Marketing Magazine N°45 - 01/12/1999 - RÉFLEXION DE FRANÇOIS BELLANGER QUI DIRIGE TRANSIT CONSULTING ET ANIME “L'OBSERVATOIRE DE L'HABITAT”.
La question de la prospective sur l'habitat trouve en général deux types de réponses. Soit une réponse architecturale, sous l'influence de quelques architectes visionnaires, soit une réponse purement technicienne liée à l'arrivée de nouvelles technologies comme aujourd'hui l'Internet. Des approches qui ne manquent pas d'intérêts, mais qui sont certainement trop restrictives. (l'habitat de 2020 est déjà construit à 99,99 % !) et qui oublient un peu trop les aspirations des Français (voir le flop de la domotique depuis vingt ans en France !). Se pose alors la question de savoir comment déceler les courants qui font et feront évoluer l'habitat aujourd'hui.
Il pourrait sembler
logique quand on s'interroge sur l'évolution de l'habitat des Français de
commencer par observer les différentes études et autres enquêtes sur leurs
attentes. Pourtant les résultats qui s'en dégagent ne sont pas pertinents tant
les gens réfléchissent à leur espace à vivre avec des habitudes de pensée. La
seule attente originale exprimée par nos concitoyens concerne la taille et
l'affectation des pièces, celles-ci ne correspondant plus à leurs modes de
vie.
Le problème est que beaucoup d'architectes sont encore très
marqués par une culture de béton et de cubes, plutôt qu'une culture de
sociologue sensible aux modes de vies. L'innovation et l'imagination n'étant
pas forcément le propre de ces professions, les architectes et les promoteurs
font donc ce qui s'est toujours fait avec, par exemple, des cuisines
ridiculement petites, alors qu'aujourd'hui cette pièce est devenue le carrefour
de la maison (un réfrigérateur est ouvert, en moyenne, 56 fois par jour dans un
foyer de quatre personnes !).
Pour comprendre l'évolution de l'habitat faut-il alors
passer par la classique visite des pièces ? Mais là encore les réponses ne sont
pas satisfaisantes tant la vocation traditionnelle des pièces semble
aujourd'hui changeante. - La salle de séjour autour de laquelle s'organisait
toute la vie de la maisonnée, au détriment des autres pièces, semble avoir
vécu, et ce au profit de la cuisine et des chambres. - La nature de la cuisine
est, elle aussi, rendue plus floue celle-ci évoluant entre pièce de réception
principale et pièce minimale ne servant qu'à cuisiner. - Si la chambre reste
essentiellement vouée au repos, elle tend à accueillir, elle aussi, de
nouvelles fonctions bien éloignées du sommeil comme le travail et les loisirs,
via l'ordinateur et la télé, ou le sport, via le vélo d'appartement. - De
simple espace de toilette, la salle de bains devient un espace de “bien-être”
dépassant la seule fonction de se laver, même si beaucoup de salles de bains
sont petites (4 m2 en moyenne). - Le jardin se transforme en véritable pièce à
vivre, ayant le grand mérite de pouvoir évoluer au cours de la journée (salle
de jeux le matin pour les enfants, et salle à manger à midi pour le barbecue).
Ces mutations font apparaître que demain la maison ne va plus s'organiser par
pièces, mais par univers ; l'univers de la convivialité (séjour, salle à manger
et cuisine), l'univers de la détente (chambre et salle de bain) et l'univers du
travail (coin bureau). Ikéa a déjà adopté cette approche dans son offre de
meubles. Si à partir de ces quelques questions, il semble possible d'esquisser
une image de l'habitat actuel, on ne peut s'en satisfaire. Cette simple
observation étant incapable de dégager de vraies lignes de force. D'où un
constat : pour comprendre la maison, il faut en sortir, en s'appuyant sur les
grands courants qui agitent notre société pour nous interroger sur leurs
conséquences possibles sur l'habitat et nos modes de consommation.
