, nous allons pouvoir proposer toutes nos gammes, ce que ne nous
permettent pas toujours les surfaces plus petites dont nous disposons
actuellement. Nous serons également bientôt rue de Rennes et boulevard
Saint-Michel. En Allemagne, où nous faisons ces dernières années 20 à 25
ouvertures par an, nous comptons 180 magasins. Pourquoi ne pas faire la même
chose en France ?
Pas réellement. Aujourd'hui, après 52 ans d'existence, H&M est
prospère. Nous travaillons à bien mener notre style et notre politique. Nous
louons les magasins, nous n'achetons jamais de bâtiments pour nous concentrer
sur le “retail”. C'est une stratégie qui a bien fonctionné jusqu'ici et que
nous allons poursuivre.
Je ne sais pas si c'est le climat ou la
tradition mais en Suède, nous avons toujours été assez créatifs et innovants.
C'est proche et le marché national est assez limité ce qui nous incite à nous
exporter.
Biographie
Michael Lemner a 42 ans, il est marié et a trois enfants. De formation économiste, il travaille pour H&M depuis seize ans. D'abord directeur des achats en Suède, il a été ensuite responsable de la Suisse puis du développement en Belgique de 92 à 97 avant de prendre la direction générale de H&M France.
L'entreprise
Le 1er magasin H&M a ouvert en Suède en 1947. Aujourd'hui, l'enseigne compte 583 magasins dans 12 pays d'Europe et vend environ 300 millions de vêtements par an. En 1998, le chiffre d'affaires s'est élevé à environ 17,66 milliards de francs, soit 30 % d'augmentation par rapport à 98. Les résultats hors de France représentent 84 % du CA. Le CA des 8 magasins français (trois nouveaux magasins ont ouvert depuis) s'élevait à 410,1 millions de francs sur la période allant du 1er décembre 98 au 31 août 99. H&M collabore avec environ 1 600 fournisseurs et possède 15 bureaux de production dont 7 en Europe et 8 en Asie. Le groupe compte plus de 15 000 employés.
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Commentaires des lecteurs (1)
ndogo.mwanga - 18/11/2011
Versace
Soit vous collez à la mode et des créateurs se prêtent au jeu mais pourquoi dès que l'on veut acheter quelquechose qui sort de l'ordinaire si on est pas devant la porte à l'ouverture on ne plus rien espérer car même si un article est en vitrine et qu'on veut le réserver ça n'est pas possible la réponse des vendeurs est très claire : c'est déjà réservė, c'est déjà vendu, etc. Alors pourquoi là à peine commencé les articles Versace sont sur internet vos "fameux " vendeurs ont priorité pour faire main basse sur les articles ?
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