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Le retour des pulsions animales...

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Dans une ville devenue jungle où la technologie domine, l'homme convoque l'ère originelle où plongent ses racines. En quête d'identité, il sonde ses instincts d'animal pour retrouver puissance et liberté. La révolte de l'homo erectus a commencé.

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Dans le sillage du piercing et du tatouage, l'attitude tribale se confirme. Les défilés de haute couture hiver 2000-2001 donnent le ton : un bestiaire luxuriant d'une grande diversité inspire l'ensemble des collections. Plumages et pelages, fourrures et peaux tachetées, zébrées, tigrées, reptiliennes, imprimées métamorphosent les femmes en oiseaux, félines, sauriennes, femelles. Une tendance férocement animale pour bêtes de mode. Si la fourrure est un thème récurrent et sensible sur un plan éthique, ses vertus de chaleur, de sensualité et de séduction dominent, s'appliquant à tout : manteaux, jupes, pulls, tops, etc. Signe de l'ère du nomadisme, elle sert aussi à façonner de grands sacs de voyage chez les maîtres de la profession (Trussardi, Fendi), et recouvre la semelle intérieure des mules (Jean-Paul Gaultier), les transformant en "chaussures mutantes" aptes à l'extérieur, selon l'expression de Sylvie Lefranc, responsable du bureau de style de la Fédération de la chaussure. Sonnant le glas du minimalisme, la vague animale et primitive déferle, exploitée par l'univers du luxe qui se lâche.

Renouer avec le charnel


Vincent Grégoire, du bureau de style Nelly Rodi, analyse l'ampleur de ce mouvement comme un retour à l'instinctif, voire à la bestialité, pour renouer avec le charnel et le sacré. « La peau, la fourrure expriment ce qui est vivant, elles renvoient au corps et aux pulsions animales de l'homme qu'il ne peut nier. Il y a une forme d'exorcisme et de fascination dans la relation entre l'homme et l'animal. L'homme primitif a été chasseur, il mesure sa puissance en s'emparant de la peau des bêtes, scalp qu'il arbore sur lui comme un trophée et un signe de supériorité. Cette dimension magique agit encore sur notre société qui a besoin de renouer avec son instinct, une forme de violence libérée, y compris jusqu'à l'ultrasexualité. » Les créateurs explorent largement le potentiel graphique des peaux d'animaux. Pour sa campagne de publicité, Holland & Holland a fait appel à l'artiste américain Jerald Frampton, héritier des surréalistes pour sa pratique du photomontage. Exotisme, esprit safari et animaux de savane africaine servent de toile de fond pour mettre en scène la collection hivernale de la marque. Ambiances Zèbre, Tête de Lion, Eléphant, Jambes de Girafe... créent un univers chaud en couleur et en matériaux naturels (bois, écorce, plumes). Lundi Bleu décline des bottines en noir et blanc d'après le principe polygonal du pelage de la girafe, jusqu'aux escarpins au talon calqué sur la forme de ses jambes. Insuffler une sauvagerie plus excitante, plus femelle, fait monter la pression d'un cran. Les visuels de la campagne de publicité de Dior résument à eux seuls l'utilisation de ce registre. Une femme aux cheveux longs, défaits, dans un univers de peaux de bêtes, de fourrure et de chaînes, tête inclinée dans une attitude de soumission mais aussi de désir, comblée par les produits (sacs et bijoux-chaînes) griffés d'un D qui règne en maître. Sylvie Lefranc indique que la tendance animale se poursuivra l'an prochain et qu'au salon italien Linea Pelle Hiver 2000-2001, « les acheteurs s'arrachaient le poulain imprimé et teint ». Emblématiques du bestiaire "jungle", léopard, tigre et lion font toujours école dans les maisons de luxe. Hermès propose dans les arts de la table un service baptisé Afrique, en version vert végétal ou roux fauve. Cartier a créé un foulard motif panthères prestigieuses, un défi technique qui déploie 60 couleurs et raconte l'histoire de la panthère, symbole de la marque qui donna même son nom au parfum, créé en 1987. L'esprit animalier se décline aussi à même la peau, telle la lingerie safari et zèbre d'Anti-Flirt qui se veut antitabou avec un catalogue où deux femmes suggèrent clairement leur relation sexuelle.