Pollution de l'air, amiante, plomb... Les individus se posent la question de
savoir ce qu'il faut laisser rentrer chez eux. On voit apparaître sur le marché
des filtres pour robinet et se développer celui des purificateurs d'air. Ce
souci de l'environnement joue aussi dans les choix de matériaux de
construction, d'éléments de décoration (peinture dotée d'éco-label) et
d'équipements ménagers issus de processus de fabrication supposés respecter
l'équilibre écologique. De plus la hausse des prix de l'eau et de l'énergie va
contribuer au développement d'un électroménager plus économe sur le plan de la
consommation énergétique.
Si la
reprise économique fait baisser depuis près d'un an le taux de chômage, il
reste en France quelque 3 millions de chômeurs et plus d'un tiers des Français
avouent encore aujourd'hui craindre se retrouver au chômage dans les mois qui
viennent. Cette incertitude sur l'avenir a radicalement modifié l'appréhension
que les Français ont de leur maison. Celle-ci n'est en effet plus appréhendée
par beaucoup d'entre eux comme une valeur d'investissement, mais avant tout
comme un espace de vie à consommation immédiate. Preuve en est, la baisse des
achats en matière de gros bricolage et de gros ameublement.
Pour la très grande majorité d'entre nous, la
maison restait jusqu'ici un lieu préservé du monde du travail. Ce n'est plus
vrai. Déjà 15 % des actifs travaillent 50 % de leur temps à domicile. Nos
nouvelles façons de travailler obligent à repenser cette séparation entre cadre
de travail et cadre de vie. Car si travailler dans la salle à manger est une
solution de dépannage, le soir ou le week-end, ce n'est pas une solution viable
et des réponses devront s'esquisser tant sur le plan du mobilier que de
l'affectation des pièces.
Parallèlement au développement du travail à la
maison, on assiste au retour des loisirs à la maison. Le mouvement a déjà
débuté avec la télé mais il devrait se poursuivre via l'électronique et
Internet. L'arrivée en masse des écrans devrait inciter à avoir une nouvelle
approche du mobilier et du confort, mais aussi de l'aménagement de certaines
pièces, comme le salon, qui devront comprendre des coins sombres.
La famille s'est
aujourd'hui élargie, et dépasse la traditionnelle vision de papa-maman et leurs
deux enfants. Pourtant les architectes et les promoteurs continuent à tenir un
discours normatif de type F3, F4, qui ne correspond plus à rien. Beaucoup de
familles se trouvent alors confrontées au problème de l'affectation des pièces.
Une grande majorité de Français rêve aujourd'hui d'une maison qui suivrait
l'évolution de la famille, et où les choses ne seraient pas figées.
Huit hypothèses pour demain
Devant un tel décalage entre les aspirations des Français et les formes de notre habitat, apparaît alors la tentation d'émettre quelques “hypothèses” qui ne sont pas exclusives les unes des autres et pourraient servir de points d'appui à une nouvelle réflexion pluridisciplinaire sur l'habitat de demain.
1 VERS UN HABITAT PROPRE ?
Les évolutions fortes : - Contrôler sa consommation d'énergie - Maîtriser les rejets - Construire et décorer propre
2 VERS UN HABITAT FILTRE ?
Filtrer ce qui rentre dans la maison (bruit, eau, air...) Rechercher plus de sécurité Maîtriser son temps et s'isoler confortablement
3 VERS UN HABITAT MODULABLE ?
Plus de travail et de loisirs à la maison Nouvelles structures familiales Nouvelles vocations des pièces
4 VERS UN HABITAT ÉCRAN ?
Toujours plus de temps devant la télé Arrivée des ordinateurs et d'Internet dans les foyers Nouvelles formes de travail et de loisirs
5 VERS UN HABITAT ENTREPRISE ?
Le travail à domicile Toujours plus de temps et d'activités à la maison Vers de nouveaux services aux particuliers
6 VERS UN HABITAT PRÉCAIRE ?
Chômage, exclusion et pauvreté Nouvelles distributions (troc, SEL) Précarité et refus d'investir
7 VERS UN HABITAT JARDIN ?
Besoin de nature Développement du jardinage Préserver son environnement
8 VERS UN HABITAT MONDE ?
Augmentation des voyages à l'étranger Besoin d'évasion réelle ou virtuelle Mélange des genres et des cultures
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19/04/2012 LANGUEDOC-ROUSSILLON
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