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Faut-il craindre les biotechnologies ?

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Directeur de l'unité de microbiologie de l'Ecole nationale des sciences de l'industrie alimentaire (ENSIA), le Professeur Jean-Yves Leveau se penche sur les principales raisons qui ont conduit les industriels à négliger la sécurité alimentaire. Plus largement, il aborde la question des relations entre les biotechnologies et l'assiette des consommateurs.

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« Les principales causes des récentes crises graves qu'ont connues les Industries agro-alimentaires (IAA) (vache folle, OGM, dioxine, Coca frelaté, etc.) sont les suivantes : - tout d'abord une concurrence très forte amenant les industriels à chercher une réduction des coûts de production, parfois au détriment d'une garantie absolue de sécurité à l'égard des consommateurs ; - la nécessité des IAA, toujours pour des raisons de compétitivité, de développer des nouveaux produits dans des délais très (trop ?) courts : il est fréquent d'assister au développement d'un produit en six mois ou un an. Ces délais ne permettent pas toujours de mener à bien les études de vieillissement des produits ; - le non-respect de la pluridisciplinarité de l'innovation et notamment l'absence fréquente dans les équipes de R&D de biologistes qui constituent pourtant une précieuse interface entre les sciences exactes et les sciences humaines. On note également rarement la présence d'hygiénistes ou de toxicologues pourtant nécessaires ; pour preuve les problèmes de dioxine récemment découverts dans l'industrie avicole belge ; - la gestion plus systématique de l'innovation de façon globale au niveau de la filière permettrait une réduction significative du risque.

Lever les freins culturels et économiques


Cette situation recèle en fait des opportunités importantes pour les IAA car, historiquement, elles se sont concentrées sur les dimensions organoleptiques (texture et saveurs essentiellement), puis plus récemment sur les dimensions nutritionnelles des produits. Par contre, les domaines de l'éco-toxicologie et de l'écologie microbienne sont aujourd'hui encore peu exploités malgré les affaires récentes. Là encore, il existe un frein économique (un dosage en dioxine coûte plus de 10 000 F), mais il s'agit surtout d'un frein culturel. Pourtant, on peut aisément imaginer que le consommateur est prêt à payer un tout petit peu plus cher pour avoir des produits alimentaires dont l'innocuité est garantie. On ne peut évoquer l'ingérence des scientifiques dans les IAA sans parler des OGM (organisme génétiquement modifié). Le refus brutal et sans appel des consommateurs et, en cascade, des distributeurs d'entendre parler de ces techniques n'est que partiellement justifié sur le plan scientifique. Il est certain que les recherches concernant les OGM laissent encore de grandes zones d'incertitudes. Mais, on peut pourtant imaginer que, quand les techniques fines de biologie moléculaire permettront d'identifier et de quantifier le transgène des OGM et ainsi d'apporter la preuve scientifique et que, par ailleurs, les OGM apporteront une composition nutritionnelle améliorée, on assistera alors à un développement de leur utilisation. Il serait dommage de se priver totalement de cette avancée technologique réelle. Il est intéressant de noter à ce propos que l'on assiste actuellement à un match Europe/USA sur la conception des IAA. La conception ultra-compétitive des USA aboutissant aux OGM systématisés, au bœuf aux hormones, etc. pourrait bien être à terme en perte de vitesse face à une agriculture européenne raisonnée et responsable. Par ailleurs, le "combat de David et Goliath", McDonald's vs Roquefort, confirme ce décalage dans la conception de l'alimentation qui repose notamment sur la culture et les traditions culinaires fortes en Europe et quasi inexistantes aux USA. En conclusion, pour "réconcilier" consommateurs et scientifiques, il faudra que ces derniers apportent des "plus" liés à la sécurité et au plaisir. Ainsi la gestion scientifique de la traçabilité permettant d'identifier à chaque étape les tenants et aboutissants apporte une réelle réassurance pour les consommateurs. Les scientifiques doivent être guidés par les attentes des consommateurs autant que par celles des financiers. »

PHILIPPE LAURENT

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