Marketing Direct N°31 - 01/10/1998 - PROPOS RECUEILLIS PAR SOPHIE MENSIOR
Du romanesque, oui mais par correspondance. C'est l'option prise par Harlequin qui, à côté de ses réseaux grande distribution et presse, mise sur la VPC pour séduire les adeptes de romans dits "sentimentaux". Récit de Nathalie Bachelier, directrice du marketing direct.
Elle se développe particulièrement bien en France. En deux ans,
elle a connu une croissance de 20 % et représente 20 % du chiffre d'affaires.
Même avec un budget d'affranchissement important pour nos colis (3 MF par an),
on arrive quand même, pour les livres vendus en VPC, à dégager une marge
supérieure à celle des livres vendus au détail. La croissance future
d'Harlequin est en grande partie projetée sur celle de la VPC.
Harlequin a conquis plus
de lectrices, notamment grâce à l'utilisation de nouveaux médias de
recrutement. Car, il est difficile de trouver une femme qui achète et lit au
minimum quatre livres par mois, sachant qu'en France, la moyenne des femmes lit
entre quatre et cinq livres par an... Les fichiers adéquats ne sont pas faciles
à trouver. Notre système même de vente par correspondance, qui n'est ni un
club, ni une formule d'abonnement, constitue une autre raison. C'est un acte
d'achat répétitif, qui revient tous les mois. La cliente reçoit une fois par
mois un colis à consulter (qu'elle peut retourner), et qui comprend au minimum
quatre livres, cela peut aller jusqu'à huit. Elle doit avoir un comportement
très vépéciste. Il faut donc croiser ces différents facteurs et il n'est pas
évident de trouver des fichiers qui correspondent à ces caractéristiques.
Aujourd'hui, ceux qui nous correspondent le mieux sont ceux des clubs de livres
; nous avons d'ailleurs passé des accords avec certains. Autre source : les
fichiers de sociétés de VPC de gadgets pour la maison, qui proposent un
paiement fractionné. Le critère qui se dégage est le fait de pouvoir payer une
petite somme très régulièrement. Dans le même style, nous utilisons des
fichiers de catalogues de vêtements, qui proposent aussi de fractionner les
paiements. Ce qui nous donne un potentiel largement suffisant pour notre
développement. Il nous manquait cette donnée. Le fait de l'avoir trouvée nous a
permis de bien nous développer. Aujourd'hui, Harlequin envoie un peu plus d'un
million de mailings en recrutement, sur des fichiers externes et sur des
fichiers internes.
Nous
avons loué les deux (Claritas et Consodata) pour des premiers tests en
échantillon aléatoire et avec une première sélection. Les résultats ont été
très moyens... pour les deux. Depuis, nous avons essayé deux nouvelles
applications. Une étude de profiling qui a dédupliqué les clientes du fichier
Harlequin de celles des mégabases, afin d'étudier les critères les plus
pertinents. En croisant trois critères, nous en avons trouvé un qui est très
bon... Nous allons donc extrapoler cette expérience. Par ailleurs, nous avons
mené avec Consodata une étude de géomarketing sur la zone de chalandise des
points de vente au détail (essentiellement hypers-supers). Cette étude nous a
donné des indices supplémentaires pour compléter notre profiling mené pour la
VPC.
Tous nos mailings sont avec sweepstakes. Généralement, ce sont ceux qui ont
rencontré beaucoup de succès sur le marché nord-américain et qui sont ensuite
adaptés au marché européen. Ensuite, nous pratiquons, depuis deux ans,
l'asile-colis chez les cataloguistes de vêtements féminins (Quelle, La Blanche
Porte...). Cette technique marche bien : elle donne de bons rendements et une
bonne fidélisation. Nous envoyons 500 000 asile-colis par an. Nous avons aussi
des encarts dans nos propres livres, de deux sortes : des encarts simples ou
alors très "jeu". C'est ce qui marche le mieux...
