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Face à Microsoft, la résistance s'organise...

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Précurseur, Bill Gates a démocratisé et fédéré le monde informatique. Son hégémonie lui a permis dans différents domaines de mettre à mal des leaders tels que Netscape. Il utilise aujourd'hui sa puissance pour dominer des marchés où il n'a pas été visionnaire. Comme, par exemple, celui de l'Intranet et du groupware* sur lequel règne Lotus. Dernière alternative au tout Microsoft ?

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Microsoft est-elle une citadelle imprenable ? On pourrait le craindre. Citizen Gates est un malin, décidé et riche. Cela fait beaucoup d'atouts. Sa stratégie hégémonique a payé. Aujourd'hui dans le monde, 98 % des systèmes d'exploitation, architecture des ordinateurs sont estampillés Windows de Microsoft ; 85 % des ordinateurs sont équipés de suites bureautiques, bouquet de logiciels...Microsoft. Côté navigateurs, pour l'accès à Internet, le pionnier et leader Netscape est mis à mal par Explorer, le navigateur gratuit de Microsoft. En clair, une seule bataille reste à gagner pour maîtriser toute la chaîne informatique. Celle des boîtees aux lettres (bal), systèmes Intranet et Extranet qui permettent aux entreprises de fonctionner en réseau, un secteur dominé par Lotus, filiale d'IBM depuis 1996. Ce marché est le dernier rempart avant la World Company, la seule alternative au géant. Si Bill Gates remportait cette bataille, un seul mot suffirait alors pour désigner tout ou partie de l'informatique : Microsoft. Face à ce Goliath, chacun y va de sa ruade. Au rayon navigateurs, même si Netscape est toujours leader, la gratuité d'Internet Explorer sur Windows 95 a permis de faire passer dans l'esprit des gens qu'un navigateur devait être gratuit. L'affaire a valu à Bill Gates un procès. Mais même s'il est depuis dans le collimateur de la justice américaine qui estime que la société Bill Gates a toutes les allures d'un trust, le mal est fait. Microsoft a réussi à tarir une des sources de revenus de Netscape dont la rumeur disait qu'elle fermait boutique et cherchait repreneur.

Modèle ouvert ou propriétaire


Chez Netscape, on reste confiant. La société estime avoir fait une habile contre-attaque en passant à la gratuité mais surtout en offrant le code-source de son logiciel : tout le monde peut désormais personnaliser, modifier et améliorer ses performances. En deux semaines, nous avons enregistré près de 200 000 téléchargements, se réjouit Tristan Nitot, directeur marketing de Netscape. Si 1 % seulement de ces personnes améliorent les fonctionnalités de notre logiciel, cela nous permettra des avancées technologiques correspondant à un budget de recherche avec lequel Microsoft ne pourra pas rivaliser. Alors que ce dernier lui a "mangé" 40 % de part de marché en 1997, Netscape choisit donc de l'entraîner sur un autre terrain, le "freeware" (logiciels en accès libre), aux antipodes de la stratégie de Microsoft et de ces "modèles propriétaires", dont la particularité est de ne surtout pas dévoiler la technologie maison. Microsoft domine le marché mais la bataille des bal, systèmes Intranet et messageries groupware va être cruciale. 1997 a marqué l'explosion de ce secteur avec une augmentation de 137 % soit 633 900 boîtees aux lettres vendues. Avec son produit Notes/Domino, Lotus s'impose sur ce secteur avec près de 80 % du marché français. La société a investi depuis neuf ans dans le développement des messageries collaboratives, domaine sur lequel elle considère avoir une large avance technologique sur le géant Microsoft. Pour s'approprier ce dernier bastion, Gates va tout tenter pour imposer son logiciel Exchange. Même si selon certains observateurs, l'Intranet chez Microsoft, c'est du grand bluff.

