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Carrefour par-dessus les continents

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Les dirigeants de Carrefour évoquent souvent le "quart d'heure d'avance" que la société s'efforce de conserver, dans sa logique de groupe ou dans ses développements point de vente. Logique de groupe ? Le 30 août dernier, Carrefour et Promodès annonçaient conjointement le rapprochement amical des deux entreprises, sous la forme d'une OPE de Carrefour. Cette "fusion du siècle" a des conséquences sur la taille du groupe et sur son savoir-faire.

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S'il est autorisé, le rapprochement de Carrefour et de Promodès donnera naissance au premier distributeur européen, au deuxième distributeur mondial et, donc, au plus international de tous. Le nouvel ensemble sera présent dans 26 pays. Il sera numéro un en France, en Espagne, en Belgique, en Argentine, au Brésil, à Taïwan, ou encore, en Indonésie. Ces positions géographiques fortes « constitueront une plate-forme solide pour accélérer le développement du groupe dans de nouveaux pays à fort potentiel », explique Carrefour. En effet, si 85 % du chiffre d'affaires du nouvel ensemble est toujours généré par le continent européen, il est clair que la croissance de demain passera par l'Amérique du Sud ou par l'Asie. Au cours du second semestre 1999 par exemple, le parc de magasins s'est accru d'environ 40 hypermarchés et 60 supermarchés.

Un groupe multiformat


La force de Carrefour était aussi un peu sa faiblesse. Une approche “mono concept” à travers un seul format de magasin : l'hypermarché. Sur ce plan, les acquisitions de 1998 et 1999 ont profondément modifié la donne. Avec le rachat des Comptoirs Modernes, le supermarché est devenu stratégique. Alors que le développement de cette activité commence tout juste, le groupe a déjà étendu son réseau en Espagne, au Brésil et ouvert ses premiers magasins en Pologne. Avec Promodès et son enseigne Champion, Carrefour se développera encore et deviendra même le numéro deux du secteur derrière Intermarché. Le groupe normand apportera également son savoir-faire en matière de hard discount (enseigne Dia en Espagne, alors que Carrefour possède les enseignes Ed en France) et de commerce de proximité. Ainsi, Carrefour pourra reprendre à son compte ce qui était la principale force de Promodès : une réelle capacité à être performant dans tous les formats de magasins. Côté enseignes, on sait d'ores et déjà que Continent disparaîtra au profit de Carrefour et que les supermarchés Stoc sont appelés à devenir des Champion.

De nouveaux magasins


Logique d'enseigne ? Personne ne songerait à nier que Carrefour est le distributeur qui a poussé le plus loin le concept de l'hypermarché. Un secteur qu'il domine d'ailleurs dans l'Hexagone. Carrefour reprend un peu d'air en développant une approche par univers particulièrement novatrice. Amorcée il y a environ deux ans à travers le non-alimentaire, elle vient tout juste d'être étendue aux rayons alimentaires et au DPH. La logique de cette approche est double. D'une part, repenser le magasin en fonction de l'usage du consommateur, et non de la segmentation du fabricant. Le rayon épicerie est par exemple constitué de quatre univers : plats et accompagnements, grignotage, ingrédients et petit déjeuner. Carrefour évoque même une “logique du placard”, en référence à la façon dont les consommateurs rangent les produits chez eux, pour déterminer le parcours clients. Résultat recherché : plus de praticité, plus de logique, moins de temps passé. D'autre part, à travers cette implantation par univers, Carrefour tente de donner plus de chaleur au magasin. Les rayons, le mobilier, la signalétique ont été redessinés. Un pôle de restauration, espace de convivialité, est mis en place au cœur de la zone des produits frais (zone “marché”). Quant aux rayons hygiène beauté, ils font davantage penser à Sephora qu'à des rayons d'hypers. Moins visible, mais tout aussi importante, l'amélioration de la logistique, avec la quasi-disparition des produits en réserve. Cela permet un gain de place substantiel pour le magasin lui-même et la présentation des produits. Reste que ce nouveau concept ne sera mis en place qu'au rythme normal du remodeling des magasins, soit sept à huit ans pour la totalité du par...

Quels écueils pour l'avenir ?


