Marketing Magazine N°100 - 01/12/2005 - Propos recueillis par Rita Mazzoli
Face à un consommateur à qui on ne la fait plus, Vincent Leclabart, président fondateur de l'agence Australie, prêche pour une création ambitieuse qui doit s'affranchir le plus possible du marketing.
Vincent Leclabart : “Le consommateur, c'est votre femme”, m'a-t-on toujours appris. Aujourd'hui, il n'a pas le moral, pas les moyens, même si majoritairement il a envie de dépenser. On ne la lui fait plus (cf. la deuxième version de l'étude “Publicité & Société”), il a les moyens de s'exprimer, mais, au fond, c'est toujours ma femme. A moi de trouver les mots justes pour lui parler.
VL : La création publicitaire travaille sur le désir. Désir de croire, de posséder, de paraître, d'être… Elle possède ce pouvoir incroyable et, par chance, les Français attendent ça d'elle, comme le montre l'étude “Publicité & Société”. La création publicitaire ne se situe pas au même niveau que le marketing. Elle est à son service et, en même temps, elle peut et doit s'en affranchir le plus possible.
VL : Une idée n'a pas d'adresse permanente. Elle peut se trouver à tous les niveaux : stratégique, créatif, médias. La prise en compte récente de l'ensemble des moyens dans la pratique publicitaire (la publicité, c'est aussi de l'événementiel, du Web, du street marketing, de la promotion des ventes ou du packaging) offre un champ d'expression immense pour ceux qui auront des idées.
VL : Jacques Séguéla a repris Bernbach qui avait dit : « Don't measure opinion, make it ». La machine à idées n'est pas cassée, c'est le machiniste qui préfère s'occuper de la photocopieuse.
VL : Le modèle n'a pas changé : des publicitaires, avant d'être des spécialistes ; de l'envie et le courage de dire ce que l'on pense. Le métier reste toujours à inventer. Les compétences techniques, ça se trouve. La clientèle, ça se construit avec le temps, comme la réputation. La confiance accordée aux inconnus qui démarrent est toujours aussi faible, mais la concurrence s'est raréfiée même si elle s'est renforcée.
VL : La pensée marketing est non seulement pauvre, mais elle est obsolète. A force de codifier, d'ériger des règles et des best practices, tout le monde sait à peu près ce qu'il faut faire et ne pas faire. Résultat : c'est celui qui propose son modèle qui peut gagner. Le marketing doit revenir à un marketing d'offre. Et les bons deuxième classe du marketing doivent être remplacés par des militants.
VL : L'annonceur idéal, demain comme aujourd'hui, c'est celui qui veut changer le monde.
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