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La lumière sous les projecteurs

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A l'aube du XXIe siècle, la lumière s'impose dans tous les produits de grande consommation. Après les années minimalistes, elle fait corps avec la couleur pour séduire, amuser et donner envie de consommer. Une tendance qui a de belles années devant elle.

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Le XXIe siècle sera-t-il le nouveau siècle des Lumières ? Annoncé et décrypté par les cabinets de tendance, l'avènement de la lumière connaît un point d'orgue à l'aube du 3e Millénaire. Automobile, cosmétiques, textiles, multimédia, électroménager, téléphonie, décoration, papeterie, accessoires. Montée en puissance au cours des dernières années, cette vague de fond inonde les marchés, les représentations publicitaires et l'environnement quotidien, comme pour saluer le début de l'ère nouvelle. La Tour Eiffel peut briller de tous ses feux et le Pont du Gard renaître de sa mise en lumière par James Turrell. A la fois onde et matière, naturelle ou artificielle, céleste ou terrestre, évanescente ou animale, la lumière se découvre tous les jours de nouveaux horizons et se teinte d'optimisme en cette fin de siècle marquée, dit-on, par la fin de la crise. Nouvelles technologies et avancées scientifiques aidant, elle suggère des sensations (légèreté, énergie, sérénité...), donne vie aux matériaux les plus rebelles, sculpte les visages et fait alliance avec la couleur dans un luxe de brillances, de transparences et d'effets irisés ou nacrés après des années minimalistes en noir et gris. « La couleur accroche le regard, et la lumière anime le volume et la surface. Elle fait respirer et palpiter le produit », décode Hélène Capgras, responsable beauté au bureau de conseil en développement de produits Martine Leherpeur. « Une couleur sans volume ne suffit plus, témoigne Isabelle Ambos-Lombaert, industry manager chez Engelhard, l'un des principaux fabricants mondiaux de pigments. Aujourd'hui, les marques attendent un traité plus raffiné et plus complexe de la couleur. Elles veulent donner une idée de brillance, de transparence, de profondeur, de pureté et de fraîcheur aux produits et aux emballages. C'est possible grâce aux pigments à effets nacrés et aux films irisés, qui apportent aussi des effets changeants et arc-en-ciel aux couleurs, selon l'angle d'observation. La demande est très forte, partout où interviennent des notions de séduction, de jeu et de luxe. »

Une tendance multi-secteur


Peu de secteurs échappent à cette tendance aux multiples facettes qui surfe sur les différentes fonctions de la lumière (séduction, sécurité, correction...) et sur les représentations qui lui sont associées : création/chaos, révélation/trompe-l'oeil, puissance/douceur, pureté/animalité, etc. « Les filtres, les effets de scanner et de transparence se multiplient partout. On joue sur la perception des choses. Nous sommes sur des années de trompe-l'oeil, de camouflage et d'effets hallucinatoires par la lumière », analyse Françoise Serralta, responsable des tendances au bureau de style Peclers. Toujours précurseur, le secteur automobile - et moto - a ouvert la voie et flatte le regard avec ses carrosseries vibrantes de reflets et ses contrastes de chrome et de mat. « C'est là que je vais puiser mon inspiration en matière de lumière, de brillance, de métallique et d'argent. Ils ont tout trouvé », révèle Nicolas Degennes, le nouveau directeur artistique maquillage et couleurs pour Givenchy. Mais c'est vrai aussi des accessoires de sport (surfs, vélos, fixations de ski...) et de tous les produits qui utilisent les effets de brillance et de métal pour communiquer sur la technicité, la couleur, la transparence et les effets spéciaux en plus désormais. Avec ses coloris ludiques et son habillage d'une lumineuse transparence, iMac a révolutionné l'univers du multimédia et défriché une piste encore peu explorée par ses concurrents. Paradoxe d'un secteur qui a largement contribué à modifier l'oeil en faisant émerger une nouvelle esthétique de la couleur et de la lumière via Internet et les jeux vidéo. Récemment, de nombreux marchés ont d'ailleurs adopté des designs approchants comme celui de la photo (Polaroïds I-Zone, e-cam 20 Vivitar), de l'électroménager, de la maison, des accessoires de maquillage (taille-crayons Design Profil de Serge Louis Alvarez) ou... d'électricité (Arditi par Orbitec).