Nous avons renoué depuis deux ans avec
l'annonce-presse, abandonnée depuis dix ans, car ce média générait beaucoup de
remontées mais de mauvais taux de fidélisation. Nous avons donc recommencé mais
en y allant doucement... D'abord avec des transpositions d'annonces
nord-américaines très hard-selling, mais qui ne donnaient pas de bonnes
remontées et avaient tendance à nuire à notre image... Avec notre agence Eccla
(qui conçoit toute la communication sauf le MD), nous avons trouvé un bon
compromis pour faire une annonce-presse, qui soit cohérente avec la
communication d'Harlequin. Après avoir testé un grand nombre de formules, notre
dernière annonce-presse a battu tous les records de remontées et de
fidélisation. Diffusée notamment dans Intimité, Maxi... c'est dans Maxi qu'elle
a donné les meilleurs rendements. Derrière, nous envoyons un welcome-pack pour
transformer les testeuses en abonnées fidèles. Nous effectuons beaucoup de
tests sur ces welcome-packs, avec différentes offres. L'année 1999 sera une
phase de test pour l'annonce-presse.
Il y a quelques années, avec le contrôleur de
gestion attaché à l'activité VPC, nous nous sommes aperçus que, globalement,
cette activité gagnait de l'argent mais peu ou pas par opérations. On a réussi
à mettre en place, avec l'aide des Américains, un système d'analyse du
potentiel de chiffre d'affaires par nom dans la base de données, soit la life
time value of name. Nous avons réussi à adapter le système américain et à le
modéliser pour la France. Il s'agit d'un modèle en deux étapes. Il y a le
modèle idéal, c'est-à-dire toutes les étapes par lesquelles une abonnée doit
passer pour générer le maximum de chiffre d'affaires ; dans un deuxième temps
on le confronte segment par segment à la réalité. On mesure toutes nos
opérations par rapport à ce mètre-étalon. Dès que l'on a les premiers taux de
rendements et de transformation, on va pouvoir extrapoler ce qui va se passer
dans le futur, avec un écart de confiance tout à fait acceptable.
Le parcours
idéal d'une abonnée se développe à l'horizontal. Nous la recrutons sur une
première collection de livres (par exemple, quatre romans de la collection Azur
par mois), puis on va la faire grandir de quatre à six, puis de six à huit...
En parallèle, avec une cadence dans le temps, qu'il a fallu trouver, on lui
propose une autre collection : quatre romans Rouge Passion, que l'on va faire
grandir de quatre à six... Un tiers des abonnées sont multicollection. Dans
notre fichier, une vingtaine de clientes sont abonnées à toutes les
collections, soit neuf collections en VPC. Le développement se fait aussi à la
verticale, par des ventes additionnelles régulières. Nous faisons d'autres
propositions à notre cliente sur des thèmes spécifiques : Noël, Saint-Valentin,
Fête des Mères... De plus, tous les deux mois, on glisse dans le colis de nos
meilleures clientes un catalogue Harlequin. Là, elles peuvent choisir et
commander les livres qu'elles souhaitent. Nous visons la fidélisation, mais
surtout la rentabilité. C'est un maître mot chez Harlequin.
Au début
de la vie d'une abonnée, les méthodes hard-selling marchent bien mais après, il
faut prendre le relais de façon plus relationnelle. D'autant qu'aujourd'hui,
nous avons bien compris ce que les clientes attendent de nous et ce que nous
pouvons leur apporter. Nous n'avons pas mené de grandes études mais nous avons
la chance d'avoir des lectrices qui nous écrivent : Harlequin reçoit environ 10
000 lettres par mois, dont 20 % donnent des informations sur leur vie, comment
elles lisent, ce qu'elles aiment ou pas dans notre communication commerciale.
