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Les produits alimentaires à l'assaut de la médecine préventive

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Valérie Kniazeff et Géraldine Börtlein, associées de la société Alcimed Biotechnologies, conseil en développement des biotechnologies, décrivent les nouveaux enjeux générés par la santé préventive.

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«Après une première vague d'aliments santé ayant essentiellement des bénéfices de confort (produits allégés, pour le transit ), nous voyons apparaître aujourd'hui une nouvelle catégorie de produits alimentaires ayant un véritable rôle de médecine préventive : prévention du cancer, des maladies cardio-vasculaires, des problèmes de mémoire... Par exemple, des produits laitiers revendiquant une action préventive contre l'ostéoporose devraient enrichir les linéaires dès l'année prochaine. Ces produits alimentaires ayant une action préventive représentent aujourd'hui un enjeu considérable pour l'industrie alimentaire et peut-être demain pour l'industrie pharmaceutique, qui pourraient se retrouver concurrentes à terme sur ce marché. En effet, pour l'industrie pharmaceutique, les aliments santé ne nécessitent pas d'autorisation de mise sur le marché (AMM) et de ce fait ne nécessitent "que" quelques années de tests cliniques à comparer aux dix années, ou plus, de tests cliniques nécessaires pour obtenir une AMM pour un médicament. Il est évident que le retour sur investissements est plus favorable. Qui plus est, cette nouvelle approche de la médecine préventive risquerait à terme d'impacter à la baisse sur les marchés de médecine curative, le cœur de leur activité ! Côté industrie alimentaire, l'enjeu est stratégique car la santé est le point de convergence de toutes les tendances structurelles de ce marché. Les entreprises agro-alimentaires n'ont guère de complexes à avoir car, non seulement leurs laboratoires ont les compétences requises pour développer les ingrédients nécessaires, mais en plus, elles maîtrisent parfaitement la dimension commerciale, aussi bien marketing que distribution. Cette maîtrise commerciale représente a contrario le talon d'Achille des laboratoires pharmaceutiques qui, par ailleurs, sont hésitants à rentrer en GMS, au risque de créer des confusions d'image et des conflits avec le circuit pharmaceutique. On peut imaginer que certains laboratoires soient tentés par des partenariats avec des entreprises agro-alimentaires pour rentabiliser leurs savoir-faire au travers des marques et des expertises marketing et distribution de leurs partenaires. Il est intéressant de noter que l'évolution des industries agro-alimentaires vers des marchés de santé préventive nécessitera des budgets de recherche conséquents et des compétences nouvelles. Ceci devrait sans aucun doute redonner du pouvoir aux départements R&D qui étaient passés, ces dernières années, un peu sous la coupe du marketing. Les budgets nécessaires concernent aussi bien la mise au point des ingrédients qui permettront de justifier des allégations de prévention du cancer, des maladies cardio-vasculaires que la validation de ces allégations par des tests cliniques. Dans une réflexion prospective débridée, on pourrait imaginer que ces budgets soient en partie subventionnés par la Sécurité Sociale qui pourrait voir son déficit chronique se résorber par cette nouvelle approche de la médecine ! »

RECUEILLI PAR PHILIPPE LAURENT