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« Il faut vivre dans le bon tempo pour bien vivre ! »

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Professeur à l'Université de Marne-La-Vallée, chercheur à l'Ecole nationale des Ponts et Chaussées et directeur du nouveau master “Cité et Mobilité”*, Francis Godard analyse l'évolution des nouveaux temps de la vie quotidienne.

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MM : Le rapport au temps des individus a-t-il changé récemment ?


Francis Godard : De grandes tendances apparaissent, qui correspondent à un vrai phénomène de civilisation. Ce n'est pas simplement une question de management de la vie quotidienne, c'est plus fondamentalement notre rapport au temps qui est train de basculer. C'est une véritable révolution culturelle. Première caractéristique : nous entrons dans une culture du temps réel. Nous sommes de plus en plus sollicités par des informations de toutes sortes : Internet, le téléphone, les informations urbaines comme la signalétique dynamique… En fonction de ces dernières, nous devons revoir notre programme d'action. Nous sommes sans cesse mis en demeure de prendre de nouvelles décisions en temps réel. Deuxième caractéristique : les nouvelles technologies. Nous sommes censés être toujours disponibles. Il faut être réactif. On doit être disponible de plus en plus tard le soir et de plus en plus tôt le matin. Ce qui envahit à la fois notre vie professionnelle et privée. Troisième caractéristique : la rationalisation du temps. Il n'y a qu'à voir le nombre d'ouvrages consacrés à “Comment mieux organiser son temps”. Cela va de pair avec la densification du temps. On doit caser de plus en plus d'activités dans un même temps. On a d'ailleurs pris l'habitude de zapper sur trois programmes TV à la fois. Derrière cela se trouve l'idée d'intensifier les activités en un temps donné.

MM : La réduction du temps de travail a-t-elle une incidence sur notre perception du temps ?


F G : Si la réduction du temps de travail a permis d'avoir plus de temps dans la vie quotidienne, elle n'a pas réduit pour autant la charge de travail. Il y a, au contraire, une densification du temps professionnel puisque les individus doivent faire le même travail dans un temps plus restreint. Cette intensification du travail devient un fait de culture dans notre vie quotidienne. Même les enfants sont touchés. Les adultes leur construisent des journées bien remplies : violon, piscine, karaté… Si une frange de la population rentre dans ce type de schéma de la société de demain, une autre fraction de la société ne vit pas ce rapport au temps : les retraités, ceux qui sont sans travail, les gens moins qualifiés, ceux qui ont des horaires décalés. Les individus qui ne maîtrisent pas leur temps vont faire les frais du modernisme.

MM : Les RTT ont-elle modifié notre conception du temps libre ?


F G : Les temps routiniers ont changé. C'est un phénomène nouveau, qui émerge depuis trois, quatre ans. Le mouvement a démarré dans les années 80 pour s'amplifier dans les années 90, avec des horaires atypiques : des temps partiels, du travail de nuit, du travail le soir. En somme, une véritable flexibilité du travail. Le travail a synchronisé notre vie quotidienne depuis des siècles. Aujourd'hui, il est en train de la désynchroniser. L'école, la télévision, le repas du soir le supplantent pour organiser nos vies. On invente d'autres principes de synchronisation, ce qui a pour effet de créer une pression nouvelle, sur les services publics notamment.

MM : Vous écrivez qu'il ne faut pas choisir entre “speed” et “lenteur”, mais qu'il faut alterner entre les deux. Qu'entendez-vous par là ?


F G : C'est ce que j'appelle la dimension éthique du temps. Il s'agit de choisir la manière dont on veut vivre. D'une part, de plus en plus de livres expliquent comment faire pour aller plus vite. D'autre part, des gens disent “Ralentissons” et font l'éloge de la lenteur. J'ai une position différente à ce sujet. Des activités humaines appellent la rapidité, l'efficacité. Dans le contexte de compétitivité internationale, ceux qui travaillent bien sont ceux qui travaillent vite. De même, on attend d'un sportif qu'il court vite. Et d'ailleurs, lorsque l'on fait du jogging, on prend plaisir à aller vite. A l'opposé, des activités humaines appellent la lenteur. Si une société n'est pas capable de ralentir, elle est foutue ! Ceci vaut pour l'éducation des enfants. Ceci vaut également pour la démocratie : il faut prendre du temps à échanger des idées, se convaincre, discuter. Ceci vaut enfin pour l'amitié et l'amour. Si on économise là-dessus, c'est la société tout entière qui y perd. En outre, on a tous nos propres biorythmes. Il y a des moments dans la journée où l'on a envie de dormir et d'autres où l'on est très efficace. C'est comme pour le tango : ce n'est pas tout lent ou tout rapide mais lent-lent-vite-vite-lent ! Il faut vivre dans le bon tempo pour bien vivre. C'est là une règle de vie que l'on devrait tous adopter !

Aurélie Charpentier

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