Ce qui nous a permis de réorienter nos actions, notamment notre Service
Lectrices. Avec la facture, nous glissons une lettre dans chaque colis une fois
par mois. Notre communication relationnelle est vraiment simple, nous ne
cherchons pas à faire des choses sophistiquées.
Nous avons lifté le journal des
abonnés, Harlequin Infos, en y introduisant des rubriques pour leur faire
découvrir les coulisses d'Harlequin. Nous avons mis en place, sur le marché
français, un système de fidélisation, qui permet, en accumulant des
points-cadeaux de choisir dans le catalogue des livres gratuits. Il s'agit d'un
système qui s'autofinance car, en général, la cliente commande en même temps
des livres payants.
Il s'agit d'une petite agence, Absolute, basée à
Paris. Elle ne dispose pas d'un très gros budget car nous faisons beaucoup de
choses en interne, beaucoup d'adaptations d'opérations nord-américaines. Il
nous fallait une agence créative, qui ait une approche "féminine". L'agence
conçoit les encarts, les welcome-packs, les jeux et concours et les incentives.
Elle nous accompagne avec des recommandations et joue un rôle de conseil. Tout
l'aspect mailing, impression des factures et lettres du mois, colis, routage
est pris en charge par Diffusion Plus. Quant au service lectrices, il est géré
par TBL (filiale d'Edi Informatique, basée à Chantilly).
Nous venons de vivre une
conversion informatique. Nous sommes passés sur le système informatique
mondial, appelé Heidi, pour la gestion de la base de données marketing
(fichier, facturation, contact avec les abonnés...). La base est gérée à
Richemond (Grande-Bretagne) pour l'Europe et nous pouvons accéder à la base
française par une ligne directe. Notre base regroupe plus de 300 000 clientes
actives ou désabonnées ; en moyenne 50 000 abonnées sont actives. Nous avons
développé une coopérative informatique : quand quelque chose marche bien dans
un pays, il est mis à la disposition des autres pays. Ainsi, dans ma boîte à
outils, je bénéficie d'un système d'analyse marketing, qui se rapproche du one
to one. Chacun doit apporter sa pierre à l'édifice...
Biographie
Après des études d'histoire, un DUT de marketing et de publicité et un cycle de management supérieur et de gestion à l'ICG, Nathalie Bachelier, 35 ans, débute à l'UAP, en 1985, pour implanter le MD comme aide à la vente ; en 1987, elle rejoint l'agence de MD TBA comme chef de publicité, puis Hachette Filipacchi Presse, en 1988, comme chef de produit abonnement sur le marché télé-ciné-vidéo. Elle est rentrée chez Harlequin fin 1991 comme chef de produit VPC. Depuis 1993, elle est directrice marketing direct et membre du comité de direction.
L'entreprise
Harlequin SA est une filiale à 50/50 d'Hachette Livre et du groupe canadien Harlequin Ent. Ltd. Leader du roman d'amour et deuxième éditeur français de livres de poche. Chiffre d'affaires France 1997 : 215 MF. Ventes 97 : 12 millions d'exemplaires. Nombre de titres publiés : 483. La VPC représente près de 15 % des ventes, soit plus de 1,8 million de livres (hypers-supers- magasins populaires : 67 % ; librairies, Relais H... : 18 %). Plus de 40 000 lectrices servies en 1997. Plus de 500 000 colis envoyés en 1997, plus de 600 000 en 1998. Cliente VPC type : femme, 54 ans d'âge moyen, inactive, habitant en maison individuelle dans une petite ou moyenne agglomération.
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ConsulterQuelle couleur politique les Français attribuent-ils aux marques ?
Cette étude est très intéressante. C'est vraiment dingue de voir que dans notre inconscient on associe des choses qui à la base n'ont rien à voir ...
Maxime Le Roux - 23/05/2012
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DIGITAL, DATA, RETAIL : LE CLIENT AU CŒUR DE LA STRATEGIE MARKETING
RDV à Paris, le 12 juin 2012

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