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La profession vétérinaire pose ses marques de protecteur de la santé humaine et de médiateur écologique

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Crise de la ville et des campagnes. Vache folle, poulet à la dioxine, “malbouffe”, désertification, disparition des espèces, pollution des eaux... Face à ces préoccupations, les vétérinaires seraient-ils les nouveaux Saint-Bernard de nos sociétés ? Alors qu'ils jouent un rôle croissant dans l'agro-alimentaire, la recherche, le contrôle sanitaire, Ronald Hubscher nous éclaire sur l'avenir de cette profession mal connue.

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La profession de vétérinaire deviendrait-elle un statut-symptôme fondamental des évolutions de notre société ?


Ronald Hubscher : Il aura fallu la crise de la vache folle pour attirer l'attention sur eux. Le regard de la société n'avait pas encore pris en compte l'importance de leur intervention dans le domaine médical et sanitaire. Aujourd'hui, l'identité de cette profession se partage entre des intérêts de plus en plus divergents malgré un unanimisme de façade. En suivant l'évolution du monde paysan, elle s'est adaptée aux impératifs modernes de mobilité géographique et sociale. Entre productivité et productivisme, profit, écologie, les vétérinaires occupent une place centrale au sein du débat sur la nature et les modes de vie.

Pouvez-vous préciser leur rôle dans cette crise de la vache folle ?


La mutation des méthodes d'élevage est devenue scientifique à grand renfort de prophylaxie et de diététique, avec un seul objectif : le profit. Il implique le développement d'une recherche appliquée et une caution professionnelle. Les vétérinaires offrent les deux, de part leur formation.Ils sont donc appelés à jouer un rôle central au sein d'un vaste dispositif technico-commercial. De “docteur des animaux”, le vétérinaire endosse une nouvelle image : celle de chercheur et d'expert en santé publique. En 1990-91, c'est une équipe du laboratoire central vétérinaire de Weybridge (GB), qui estime probable le rôle des protéines provenant de ruminants dans l'apparition de l'encéphalopathie spongiforme bovine. Les vétérinaires ont joué un rôle rassurant et modérateur dans un climat propice aux fantasmes et aux comportements irrationnels. A cette occasion, pour l'homme de la rue, la barrière entre santé animale et santé humaine est tombée.

Dans l'opinion, les vétérinaires se partagent-ils toujours entre soins pour "chienchien à sa mémère" et interventions Daktari ?


L'imaginaire collectif accuse toujours un décalage avec la réalité. Les vétérinaires n'officieraient qu'auprès des animaux sauvages ou de compagnie. Ils sont vus au travers des images d'Epinal d'émissions de télévision et de magazines spécialisés. Une récente enquête révèle que 60 à 70 % des individus ignorent la place tenue par les vétérinaires dans le secteur agro-alimentaire, l'industrie pharmaceutique et la recherche.

Quelles sont les principales mutations de cette profession ?


De profession libérale, les vétérinaires sont passés à chef d'entreprise. Leurs activités commerciales se sont amplifiées avec les maisons médicalisées, les cliniques pour animaux, les centrales d'achat. Des regroupements se sont effectués. Les salariés sont de plus en plus nombreux. De nouvelles filières se sont ouvertes, chef de produit, chef des ventes, délégué médical, consultant... L'industrie pharmaceutique, le secteur sanitaire, l'agro-alimentaire les recrutent massivement. Certains à la fin de leurs études s'inscrivent dans une école de commerce. La concurrence avec les ingénieurs agronomes, les pharmaciens et les médecins dans les laboratoires de recherche privés et publics s'intensifie. Le directeur commercial en santé humaine de Pfizer n'est autre qu'un vétérinaire.

Peut-on parler de sciences vétérinaires ?


Très certainement. De nouvelles spécialités se font jour : ophtalmologie, dermatologie, cardiologie, orthopédie, gérontologie... Des vétérinaires se consacrent à l'immunologie, la toxicologie, la pharmacologie, la bactériologie. La médecine vétérinaire se rapproche de la médecine humaine. Mais les recherches vétérinaires s'inscrivent dans une dynamique historique. Elles ont toujours permis des avancées scientifiques. La culture de l'expérimentation et les observations cliniques des vétérinaires ont permis à Pasteur de gagner du temps sur ses découvertes. Aujourd'hui, ils jouent un rôle essentiel dans certains laboratoires et instituts.

Quels sont aujourd'hui les signes qui traduisent l'importance de ces sciences ?


Entre ceux qui interviennent dans la pisciculture, la zootechni... les “Vétérinaires sans frontières” qui se consacrent aux épidémies qui frappent les animaux et à leur prophylaxie, cette profession pose ses marques de protecteur de la santé humaine et de médiateur écologique. * Les Maîtres des bêtes de Ronald Hubscher, professeur d'histoire contemporaine à Paris X. Editions Odile Jacob, 1999, 441 pages, 180 F.

PROPOS RECUEILLIS PAR VÉRONIQUE DUPUY