Gérer l'hétérogénéité


Le problème c'est que face à la puissance de feu d'un Bill Gates - dont 250 MF d'investissements publicitaires en France - , le leadership et l'avance technologique ne suffisent plus. Pour résister à cette pression, Lotus, soutenue par IBM, a préféré anticiper. J'aimerais être la société qui prouve que rien n'est jamais perdu, même contre un monstre, explique le directeur marketing de Lotus, Philippe Belin. La société a pris le parti de réattaquer Microsoft sur le secteur de la bureautique en lançant Smart Suite 98 ou Millenium (qui sortira en septembre). Un "paquet" de logiciels complété de la dictée et de la commande vocale Via Voice, mis au point par IBM, et de Fast Site qui permet de créer un site Internet. Le tout sera vendu moins de 1 500 F TTC. Ainsi Lotus va-t-elle obliger Microsoft à réintégrer dans son offre bureautique Front Page (le concurrent de Fast Site), à travailler sur le développement vocal - un domaine où les informaticiens de Seattle auraient pris quelque retard - et à baisser ses prix, Office 97 est en effet vendu près de 6 000 francs. Bien sûr, Microsoft surfe encore tranquillement sur sa situation de quasi-monopole. Par facilité, le directeur informatique d'une grosse société équipée en PC et Windows complète son équipement avec du Microsoft. Toutefois, deux raisons pourraient entamer cette confiance aveugle. Tout d'abord le fait, comme l'explique Tristan Nitot, qu'un parc informatique, dans une grande entreprise, est par essence hétérogène et qu'il nécessite donc des solutions ouvertes. Ce qui n'est pas le cas de Microsoft dont la stratégie consiste à tuer ses concurrents pour pouvoir ensuite "faire le marché". Les grands clients qui ont connu le monopole IBM ne veulent pas recommencer avec Microsoft, estime Tristan Nitot.

Ensuite, java bleue


Autre motif de désistement : les prix. Un PC équipé de logiciels coûte environ 12 000 F, sans compter les mises à jour du système d'exploitation et des logiciels. Chez Microsoft, la mise à jour est imposée : impossible sinon d'ouvrir d'anciens documents... Monopole et totalitarisme de la nouveauté obligent, son prix est indiscutable élevé : 2 620 francs HT par poste ! Solution alternative : Sun propose désormais des serveurs auxquels sont reliés des PC dénommés NC (Network Computing), soit un écran et un clavier au prix de 3 000 F. Les changements de licences et de mises à jour se font sur une seule station, d'où une réduction de moitié du coût d'un parc. Un véritable argument pour des directeurs informatiques qui ne peuvent plus justifier les coûts exorbitants de changement de configuration. Si Sun peut penser "l'anti-Microsoft", c'est grâce à Java, son langage de programmation ouvert qui peut communiquer avec tous les logiciels. Pour s'armer elle aussi contre la puissance Microsoft, Lotus est la première société à avoir créé une suite bureautique sous Java, E-Suite, une suite équivalente à Office 97, à la différence qu'elle sera installée sur un seul poste serveur et accessible par tous les postes de l'entreprise en même temps. Là naît en quelque sorte une véritable guerre de religion car Lotus sait que Microsoft n'a pas intérêt à s'aventurer sur ce marché. Microsoft va être forcée de se reconcentrer sur son marché d'origine et Lotus mieux résister sur celui qui est historiquement le sien : les boîtees aux lettres en contrant Exchange qui, selon certains spécialistes, serait un produit non stabilisé, et donc non déployable à grande échelle en entreprise.

IBM capitalise sur Lotus Notes


Ce n'est pas le cas chez Lotus pour qui mettre en réseau des dizaines de milliers d'employés est monnaie courante (plus de 100 000 personnes chez General Motors, par exemple). Par ailleurs, le vrai plus de Lotus/Domino consiste à pouvoir alimenter un site Internet à partir de l'Intranet. Or, être mis à jour en permanence est la vraie logique d'un site web. C'est ce qui a fait tout l'intérêt du site de Nagano. Ses informations en temps réel ont généré jusqu'à 103 429 consultations par minute et 646,3 millions en tout. Si Exchange IIS revendique des capacités comparables, pourquoi les règles du concours de création de sites lancé par Microsoft dans l'Essentiel du Management précisent-elles que les projets de sites doivent exclure Intranet et Extranet. Doit-on y voir un aveu d'incompétence ou une façon de gagner du temps sur le développement de produits à venir... ? Chez Lotus, NetscapeÉ, et autres David, on pense que dans ce domaine, Microsoft utilise son image et les moindres faits et gestes de Bill pour vanter des produits imparfaits, mais que les utilisateurs, eux, feront la différence. Sur le domaine du travail collaboratif, Microsoft est mauvais. Il ne faut pas que l'utilisateur se laisse berner, clame Philippe Belin. Reste que ces sociétés sont loin d'avoir la puissance marketing de Microsoft. Mais, en ce qui concerne Lotus notamment, IBM veille. Big Blue a notamment pris le parti de capitaliser sur Lotus Notes qui fait l'objet pour la première fois d'une campagne publicitaire télévisée. * Groupware : système qui facilite le travail en commun en mettant les mêmes informations à la disposition de tous et en assurant la mise à jour de cette information.

VALÉRIE MITTEAUX

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