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Les nouvelles lumières de la ville

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Professeur à l'Institut Français d'Urbanisme et président du conseil scientifique de l'action "Ville", François Ascher s'attache à connaître le devenir des villes. Il prépare un ouvrage sur les techniques de l'information et de la communication et leurs effets sur la "métapolis".

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Comment décririez-vous le changement qui s'est opéré dans les villes ?


Les villes ne ressemblent plus aux images dont nous avons hérité. Leur identité ne réside plus dans ce qu'on appelait la continuité du bâti. Elles sont distendues, hétérogènes, flexibles, réactives. De nouveaux types de formes urbaines sont apparus. Nous vivons dans une société diversifiée aux modèles élastiques. La vie d'un individu est aussi un parcours dans les villes. A certains moments, on peut avoir envie de lieux et d'habitations différents. Une ville doit pouvoir les proposer .

Vous parlez de méta-urbanisme, de quoi s'agit-il ?


Méta signifie ce qui va au-delà, ce qui englobe et dépasse à la fois un sujet. Et en référence à Métropolis, je signifie par le terme métapolis que le modèle de la ville européenne n'est pas mort mais qu'il est dépassé. Il ne s'agit plus de fabriquer des villes datées, dessinées par un grand architecte. Il n'est plus possible de faire des plans sur trente ans. Il importe de gérer le développement en intégrant de nouvelles combinaisons sans pour autant tordre le cou à l'urbanisme tel qu'on l'entend habituellement. Passer de l'urbanisme au méta-urbanisme, c'est passer de la modernité simple à la modernité avancée, de la complication à la complexité, de la planification urbaine au management stratégique urbain, des équipement collectifs aux équipements et services individualisés. Les infrastructures pour les équipements collectifs ne disparaissent pas mais devront intégrer les transformations. Il s'agit d'élaborer des plans d'urbanisme qualitatifs en libérant la créativité.

Mais les populations défavorisées continueront-elles d'être reléguées hors de la ville ?


Ce ne sont pas les inégalités sociales qui doivent déterminer les choix. Il faut élaborer un nouveau savoir-vivre de la diversité urbaine. On doit pouvoir concilier l'écologiquement acceptable, le socialement juste et l'économiquement viable. Les batailles d'intellectuels et de politiques ont fait leur temps. Etre de droite, c'est défendre la maison individuelle et de gauche, le logement collectif. Il faut dépasser ces clivages catégoriques.

Que proposez-vous ?


La prise de conscience des réalités métapolitaines passe par la modernisation des services publics. Le transport collectif à la demande grâce au système de routage en temps réel, la mise en service de taxis collectifs, minibus, navettes peut permettre de se rapprocher du porte à porte. Les gens qui vivent dans les grands ensembles ne doivent plus changer trois fois de bus pour se rendre à leur travail. Et, comme il faudra démolir de plus en plus de grands ensembles, ce sera l'occasion de saupoudrer des logements sociaux dans la ville afin de développer la mixité sociale.

Assistons-nous à la fin de la vie de quartier ?


Nous avons changé d'échelle vis-à-vis de l'espace. Nous vivons deux espaces, l'un de très grande proximité, voire de contiguïté, et celui la commune. Les urbanistes n'ont pas assez pensé la mobilité. L'enjeu de la ville à venir repose sur la mobilité, l'accès au marché du travail, de la culture, de l'éducation. Il faut créer un droit à la ville, à l'accessibilité des lieux et des services publics. Il ne s'agit plus de retrouver l'îlot ou la cage d'escalier. Pour limiter l'échelle des ségrégations, il faut faciliter les déplacements dans la ville. Ils sont plus importants que la mixité sociale dans la ville. Les mélanges de populations impliquent des codes différents. La ville en est le lieu d'apprentissage. Et la mobilité permet de connaître et d'échanger les codes ce qui ne se fait pas forcément en vivant côte à côte.

Comment s'orienter dans la complexité contemporaine ?


Les sciences humaines et de la société sont à même de donner des repères pour se mouvoir dans la complexité. Elles sont décisives pour l'avenir des entreprises quel que soit leur secteur. Je constate un grand changement dans le recours à "l'intellectuel". Avant j'étais considéré comme un chercheur confiné dans un laboratoire et éloigné des réalités. Aujourd'hui, les entreprises de transport, de l'agroalimentaire, les banques et les assurances viennent me voir et me demandent : "Que pouvez-vous nous apporter ?"

Quelles sont les évolutions à l'oeuvre dans la société ?


Je distingue le changement de formes et d'échelle dans le processus de concentration qui se produit. La transformation du système des mobilités urbaines avec le développement des technologies de la communication. Le renouvellement de l'expérience directe dans une ville télécommunicante, sensible et mobile. La recomposition du système de commerce. L'appropriation de plus en plus marquée par les citadins de l'espace et du temps. La diversification des modes de vie fait ainsi parler d'existences singulières, d'hommes pluriels. En même temps, nous assistons aussi à la cristallisation urbaine de la société du risque, la montée des incertitudes face au développement de la science et de la connaissance.

Mais les liens sociaux disparaissent ?


Non ! Ils se transforment. Jadis, ils étaient épais, solides, durables et en petit nombre. Aujourd'hui, ils sont faibles, fragiles, renouvelables, nombreux et choisis.

Que nous réservent ces fameuses TIC ?


Les technologies de l'information et de la communication sont les expressions et les outils de cette nouvelle société qui examine et révise constamment les pratiques sociales à la lumière des informations qui concernent ces pratiques. Nous passons de la post-modernité à la surmodernité. Les TIC peuvent être comparées à la révolution de l'électricité.

A paraître


La Ville, les technologies de l'information et la société de la connaissance, aux éditions de l'Aube.

Stiresius

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