Marketing Magazine N°41 - 01/06/1999 - JEAN-FRANÇOIS CRISTOFARI
1969 : Christian Dubois ouvre à
Englos, près de Lille, un magasin entrepôt de 5 000 m2 à l'enseigne Central
Castor. Idée, à l'époque très originale, de ce magasin : regrouper sous un même
toit des métiers aussi différents que la quincaillerie, l'électricité, le bois,
la droguerie, le papier peint et les matériaux. C'est la première grande
surface de bricolage. 1975 : Implantation de la chaîne en région parisienne et
début d'un développement rapide. 1977 : Lancement du slogan "Chez Casto y a
tout ce qu'il faut". Carrefour acquiert 28 %, puis, un an plus tard, 47 % du
capital de Castorama. Mais le distributeur, qui ne pourra contrôler la société,
vend sa participation en 1993. 1989 : Castorama, qui compte quelque 90 magasins
pour plus de 6 000 collaborateurs, commence son développement international.
C'est la première ouverture en Italie. Plus tard suivront l'Allemagne (92), la
Belgique (94), la Pologne (96) et le Brésil (97). 1993 : Ouverture à Reims de
Brico-Dépôt, nouveau concept de magasin de bricolage développé par le groupe.
1998 : Rapprochement entre Castorama et le groupe britannique Kingfisher.
Président : Jean-Hugues Loyez.
Dg. Affaires Financières : Jean-Luc Dubois. Dg. Castorama International :
Gonzague Dubois. Dg. Castorama France : Gérald Mussot. Directeur Marketing
Castorama France : Benoît Vermersch.
458 points de vente Castorama : 139 magasins France : 118 Italie : 9 Allemagne
: 6 Belgique : 1 Pologne : 4 Brésil : 1 Brico-Dépôt : 25 magasins (France)
Dubois Matériaux : 7 sites (France) B & Q : 286 magasins (Grande-Bretagne) B &
Q Supercentre : 251 B & Q Warehouse : 35 Réno-Dépôt : 9 magasins entrepôts
(Québec)
Le groupe a ouvert six
magasins à l'international, un magasin à l'enseigne Castorama et huit
Brico-Dépôt en France. Au cours de ce même exercice, Castorama a renoué avec
une croissance soutenue, au niveau du chiffre d'affaires, et plus encore au
niveau du résultat. Enfin, 98 restera l'année du rapprochement avec Kingfisher.
Le groupe français devient ainsi numéro un européen et numéro trois mondial du
bricolage.
Une gamme large, environ 50 000 références, 10 univers
traités de façon équivalente, une image qui est celle d'un généraliste plutôt
que d'un spécialiste Ce concept vit peut-être ses dernières heures. Fort de
l'expérience acquise à travers Brico-Dépôt et Réno-Dépôt, et après une longue
observation de la concurrence, Castorama a décidé de tester un nouveau concept
radicalement différent. Le magasin "de la troisième génération", comme le
qualifie Castorama, a été lancé au Havre à la fin de l'année 1998. Une seconde
ouverture a eu lieu à Lyon-Dardilly, en février dernier. Désormais, un espace
décoration cohabite avec un magasin entrepôt où les articles sont présentés en
racks. Ainsi, la présentation est plus dépouillée et moins sophistiquée. A
l'inverse, les services sont plus nombreux au point que la notion de
libre-service intégral est remise en cause dans certains rayons. Reste que
chaque magasin propose telle ou telle particularité. Et chez Castorama, on
insiste sur le fait que le concept n'est pas fiscalisé. Il devrait l'être
courant 2000. Côté supports clients, la "transmission des savoir-faire" passe
par des démonstrations, des fiches-conseils, par les "Castostages"
Adapté, réaménagé, le
concept Castorama a été exporté depuis 1989 dans plusieurs pays. En Italie,
quatrième marché européen du bricolage (environ 50 milliards de francs),
Castorama possède neuf magasins dans le nord du pays. Deux ouvertures y sont
programmées cette année. En Allemagne, premier marché européen (235 milliards
de francs), mais ô combien difficile à pénétrer et sur lequel l'enseigne n'a
jamais brillé. Castorama y possède cinq magasins. En Belgique, avec un magasin
à Courtrai. En Pologne, où l'enseigne devrait fortement se développer dans les
années à venir (fin 1999, Castorama y possédera sept magasins). Au Brésil
enfin, marché de 160 millions de consommateurs. Castorama a ouvert un magasin
de 13 000 m2 proposant 60 000 références. La construction d'un deuxième magasin
sera bientôt lancée.
Créée en 1993, l'enseigne Brico-Dépôt est
d'abord apparue comme une réponse au durcissement de la législation en matière
d'autorisation d'ouvertures. Mais ses résultats ont dépassé les objectifs,
notamment en matière de rentabilité. 3 000 à 6 000 m2 de surface de vente, des
gammes courtes, des prix très agressifs, une forte clientèle de gros bricoleurs
et d'artisans, le tout dans un environnement très dépouillé ressemblant à s'y
méprendre à un entrepôt... En bref, une enseigne de hard discount qui en est
déjà à 25 unités.
Multispécialiste
français du négoce de matériaux, Dubois Matériaux possède sept sites d'une
superficie de 10 000 à 43 000 m2. Fournisseurs pour les magasins du groupe, ces
négoces proposent à une clientèle de professionnels du bâtiment une large gamme
de 20 000 produits (gros-œuvre, second œuvre, bois, carrelage, sanitaire).
