Chef d'entreprise Magazine N°20 - 01/07/2007 - Véronique Méot
Alors que la culture anglo-saxonne considère l'échec comme une opportunité de réussite future, en France, il est difficile de se relever après un dépôt de bilan. Témoignages de patrons qui ont connu la pire des tourmentes.
Gestion et développement d'une entreprise
«Je veux donner du courage à ceux qui sont dans la détresse. Le dépôt de bilan est un échec dont il faut savoir tirer les enseignements pour avancer.» Hier aux commandes d'un salon sur l'art de vivre, Jacqueline Dubernet, 59 ans, dirige aujourd'hui une société de production de concerts classiques. Son rebond, elle le doit à une association, Re-créer (www.re-creer. com), qui accompagne des entrepreneurs franciliens en difficulté. Elle y a rencontré des dirigeants qui, comme elle, ont connu l'"humiliation» du dépôt de bilan. «Pour se relever, témoigne-t-elle, il faut être entouré, écouté, et parvenir à dédramatiser la situation.» Pour Thierry Jallon, animateur des ateliers Re-créer et auteur d'un ouvrage sur le rebond du dirigeant malchanceux (lire notre encadré ci-contre), la renaissance après la crise s'opère en sept étapes. «Le chef d'entreprise va commencer par dresser l'inventaire des pertes - morales et financières - induites par le dépôt de bilan.» L'association Re-créer l'aide alors à trouver des astuces pour étaler le paiement de ses dettes et bâtit, avec lui, un plan à long terme «qui va lui laisser le temps de se reconstruire personnellement». Car après avoir mis la clé sous la porte, l'entrepreneur est souvent sur la paille. «On se sent presque SDF», lance Pascal, ex-créateur «déchu». Ce jeune scientifique a dû céder son brevet pour éponger ses dettes, puis accepter un poste de chef de produit dans un groupe pharmaceutique pour faire vivre sa famille. «Le statut de salarié est confortable, mais je n'ai pas renoncé à créer mon affaire», confie-t-il avant d'avouer «avoir, d'ores et déjà, quelques projets en tête». Car le passage du statut de dirigeant à celui de salarié est souvent mal vécu. Moins de responsabilités, moins d'autonomie, moins d'implication dans les décisions stratégiques... «Quand on a goûté au pouvoir, il est difficile de faire machine arrière», résume Didier Lavergne, associé chez PricewaterhouseCoopers Amiens. David Réard fait partie de ces «patrons dans l'âme», qui ne renoncent pas facilement à la griserie d'entreprendre. Ancien dirigeant d'un chantier naval placé en liquidation judiciaire en 2003, puis salarié dans la société d'un ancien client, il a finalement choisi de repartir de zéro en se concentrant sur ce qui est, chez lui, un talent et une passion: dessiner des plans de bateaux. En 2005, l'entrepreneur crée donc un site web (vvww.davidreard.com) dédié aux bateaux de plaisance. Il recontacte ses anciens clients - des particuliers fortunés - et recrée, finalement, une SARL, Le Bateau Custom, en décembre 2006. Extrêmement marqué par les difficultés humaines et le plan de licenciements qui ont précédé la liquidation de son ancienne affaire, il a revu ses ambitions à la baisse: «Je me contente d'une structure très légère.» Un choix qui lui permet également de mieux se consacrer à sa famille.

«Pendant des années, déplore Henri Chriqui, administrateur judiciaire à Paris, on a estimé que le dirigeant qui avait mis la clé sous la porte avait «failli» à ses responsabilités. Il était donc lourdement sanctionné pour ce que l'on considérait alors comme une «faute». Fort heureusement, les mentalités sont en train d'évoluer.» La nouvelle loi de sauvegarde des entreprises, votée en 2005 et entrée en vigueur le 1er janvier 2006, a considérablement réduit les sanctions commerciales et professionnelles infligées à ces entrepreneurs malheureux: l'interdiction de gérer n'a plus de durée minimum et ne peut plus excéder quinze ans. Une avancée dont se félicite Henri Chriqui: «Un pas a été franchi. Désormais, le droit à l'erreur et au rebond existe.»