Difficile, à la lecture des chiffres, de trouver quelques nuages dans le ciel de Carrefour. D'autant qu'il faut ajouter un élément supplémentaire à tous ceux qui précèdent : la complémentarité globale de Carrefour et de Promodès. C'est vrai au niveau des savoir-faire, ça l'est également en termes de formats de magasins et sur le plan géographique. Alors que les magasins Carrefour sont essentiellement situés dans les grandes zones urbaines, les points de vente exploités sous l'une des enseignes de Promodès se trouvent plus souvent dans des villes moyennes. En cherchant bien, on pourrait trouver quelques écueils. Une mauvaise surprise des pouvoirs publics ou communautaires dans le feu vert donné à la fusion ? C'est peu probable. Malgré l'ampleur des chiffres (parts de marché de 26,6 %, avec des pointes de 38,5 % en région parisienne et 32 % dans le Sud-Est, 77,4 % des ménages qui fréquentent une enseigne du groupe), l'examen géographique détaillé montre finalement peu de problèmes. Le groupe devra sans doute se défaire de quelques unités. Vraie inconnue, en revanche, le comportement des franchisés Promodès face à ce nouveau partenaire, intégré jusqu'au bout des ongles. Pour certains, la tentation sera forte d'aller voir ailleurs. Restent deux écueils. Tout d'abord, la conjoncture, sans aucun doute la donnée la moins maîtrisable pour un distributeur, a fortiori lorsqu'il se veut mondial. Les économies des pays dans lesquels Carrefour est présent ont connu des évolutions contrastées au premier semestre 1999 : la conjoncture a été plus difficile que prévu en Amérique du Sud et les pays d'Asie sortent tout doucement de la crise. Au-delà, le distributeur n'est pas à l'abri d'une déflagration brutale. Le second, à moyen ou long terme, tient au concept même de l'hypermarché. Solution la plus performante (“tout sous le même toit”), ou au contraire, format sans avenir coincé entre de véritables spécialistes de l'alimentaire que deviennent les supermarchés et les enseignes spécialisées ? Sans même évoquer le commerce électronique, dont on a bien du mal aujourd'hui à évaluer les perspectives. Michel-Edouard Leclerc se plaît à évoquer l'histoire de groupes intégrés “indestructibles” qui peuplent les cimetières de la distribution. Certes, aucun n'a jamais atteint la puissance de Carrefour, mais la vigilance doit rester de mise. Une vertu dont le groupe ne manque pas.

HISTORIQUE


1960 : Ouverture à Annecy du premier magasin Carrefour, société née un an plus tôt de l'association entre Marcel Fournier et Denis Defforey. Surface : 650 m2. 1963 : Ouverture du 1er hypermarché de France, à Sainte-Geneviève des Bois (91), sur 2 500 m2. Concept : libre-service, tout sous le même toit, prix discount et parking. 1969 : Premières implantations à l'étranger, en Belgique et en Suisse un an plus tard. En 1972, ce sera l'Italie et la Grande-Bretagne (dont Carrefour s'est retiré). 1970 : L'action Carrefour est introduite à la Bourse de Paris. 1976 : Carrefour lance les produits libres, "aussi bons et moins chers". Environ dix ans plus tard (1985), ils seront remplacés par les produits Carrefour. 1991 : Pour un peu plus de 5 milliards de francs, Carrefour rachète Euromarché. 1998 : Carrefour se porte acquéreur des Comptoirs Modernes. 1999 : Carrefour rachète Promodès et devient numéro deux mondial.

PRINCIPAUX DIRIGEANTS


Suite à sa fusion avec Promodès, Carrefour a annoncé un nouvel organigramme pour le groupe. Sous réserve de validation de ce rapprochement, voici donc le futur état-major de Carrefour. P-dg : Daniel Bernard. Vice P-dg : L. Vandevelde. Dg Marchandises : W. Anderson. Dg Org/systèmes : B. Johnson. Dg Finance et Gestion : H. Defforey. Dg Amérique latine : P. Jarry. Dg Asie : R. Brillet. Dg Europe : J. Saveuse. Dg France : L. Salto. Dg Espagne (hors DIA) : A. Merry del Val. Dg Autres pays Europe : J-F Domont. Dg DIA : J. Campo

CHIFFRES CLÉS


Chiffre d'affaires et résultats Carrefour - CA 1998 hors taxes : 27,4 milliards d'euros (179,8 MdF). La progression du CA est de 6,2 % par rapport à 1997 (+ 8,2 % à taux de changes constants). Le groupe réalise 57 % de son chiffre d'affaires en France. - Résultat net courant (part du groupe) : 616 millions d'euros (4,04 MdF). Ensemble Carrefour Promodès (Données indicatives, estimations 1999) - CA hors taxes : 54 milliards d'euros (355 MdF). - Résultat net courant (part du groupe) : 1,1 milliard d'euros (7,6 MdF). Parc de magasins - En France, Carrefour détenait en début d'année 117 hypermarchés (+ 16 magasins partenaires). Erteco détenait pour sa part 384 magasins et Picard, 357 magasins. Quant aux Comptoirs Modernes, ils regroupaient environ 400 magasins en propre (dont 361 Stoc) et presque autant de partenaires ou de franchisés. - A fin octobre 1999, le groupe Carrefour détenait, au niveau mondial, 397 hypermarchés (dont 13 franchisés), 973 supermarchés (dont 340 franchisés) et 862 magasins hard discount et Picard Surgelés. - Quant au nouvel ensemble, il regroupera environ 9 000 magasins dont 680 hypermarchés, 2 600 supermarchés et 3 200 maxidiscomptes. Effectifs : Ensemble Carrefour-Promodès : 240 000 personnes, dont 110 000 en France.

DANS LE MONDE


Europe : France, Espagne, Italie, Portugal, Pologne, République tchèque, Turquie, Grèce. Amérique latine : Brésil, Argentine, Mexique, Colombie, Chili. Asie : Taïwan, Chine, Thaïlande, Corée, Malaisie, Hong Kong, Singapour, Indonésie.

JEAN-FRANÇOIS CRISTOFARI

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