Des matières de plus en plus élaborées


A la pointe également des tendances, le secteur de la mode use et abuse des techniques de tissage, de l'ennoblissement des matières, de fils et de fibres toujours plus sophistiquées ou techniques pour multiplier les effets de lumière et d'optique. Jusqu'à l'introduction de pigments photosensibles ou de fibres optiques dans le textile (Paco Rabanne, Alexander Mc Queen) Le Vinyle, le plastique et le métal sont les grands revenants des années 90, tous secteurs confondus (robe en organza recouverte de longs "fils" en plastique transparent de Xavier Navarro). Des matériaux utilisés pour la sécurité (fibres métallisées thermiques, couleurs fluo) sont détournés de leurs usages initiaux, tandis que des fibres anti-UV protègent la peau des effets du soleil. Isabel Marant plonge ses jeans dans des bains d'or. Quant à Jean-Paul Gaultier, il célèbre dans sa collection automne/hiver la Tour Eiffel et Paris la ville-lumière dans des effets de lamé, de tulle et de strass. Dans le sillage de la mode, et portés par l'explosion de la couleur, les produits de maquillage se chargent d'effets pailletés, irisés et nacrés pour capturer la lumière et la réfléchir (Reflet d'Or de Lancaster). Vernis, rouges à lèvres (Rouge Lumière de Chanel), fards à paupières, produits pour le teint (Photogenic de Lancôme), gels-douche, soins du visage (Vitaroma de Decléor) : pas un produit échappe à cette onde lumineuse qui déferle sur les packagings, les formules, les textures et le nom de produits (gel doublement beau Rayon Vert de Bourjois). Avec Lumi-Extract, Kérastase crée un "concentré de lumière qui sculpte les cheveux" et illustre, à sa manière, le travail mené sur les effets de lumière autour des cheveux et des cils. "La lumière vient du ciel", déclare la publicité des produits de maquillage les Météorites de Guerlain. Les Parfums Rochas mettent la Lumière en flacon. Après avoir dompté le Feu dans ses flacons rougeoyants, Issey Miyaké lance en octobre une nouvelle fragrance sur le thème de la lumière dans un conditionnement tout aussi étonnant et lumineux.

La lumière en mouvement


Surtout, la couleur se fait multiple et mouvante sous l'effet changeant de la lumière "vivante" qui interfère sur les matières. Produits "caméléons", couleurs multi-teintes en mouvement permanent, effets arc-en-ciel par décomposition prismatique de la lumière, impressions de kaléidoscope. « Grâce aux nouvelles techniques de pigments, de cannelures et de diffraction, nous allons enfin pouvoir réaliser la robe couleur du temps de Peau d'Ane, rêve Françoise Serralta. Les couturiers japonais sont les rois de la couleur séquentielle. Aujourd'hui, on trouve des matières textiles qui se mettent à iriser au fil de la journée. Nous sommes dans la magie et la métamorphose. Plus rien n'est figé. Et on n'en est qu'au début. » Dans l'industrie cosmétique, la plupart des grandes marques planchent sur cette idée de couleurs multi-changeantes. Les effets moirés inspirés du textile sont également recherchés, tout comme le métal qui se charge de teintes chaudes et sensuelles, saluant le grand retour de la féminité. La recherche de pigments capables de réfléchir la lumière à 100 % constitue un autre axe de réflexion dans le maquillage. En fait, dans ce flot de lumière qui filtre les vitrines des boutiques (Comme des Garçons à Paris), révèle la face cachée des villes la nuit et crée des ambiances quasi-subliminales, le secteur alimentaire - au sens propre du terme - semble en retrait dans cette tendance dans l'Hexagone comparé à d'autres pays, notamment en matière d'emballage. « En France, c'est l'aspect sécuritaire qui prévaut : on "cache" les aliments pour mieux les "protéger". Ce n'est pas le cas en Italie ou aux Etats Unis où l'on joue davantage sur les aspects de transparence et de lumière sur les matériaux », avance Patrice Beauchant, fondateur du cabinet de prospective Beauchant Associés Conseil. Cela étant, les industriels s'y sont mis : avec son packaging blanc nacré inédit dans le rayon, la bien nommée spécialité laitière Perle de Lait de Yoplait ne suggère-t-elle pas toute l'onctuosité et la fraîcheur de ce produit beau à... croquer ? Par ailleurs, des pistes restent à explorer notamment autour de l'idée de la lumière "nourricière" qui fait aussi son chemin dans les produits d'hygiène-beauté ou dans les compléments alimentaires, par exemple. « La nacre comme colorant alimentaire apparaît dans les dentifrices, témoigne Hélène Capgras. Aux Etats-Unis, vous trouvez des barres énergétiques et des capsules de vitamines enrobées de nacre dans des coloris or et cuivre. Derrière ce type de produits, il y a l'idée d'avaler la lumière, la force et la minéralité. Et rien ne peut mieux nous transformer que ce qu'on ingère. » « L'idée de "manger" la lumière est très importante : en l'ingérant, elle apporte tous ses bénéfices », confirme Patrice Beauchant. Avec leur nouveau préparateur au soleil "Boisson Solaire", les Laboratoires Robert Schwarz n'invitent pas à autre chose. Et laissent la porte ouverte aux idées les plus lumineuses pour 2001 !