Maintenir son réseau. Si David Réard a, ainsi, pu rebondir, c'est aussi parce qu'il a su garder le contact avec son réseau. Ingénieur mécanique de formation, il possède des compétences connues et reconnues dans le milieu. C'est d'ailleurs un ancien client qui lui a proposé un emploi dès le lendemain de la liquidation de son entreprise, puis d'autres qui l'ont aidé à redémarrer en lui achetant des plans de bateaux. «D'une façon générale, analyse-t-il a posteriori, l'une des clés est de lutter contre l'isolement.» Un avis que partage Thierry Jallon, de l'association Re-Créer. Dans le cadre des ateliers qu'il anime, l'accompagnateur constate qu'«en réunissant des dirigeants présentant des profils différents, on par vient à faire en sorte que chacun se nourrisse de l'expérience d'autrui». Une autre solution est de rejoindre une session de formation professionnelle. Non seulement le chef d'entreprise acquiert de nouvelles compétences, mais ce temps de formation, propice à la réflexion, lui permet de reprendre des forces morales. «Dans tous les cas, martèle Thierry Jallon, il faut maintenir son réseau relationnel.» Laurent Urien n'a que 35 ans mais déjà quatre entreprises à son actif. En 2003, il voit péricliter sa troisième société, une start-up de services pour les clients des grandes compagnies d'assurances. Mais le jeune homme n'est pas du genre à jeter à l'éponge. Fort d'un carnet d'adresses bien rempli, dans l'univers de l'assurance, il décide de se lancer comme consultant auprès des compagnies. Aujourd'hui, chef d'entreprise dans l'âme, il rêve de racheter une PME et de la développer à l'international. Le virus ne l'a jamais lâché...

Une cessation d'activité est toujours suivie d'une période de deuil. Selon Sylvie Sanchez-Forsans, «pendant un laps de temps de trois à six mois, le chef d'entreprise passe du déni à la colère, puis à la tristesse, pour revenir à la colère et, finalement, entrer en phase d'acceptation». Un cheminement douloureux. C'est pourquoi la psychologue du travail recommande aux personnes qui connaissent ce genre de crise de se faire aider. Cet accompagnement peut être individuel, effectué par un thérapeute ou un coach, ou bien collectif, via des ateliers comme ceux de l'Apec, qui organise notamment des bilans de compétence et d'orientation individualisés. «Il va permettre à la personne de tirer les leçons de son expérience et de rebondir en formulant un nouveau projet. Dans tous les cas, précise la psychologue, ce travail doit intervenir le plus tôt possible, dans les six mois qui suivent le dépôt de bilan. Cela permet au sujet de rester dans l'action, de changer de posture à la faveur d'une formation et de conserver ses réseaux professionnels intacts.»
- ACCOMPAGNER LE CHEF D'ENTREPRISE EN DIFFICULTE: DE LA PREVENTION AU REBOND par A. Bricard, E. Lacroix-Philips, T. Legrain, M. Morin, C.Chevillon etJ.Varoclier. Editions Litec Lexis-Nexis, 2006, 263 pages, 35 euros. Entre prévention et rebond, cet ouvrage collectif accompagne le chef d'entreprise en lui apportant des outils de diagnostic et les différentes solutions envisageables pour dépasser la crise.
- 7 ETAPES POUR REBONDIR APRES UNE CRISE par Thierry Jallon.Editions Liaisons, 2006, 292 pages, 27euros. L'ouvrage présente les étapes pour aider le dirigeant à se reconstruire et les témoignages de chefs d'entreprises participant à l'atelier «Rebondir ensemble», organisé par l'association Re-créer.
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Maxime Le Roux - 23/05/2012
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Commentaires des lecteurs (9)
OLIVIER - 28/12/2011
un de plus
j'ai déposé le bilan en 2006 et depuis, rien ... ne va dépression sentiment d'échec, de solitude, de lassitude, de désespoir, la peur du lendemain, plus rien , on tente de redemarrer un autre boulot dans une autre branche mais tout cela vous rattrape et là à 53 ans plus les jours passent ,puis j'ai l'impression de m'enfoncer un peu plus ,je souhaiterais rencontrer des personnes avec ce type de problemes, pas pour se plaindre mais pour trouver des solutions et je crois que le seul remède est de se réinvestir dans une autre boite , mais comment et quoi ?
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fab et vero - 19/07/2011
après le dépot de bilan?
Mon époux est artisan depuis 1998, aujourd'hui avec la crisse, le stress, les clients qui ne payent pas ou en retard et tout les autres soucis, ce qui devait arriver arriva, un accident sur un chantier, et voila il est tombé d'une échelle, aujourd'hui il va déposer le bilan, il ne peut presque plus faire d'effort... comment ça va se passer devant le juge? vont-ils nous obliger de vendre notre maison?, peuvent t-ils étaler les dettes?, beaucoup de questions sans réponse, ......
