Marketing Magazine N°44 - 01/11/1999 - PROPOS RECUEILLIS PAR VÉRONIQUE DUPUY
Crise de la ville et des campagnes. Vache folle, poulet à la dioxine, “malbouffe”, désertification, disparition des espèces, pollution des eaux... Face à ces préoccupations, les vétérinaires seraient-ils les nouveaux Saint-Bernard de nos sociétés ? Alors qu'ils jouent un rôle croissant dans l'agro-alimentaire, la recherche, le contrôle sanitaire, Ronald Hubscher nous éclaire sur l'avenir de cette profession mal connue.
Ronald Hubscher : Il aura fallu la crise de la vache folle pour attirer
l'attention sur eux. Le regard de la société n'avait pas encore pris en compte
l'importance de leur intervention dans le domaine médical et sanitaire.
Aujourd'hui, l'identité de cette profession se partage entre des intérêts de
plus en plus divergents malgré un unanimisme de façade. En suivant l'évolution
du monde paysan, elle s'est adaptée aux impératifs modernes de mobilité
géographique et sociale. Entre productivité et productivisme, profit, écologie,
les vétérinaires occupent une place centrale au sein du débat sur la nature et
les modes de vie.
La mutation des méthodes d'élevage est devenue
scientifique à grand renfort de prophylaxie et de diététique, avec un seul
objectif : le profit. Il implique le développement d'une recherche appliquée et
une caution professionnelle. Les vétérinaires offrent les deux, de part leur
formation.Ils sont donc appelés à jouer un rôle central au sein d'un vaste
dispositif technico-commercial. De “docteur des animaux”, le vétérinaire
endosse une nouvelle image : celle de chercheur et d'expert en santé publique.
En 1990-91, c'est une équipe du laboratoire central vétérinaire de Weybridge
(GB), qui estime probable le rôle des protéines provenant de ruminants dans
l'apparition de l'encéphalopathie spongiforme bovine. Les vétérinaires ont joué
un rôle rassurant et modérateur dans un climat propice aux fantasmes et aux
comportements irrationnels. A cette occasion, pour l'homme de la rue, la
barrière entre santé animale et santé humaine est tombée.
L'imaginaire
collectif accuse toujours un décalage avec la réalité. Les vétérinaires
n'officieraient qu'auprès des animaux sauvages ou de compagnie. Ils sont vus au
travers des images d'Epinal d'émissions de télévision et de magazines
spécialisés. Une récente enquête révèle que 60 à 70 % des individus ignorent la
place tenue par les vétérinaires dans le secteur agro-alimentaire, l'industrie
pharmaceutique et la recherche.
De profession libérale, les
vétérinaires sont passés à chef d'entreprise. Leurs activités commerciales se
sont amplifiées avec les maisons médicalisées, les cliniques pour animaux, les
centrales d'achat. Des regroupements se sont effectués. Les salariés sont de
plus en plus nombreux. De nouvelles filières se sont ouvertes, chef de produit,
chef des ventes, délégué médical, consultant... L'industrie pharmaceutique, le
secteur sanitaire, l'agro-alimentaire les recrutent massivement. Certains à la
fin de leurs études s'inscrivent dans une école de commerce. La concurrence
avec les ingénieurs agronomes, les pharmaciens et les médecins dans les
laboratoires de recherche privés et publics s'intensifie. Le directeur
commercial en santé humaine de Pfizer n'est autre qu'un vétérinaire.
Très
certainement. De nouvelles spécialités se font jour : ophtalmologie,
dermatologie, cardiologie, orthopédie, gérontologie... Des vétérinaires se
consacrent à l'immunologie, la toxicologie, la pharmacologie, la bactériologie.
La médecine vétérinaire se rapproche de la médecine humaine. Mais les
recherches vétérinaires s'inscrivent dans une dynamique historique. Elles ont
toujours permis des avancées scientifiques. La culture de l'expérimentation et
les observations cliniques des vétérinaires ont permis à Pasteur de gagner du
temps sur ses découvertes. Aujourd'hui, ils jouent un rôle essentiel dans
certains laboratoires et instituts.
Entre ceux
qui interviennent dans la pisciculture, la zootechni... les “Vétérinaires sans
frontières” qui se consacrent aux épidémies qui frappent les animaux et à leur
prophylaxie, cette profession pose ses marques de protecteur de la santé
humaine et de médiateur écologique. * Les Maîtres des bêtes de Ronald Hubscher,
professeur d'histoire contemporaine à Paris X. Editions Odile Jacob, 1999, 441
pages, 180 F.
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