Marketing Direct N°81 - 01/02/2004 - Cahier réalisé par Muriel Jaouën avec Xavier Lucron (Cas Pratique)
Les prescripteurs, décideurs et acheteurs au sein des grandes entreprises ont, plus que d'autres, besoin d'être rassurés et convaincus. Leur poids commercial implique la conjugaison d'approches diverses.
«Sur le marché des grandes entreprises, on ne peut pas faire l'économie du
téléphone pour la simple raison que les fichiers doivent systématiquement être
qualifiés », affirme Nathalie Henriot, P-dg de Hightouch. Sur une cible grands
comptes, le téléphone s'apparente rarement à du télémarketing. La plupart du
temps, il procède de démarches ultra-personnalisées, initiées par “l'account
manager” en charge du portefeuille. Chez Cisco, par exemple, les équipes de
phoning limitent le champ de leur prestation au mid market. « Nos cinquante
commerciaux grands comptes ont entre une et dix entreprises en portefeuille. A
eux d'organiser en direct la relation avec les entreprises », explique le
responsable des programmes marketing et communication. En matière de
prospection B to B grands comptes, à chaque média correspond plus précisément
une étape de l'approche commerciale. Si le téléphone reste sans doute le
meilleur outil de qualification, le mailing papier constitue un vecteur de
notoriété, d'immixtion dans l'entreprise ou de support à la démarche
téléphonique. Pour Eric Newton, directeur associé de Marketing Channel, le
print conserve une incontestable force. « Notamment s'il s'agit de travailler
sur l'image et la notoriété, bref sur la reconnaissance. Si je suis IBM, je
peux faire de l'e-mailing. Une marque plus modeste doit miser sur le
qualitatif. » L'agence a récemment réalisé, pour Completel, une campagne
mailing sur une cible de 6 000 décideurs, doublée d'une vague de relances
téléphonique (assurée par Telog). L'agence visait les 5 % de taux de
rendez-vous en hypothèse haute, elle a atteint les 12 %.
Mais le
message postal se trouve de plus en plus concurrencé par le courrier
électronique. Acteur majeur de l'ingéniérie en France, Segula réalise 80 % de
son chiffre d'affaires avec des grands comptes, PSA apportant à lui seul un
cinquième du business. « Il y a six mois, nous travaillions encore à 90 % avec
le papier. Dans deux ans, nos communications se feront à 50 % par e-mail et
dans trois ans, le print ne représentera peut-être plus que 10 % de nos
messages », affirme Laurent Lépinoit, directeur marketing. Même phénomène de
conversion chez Cisco. La cible “naturelle” du fournisseur de solutions
e-business se compose en grande partie de DSI, ingénieurs et techniciens. Une
population à l'aise avec l'outil internet. En 2002, pour créer du trafic sur
son symposium annuel, Cisco partageait encore ses supports de contact entre le
mailing et le courrier électronique, à volumes égaux. « L'e-mail générait 90 %
des inscriptions », souligne Damien Simonneau, responsable des programmes
marketing communication. Aujourd'hui, même sur la cible grands comptes, Cisco
approche le zéro papier. L'entreprise recense 80 000 adresses e-mails dans sa
base clients, dont 15 000 contacts grands comptes, soit au sein d'entreprises
de plus de 1 000 salariés. Un travail de validation opt-in de l'ensemble des
adresses a été entrepris : tous les contacts sont sollicités pour donner un
accord express et dûment signifié de leur perméabilité aux communications
commerciales de la part de Cisco. Les outils d'e-mailing du fournisseur
d'applications e-business sont interfacés avec le datamart mis en place il y a
trois ans pour fluidifier et normaliser les mouvements et la qualité de
l'information stockée et traitée dans la trentaine de bases de données de
l'entreprise. « Si le système identifie le contact comme opt-out, l'adresse est
écartée du fichier d'adressage », explique Damien Simonneau, qui affirme
pouvoir revendiquer le tout opt-in depuis le début 2004. Autre démarche, certes
coûteuse, mais très utilisée pour cimenter l'approche commerciale grands
comptes : les événements. Des manifestations lourdes pour lesquelles le coût
contact peut atteindre 400 à 500 euros par personne, jusqu'aux réunions de
travail sous toutes leurs formes. « Il faut expliquer aux grands comptes où
l'on se situe dans une chaîne de valeurs », avance Philippe Boissat, directeur
France de Satlynx. Le niveau d'exigence de la cible implique une composition
subtile entre message émergent et démarche pédagogique. On est ici dans le
distingo entre persuader et convaincre. Pour emporter la conviction, encore
faut-il prendre le temps d'expliquer. « Dans cette approche grands comptes, les
salons ne servent à rien. Mieux vaut privilégier les workshops, les petits
déjeuners. Regrouper une dizaine de personnes au maximum et développer ses
arguments, répondre aux questions, poser les problématiques, montrer où et en
quoi on peut apporter de la valeur ajoutée », poursuit Philippe Boissat. Pour
s'assurer la présence de 10 dirigeants ou managers, il faudra en convier une
centaine. Mail, téléphone, print, événement, la prospection grands comptes
procède bien souvent d'une alchimie mêlant diverses approches. « En termes de
coût de contact, le Web affiche les meilleurs rendements. Le téléphone donne
de piètres résultats, mais il est indispensable comme média de qualification en
amont. La vertu de l'événementiel n'est pas non plus dans sa rentabilité
immédiate. En revanche, sur le long terme, c'est un excellent socle pour le
business », soutient Alain Bernard, directeur marketing d'IBM pour l'Europe de
l'Ouest.
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