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Mhd44 - 19/07/2011
Dcp ou pas
Bonjour,
J'ai crée mon entreprise de commerce d'accessoires moto en février 2011, et aujourd'hui vu l'activité et le contexte économique actuel ma société de trouve en grande difficulté financière. Je ne sais pas si je dois faire un déclaration de cessation des paiements , car je ne sais pas ce que je risque et j'ai en plus 3 salaries. Quelqu'un peut il me conseiller?
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Réponse de charlotte le 16/07/2010
LIQUIDATEURS VEREUX
Mon époux a du déposer le bilan de sa sté qui avait 7 ans d'existence, suite à une rupture abusive d'un contrat de concessionnaire exclusif. Le liquidateur dans notre région est un être ce qu'il y a de plus abject qui se fait un malin plaisir à démolir les chefs d'entreprises déjà très mal en point moralement. Il lui a dit le jour ou il est allé déposer les dossiers et bilans demandés, qu'il allait en baver et aller lui en faire voir. Nous avons un avocat, mais j'ai lu ici ou là qu'il valait mieux se défendre seul ? que les avocats se gavaient à nos dépends et que en finalité ils allaient du côté du plus fort !!
Qu'en pensez vous ? avez vous une idée de ce que nous pouvons faire, je pensais également écrire au président de la république, mais cela va-t-il servir a quelques chose ? mais oui si nous sommes nombreux nous aurons plus de chance d'être écoutés.
Charlotte
Le 15/05/2010 agd à écrit :
chefs d'entreprise en crise
J'ai le sentiment en lisant vos commentaires sur le dépôt de bilan que l'on fait en France beaucoup d'effort pour la création d'entreprises nouvelles et très peu pour préserver l'existant et la capacité à entreprendre de la France ?
L'entrepreneur peut-il chercher de l'aide auprès du tribunal de commerce lorsque l'entreprise se trouve en difficulté ou bien mieux vaux rester seul le plus longtemps possible ?
Pourquoi un chef d'entreprise est-il moins protégé qu'un salarié ? Est-il moins soumis à la maladie ou aux autres vicissitudes de la vie que les autres êtres humains ? Pourquoi un administrateur judiciaire aurait il le droit de vous léser et pas la responsabilité de vous aider à repartir ?
Marie-Thérèse je vous souhaite bien du courage
AGD
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stef29 - 06/06/2010
témoignage
Bonjour à tous, je suis depuis le 18.05.2010,en état de liquidation judiciaire de ma société, après avoir lu tous les témoignages ci dessus, j'en rejoint un en particulier sur le fait que plus aucun décisionnaire ne m'appartient.
par exemple sur la valorisation du parc machine de mon entreprise, j'ai le sentiment profond que le liquidateur judiciaire ne porte jamais aussi bien son nom, je ne suis qu'un dossier parmi les autres, et vu la conjoncture, je ressens l'impression de la part de l'administrateur d'une envie de clore mon dossier dans les plus bref délais. Avant d'essayer de pratiquer une vente a l'amiable, et a ce jour j'y aspire encore, je me trouve devant des gens qui n'ont de cesse de me persuader que ce n'est pas la bonne solution, je prends l'exemple de mon stock d'inox qui a ce jour a une valeur d'achat d'environ 14 000 euros, j'ai une proposition ferme d'un récupérateur à 12000 euros, ayant déjà assisté a des ventes aux enchères, je sais pertinemment que la somme tiré de ce stock ne dépasserai pas 5000 euros, c'est tout simplement scandaleux.
Je vais bien sur écrire un courrier au juge qui traite mon dossier pour qu'il tranche vers une vente à l'amiable, déjà que je devrai assumer le paiement de dettes, dont parfois la provenance est plus que surprenante, il faut en plus "brader" les biens de la société pour 'j'en suis persuadé, accélérer les bouclages de dossier particulièrement dans la conjoncture actuelle. globalement ce qu'il serra vendu 10 à la VAE je peux le vendre 100 aujourd'hui grâce a mes contacts, qui eux d'ailleurs trouvent ces pratiques tout simplement scandaleuses. A part contacter un juge, que me conseillez-vous? Les biens de mon entreprise ont été évalués entre 50 et 60 k euros, je suis sur de pouvoir en tirer au mini 90 000 euros ce qui soulagerai quand même les remboursements desquels je suis caution, merci de votre aide, Mr Jaffrès. s.