Rachetée en 1997, l'enseigne Réno-Dépôt est
leader des magasins-entrepôts au Québec avec neuf implantations (deux
ouvertures en 1998). Ses magasins de 12 000 m2 réalisent 2,2 MdF de CA,
emploient 3 000 collaborateurs et proposent une offre particulièrement étendue
de 60 000 références.
Castorama a pris récemment une
nouvelle dimension en se rapprochant du groupe britannique Kingfisher. En
décembre 98, Kingfisher a en effet apporté la totalité de sa filiale B & Q à
Castorama, prenant en échange une participation de 54,6 % dans le capital du
français. Le poids de Kingfisher est toutefois limité à 50 % des droits de
vote, du moins pour un temps. La première conséquence de ce rapprochement est
l'intégration d'une nouvelle enseigne, et non des moindres. Numéro un
britannique du Do It Yourself, B & Q génère un CA comparable à celui de
Castorama et emploie 22 000 collaborateurs. Le groupe est nettement leader au
Royaume-Uni, deuxième marché européen du bricolage (95 MdF de CA). B & Q
exploite deux concepts : B & Q Supercentres (surface moyenne : 4 500 m2 ;
assortiment : 15 000 produits) ; B & Q Warehouses (surface moyenne : 12 000 m2
; assortiment : 40 000 produits). Pour cette deuxième enseigne, dix ouvertures
sont prévues cette année, l'objectif à terme étant d'atteindre les 125 magasins
au Royaume-Uni.
Avec B & Q, le
groupe Castorama détient une position prépondérante dans deux des trois plus
importants marchés européens du bricolage : la France (15 % de PDM pour
Castorama) et le Royaume-Uni (19 % de PDM pour B & Q). Il emploie plus de 40
000 personnes et est présent sur huit marchés. C'est le troisième groupe
mondial de la distribution de produits de bricolage (derrière les américains
Home Depot et Lowe's) et le premier européen (très loin devant les allemands
Praktiker, Obi et le français Leroy Merlin). L'activité internationale de
Castorama a représenté 19 % du chiffre d'affaires en 1998. Cette année, elle
dépassera les 50 %. Au-delà des chiffres, et même des synergies qui résulteront
du rapprochement avec B & Q, Castorama s'est rapproché du distributeur qui a
sans doute le mieux joué la carte européenne au cours de ces dernières années.
Groupe britannique particulièrement francophile, Kingfisher a d'abord pris le
contrôle de Darty, puis de But en 1998 avant de se rapprocher de Castorama.
Leader européen en bricolage et électrodomestique, le groupe contrôle des
enseignes telles que Comet et Darty (produits blancs et bruns), Woolworth et
Superdrug (magasins généralistes), Castorama et B & Q (bricolage). Très actif
en croissance externe en 1998 (plus de 30 milliards de francs de CA
supplémentaires), Kingfisher a fait encore plus fort cette année. Le groupe a
en effet annoncé sa fusion avec Asda (en fait, une reprise), troisième chaîne
de supermarchés britannique. Une opération qui, si elle se confirme, fera de
Kingfisher l'un des ténors de la distribution sur le vieux continent, avec un
chiffre d'affaires de quelque 180 milliards de francs (près de 28 milliards
d'euros) et un parc de plus de 2 300 magasins.
Adossé à un tel géant, Castorama peut se lancer dans
un ambitieux programme d'expansion. On évoque un investissement supérieur à 2
milliards de francs pour les trois ans à venir. Les magasins Castorama
pourraient être adaptés au nouveau concept au rythme de 12 magasins par an et
Brico-Dépôt pourrait compter environ 60 magasins d'ici à trois ans. De fait,
pour cette année, Castorama annonce la création de 24 nouveaux magasins
représentant une surface supplémentaire de près de 250 000 m2. A l'étranger,
Castorama prévoit d'investir en Europe, au Canada, au Brésil... On prête
notamment au groupe la volonté de réaliser prochainement une opération
d'envergure en Allemagne. Ainsi, le groupe Castorama change de dimension. Pour
lui, l'histoire s'accélère, et dans le bon sens. Évidemment, tout cela a un
prix. A moyen terme, ce pourrait bien être celui de l'indépendance. Si des
divergences de vue devaient apparaître entre Castorama et Kingfisher, ce
dernier pourrait lancer une OPA.
Estimé à 90 MdF, le marché français du bricolage a
progressé en 1998 de 4 %. Le bricolage mobilise le quart des dépenses
d'équipement des ménages français. Les évolutions actuelles sont marquées par
la féminisation de la clientèle, la volonté de personnalisation des produits
achetés et la place de la rénovation par rapport à la construction neuve.
Castorama est leader en France avec plus de 15 % du marché et près de 30 % des
ventes en grande surface de bricolage. Derrière, après le rapprochement
Castorama B & Q, Leroy Merlin se retrouve désormais esseulé malgré ses bons
résultats (17,4 MdF de CA en 98, en hausse de 15 %). En attendant mieux,
peut-être avec des opérations en Allemagne, l'enseigne du groupe Auchan doit
s'appuyer sur ses propres performances. Elle teste notamment de nouveaux
concepts, petites surfaces de centre ville ou magasins type hard discount. De
fait, la croissance externe ou les rapprochements semblent être désormais le
mode de développement normal des enseignes françaises. Les derniers mois en ont
apporté la preuve. Début février 99, cinq groupements d'indépendants dont
Domaxel, numéro trois français du bricolage, annonçaient la création d'une
centrale d'achats commune, Hardware. Quelques semaines plus tard, M. Bricolage,
numéro quatre français (5,4 MdF de CA, près de 10 % de PDM), déjà allié à
l'allemand EDE, annonçait sa volonté de se rapprocher d'un groupe britannique.
Plus que jamais, l'Europe du bricolage est en marche.
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