Aux limites de l'interdit


« On assiste à un fort retour de l'animalité au sein de l'imaginaire avec un registre transgressif croissant, signale Catherine Dupuis, chargée d'études chez Marketing Intelligence. On projette de plus en plus ses désirs pulsionnels sur sa consommation, dans une sorte de transfert de ce que l'on ne s'autorise pas par peur du danger. Dans une société de plus en plus permissive, ce retour au primitif a un lien certain avec la notion d'interdit. Il y a une surenchère des marques dans l'approche transgressive dont l'animalité, au sens de libérer ses instincts, fait partie. En cosmétologie, cela se traduit par des parfums à base de phéromones (substance chimique naturelle sécrétée par les insectes), supposés raviver l'instinct sexuel de ceux qui les portent. En publicité, on note le recours à la zoophilie (Ungaro), aux attitudes évoquant la sauvagerie (Dior). » Les reptiles, python en tête talonné par le crocodile, les sauriens, tels le lézard ou l'iguane, sont très recherchés par une frange de consommateurs. Agressifs et violents pour la plupart, « ils fascinent et révulsent à la fois, indique Vincent Grégoire. Ce sont des animaux dérangeants, vifs, prédateurs, qui captivent parce qu'ils mettent l'homme en danger, et le poussent à dépasser ses limites, à se chercher. On est toujours dans un rapport domination-soumission entre l'homme et l'animal. On s'intéresse aussi au design de la peau de l'animal, sa surface, son architecture ». La séduction passe aussi par la couleur rouge et une attitude troublante. Rochas a intitulé sa ligne de maquillage automne-hiver Domination, celle de la femme fatale et provocante, avec une ligne de duos pour les lèvres Double Rouge, ainsi qu'une ligne de vernis nommée Dépendance. Trussardi a aussi élu la couleur rouge pour le flacon de son parfum baptisé Python. Il a été créé dans l'esprit d'une attraction fatale, transgressif en regard du minimalisme puritain, avec un nectar rouge diabolique, qui choisit l'empreinte animale en reproduisant sur le packaging les écailles du fameux constricteur. Les bureaux de style prévoient une suite du courant animalier l'an prochain, surtout en grande diffusion, l'espèce humaine n'a donc pas fini de rugir !

Lucy, le premier parfum animal


Parmi les pistes de réflexion de l'étude confiée au cabinet &Loeb par le Cercle des fournisseurs de la beauté sur "La féminité au troisième millénaire" figure le projet Lucy, parfum aux senteurs épicées évoquant une femme sauvage et sensuelle des temps primitifs. Pour Magali Riedel de la société Mane, leader mondial en parfums, arômes et matières premières, « après la phase des fragrances aériennes, on revient vers la matière, le brut, la référence à la Terre Mère et aux racines. On est aussi en quête de sens, d'authenticité et de spiritualité. Le parfum retrouve sa fonction d'origine, en étant lié à la sensation, à la pulsion. » Terre sauvage et Bois éternels, deux autres fragrances proposées, vont dans le même sens, fondés sur le mystère de la première femme. Pour illustrer ce concept, le designer Jérôme Olivet a créé deux prototypes d'inspiration organique, matricielle. Frédéric Loeb, directeur du cabinet qui porte son nom, a identifié l'icône "Femme Primitive" parmi les douze modèles de féminité de demain, porteurs de repères.

La vache prend sa revanche


Victime d'une cabale dont elle se serait passée, la vache déferle tel un raz-de-marée sur tous les objets de la vie quotidienne. Pour Muriel Compagnon, du bureau de style Martine Le Herpeur, au-delà de l'intérêt graphique des taches de notre congénère, « riches en contours, contrastes, repères, poil court à usage multiples..., il se joue une revanche de l'animal qui envahit la maison, mais aussi les accessoires et la mode. Nourricière, symbole du terroir et des produits naturels, évocatrice de notre enfance, ce mammifère paisible, aimée du public, réveille la conscience collective. » La "meuh-bilisation" est donc générale contre cette attaque qui blesse l'homme dans sa mémoire vive. Sylvie Wais a ouvert, en décembre dernier, une boutique à Paris, Vache and Cow, dédiée exclusivement à la Prim'Holstein, en noir et blanc. On y trouve tout et le lieu ne désemplit pas. Articles vedettes : housses à portable, tapis et cadre pour ordinateur, bain moussant Milk Collection dans une bouteille de limonade et la célèbre boîte meuh. Devant le succès, carte de fidélité, boutique en ligne et franchise figurent parmi les objectifs. Internet connecte les passionnés du sujet, le site www.lavache.com, créé il y a un an, compte déjà plus de 120 000 connexions et propose un bulletin mensuel, Vach'Mag. Emblématique de l'enfance, la vachoune a été intégrée par Caroline Lisfranc, fondatrice de la marque Eurobear, pour un de ses couples-doudous enlacés. Le Printemps propose un jeu de société en bois Le Loto de Rosy la Vache, et les créateurs des frises poétiques de la société Gribouillage, à Dijon, intègrent les belles donneuses de lait dans leur paysage.

Astrid Vitols

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