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Réponse de agd le 15/05/2010
chefs d'entreprise en crise
J'ai le sentiment en lisant vos commentaires sur le dépôt de bilan que l'on fait en France beaucoup d'effort pour la création d'entreprises nouvelles et très peu pour préserver l'existant et la capacité à entreprendre de la France ?
L'entrepreneur peut-il chercher de l'aide auprès du tribunal de commerce lorsque l'entreprise se trouve en difficulté ou bien mieux vaux rester seul le plus longtemps possible ?
Pourquoi un chef d'entreprise est-il moins protégé qu'un salarié ? Est-il moins soumis à la maladie ou aux autres vicissitudes de la vie que les autres êtres humains ? Pourquoi un administrateur judiciaire aurait il le droit de vous léser et pas la responsabilité de vous aider à repartir ?
Marie-Thérèse je vous souhaite bien du courage
AGD
Le 12/02/2010 mt83 à écrit :
la vie des ex chefs d'entreprise après le dépôt de bilan
Après avoir déposé le bilan de notre entreprise en 1993, nous avions 46 et 50 ans. Nous nous sommes retrouvés faire face au tribunal et à l'administrateur judiciaire qui nous ont lésé. En 1996 ou 1997, beaucoup étaient dans ce cas et une commission d'études a été nommée par le gouvernement en vigueur : j'ai adressé un dossier et on m'a répondu qu'il y en avait tellement qu'on ne savait pas quand le mien serait étudié. Nous n'en avons plus entendu parlé.
Nous avons recréé notre emploi mais la maladie nous a rattrapé : on ne ressort jamais indemne d'une telle expérience.
Nous ressentons toujours une immense solitude, nous devons toujours faire face à des créances quoique nous en ayons remboursé 5/6ème de ce que nous devions.
Je pense qu'il serait utile que les ex chefs d'entreprise qui ont fait cette triste expérience puissent en parler entre eux.
J'ai décidé d'écrire à ce sujet et je pense m'adresser directement au Président de la République et au Président du Sénat.
Si certains veulent me rejoindre : n'hésitez pas, en parler nous aiderait certainement
Marie-Thérèse
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DIDIER - 03/05/2010
Merci
je suis d'accord avec ces expériences, car moi aussi après mon dépôt de bilan suite à un problème familial, je me suis senti nul avec des banques qui ne veulent que votre argent, c'est a dire rien. Je cherche des solutions pour me refaire, car je ne pourrai pas rester salarié.
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Réponse de mt83 le 12/02/2010
la vie des ex chefs d'entreprise après le dépôt de bilan
Après avoir déposé le bilan de notre entreprise en 1993, nous avions 46 et 50 ans. Nous nous sommes retrouvés faire face au tribunal et à l'administrateur judiciaire qui nous ont lésé. En 1996 ou 1997, beaucoup étaient dans ce cas et une commission d'études a été nommée par le gouvernement en vigueur : j'ai adressé un dossier et on m'a répondu qu'il y en avait tellement qu'on ne savait pas quand le mien serait étudié. Nous n'en avons plus entendu parlé.
Nous avons recréé notre emploi mais la maladie nous a rattrapé : on ne ressort jamais indemne d'une telle expérience.
Nous ressentons toujours une immense solitude, nous devons toujours faire face à des créances quoique nous en ayons remboursé 5/6ème de ce que nous devions.
Je pense qu'il serait utile que les ex chefs d'entreprise qui ont fait cette triste expérience puissent en parler entre eux.
J'ai décidé d'écrire à ce sujet et je pense m'adresser directement au Président de la République et au Président du Sénat.
Si certains veulent me rejoindre : n'hésitez pas, en parler nous aiderait certainement
Marie-Thérèse
Le 01/05/2009 pascale à écrit :
merci
cela fait 9 ans que j'ai fait un dépôt de bilan où j'ai ressenti un immense sentiment d'échec, de solitude, de lassitude, de désespoir, les tribunaux, la peur du lendemain, plus rien , on redémarre mais non on est encore relancé pour des dettes qu'on est incapable de rembourser.
COMMENT FAIRE POUR NE PAS BAISSER LES BRAS
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pascale - 01/05/2009
merci
cela fait 9 ans que j'ai fait un dépôt de bilan où j'ai ressenti un immense sentiment d'échec, de solitude, de lassitude, de désespoir, les tribunaux, la peur du lendemain, plus rien , on redémarre mais non on est encore relancé pour des dettes qu'on est incapable de rembourser.
COMMENT FAIRE POUR NE PAS BAISSER LES BRAS
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