LUMIÈRE PRISMATIQUE


Le violet constitue une des limites visibles du spectre de décomposition de la lumière solaire. Pour Paco Rabanne, il s'agit de la couleur de l'ère du verseau, sur laquelle s'ouvre le troisième millénair... D'inspiration mystique plutôt que solaire, le parfum Ultraviolet est la quintessence du jeu subtil entre la lumière, la couleur et la transparence. « La lumière est un thème récurrent dans la mode de Paco Rabanne. Pour Ultraviolet, nous avons travaillé sur le spectre de la lumière et de l'arc-en-ciel. L'idée d'objet vivant, toujours en mouvement, nous a guidés », résume Kilian Hennessy, chef de produit en charge du parfum. Dans Ultraviolet (comprenez : "super violet"), la lumière est partout : dans son nom ; dans le packaging dont la couleur violette et dense, chargée en nacres interférentielles, vibre comme une source d'énergie ; dans le flacon et le jus, qui captent la lumière et la restituent dans une alternance de transparence et de décomposition prismatique grâce à la présence d'une collerette holographique au fond du flacon. Femme lumineuse, ondes de bien être, aura de vie, faisceau énergisant, force : ces valeurs ont servi de canevas à la création de cette ligne parfumée qui, pour la fête des Mères, s'est enrichie de cristaux de bains aux effets pailletés dans l'eau et sur la peau.

EXPO "JOUER LA LUMIÈRE"


A partir de janvier, une exposition consacrée à la lumière dans le textile du 16ème siècle jusqu'à nos jours sera organisée au Musée de la Mode et du Textile. Présentation des effets d'optiques et des matières à des stades différents ; exposition de tissus ; décryptage des emplois de la lumière dans le textile et de ses symboliques ; utilisations et mises en situation, etc. Baptisée "Jouer la lumière", cette manifestation donnera lieu à une publication. « L'interaction de la lumière, du textile et du regard a été très peu étudiée de façon systématique. Il nous manque une théorie générale des effets optiques. C'est ce que nous allons esquisser à travers cette exposition », précise Jean-Paul Leclercq, conservateur en charge de son organisation.

LES NOUVEAUX HABITS D'APPLE


Indigo, rubis et sauge. Deux ans après avoir apporté la notion de beau et de plaisir au marché hi-tech tout en dévoilant les dessous de la technologie, Apple lance sa nouvelle "collection" d'iMac aux effets lumineux toujours aussi intenses. La marque reste fidèle à son style, fondé sur la transparence. Mais celle-ci trouve une nouvelle expression avec le Power Mac G4 Cube, une petite merveille de technologie dont l'élément central, logé dans une coque couleur métal aux reflets changeants, repose sur un socle complètement translucide. De forme cubique, il est assorti au design futuriste et transparent des nouveaux moniteurs mis au point par Apple, ainsi qu'à la nouvelle souris optique et au clavier Pro à l'habillage translucide, désormais livrés en standard avec tous les ordinateurs de bureau. « La transparence permet de montrer la technologie et de rassurer les futurs utilisateurs : quand on rend visible les choses, on en a moins peur », explique Patrice David, chef de produit hardware. A noter qu'Apple décline désormais son iMac DV Edition Spéciale dans une teinte blanche opalescente ("neige") légèrement opaque.

Anne Autret

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