Chef d'entreprise Magazine N°61 - 01/09/2011 - OLGA STANCEVIC
Ni formation ni séance de consulting ou de thérapie, le coaching est un dispositif d'aide au dirigeant à vocation pragmatique, où l'implication du coaché est primordiale. Explications.
Votre entreprise grandit trop vite et vous avez l'impression de ne plus la maîtriser? Vos rapports avec votre associé sont tendus au point de nuire à vos affaires? Vous aimeriez mieux gérer votre planning? C'est le moment de recourir au coaching, une pratique mal connue car non réglementée en France. « Le coach n'est ni un formateur ni un consultant ni un psychologue d'entreprise », précise Emmanuelle Le Calvé, coach et dirigeante de Co'Evolis. Un formateur ou un consultant met en oeuvre des pratiques standardisées ; un coach aide le client à identifier ses propres ressources et à les activer au service d'un objectif. « Un coach peut faire percevoir à un patron autoritariste ou, à l'inverse, qui manque d'autorité, qu'il peut exercer son pouvoir de différentes façons. Le client mettra en oeuvre ses nouveaux repères de légitimité d'autant plus facilement qu'il les aura identifiés lui-même », explique Pascal Domont, président de la Société française de coaching (SFCoach).
L'intervenant travaille sur les émotions de son client ou les suscite, mais il n'est pas un psychologue ou un analyste qui creuse le vécu du «sujet». « Entre le coach et son client, il n'y a pas de relation de dépendance, pas d'appels téléphoniques angoissés devant un problème, souligne Karen Arman, dirigeante de Camino 2 et représentante de l'ICF France (International Coach Federation) pour la région Midi-Pyrénées. Car le coaching est basé sur l'engagement et l'implication de la personne mise en situation d'autonomie. »
Un coaching suppose donc l'adhésion de la personne concernée, laquelle va s'engager dans une réflexion sur elle-même et ses pratiques. L'efficacité de l'intervention dépend entièrement de la bonne volonté du client. Eric Decalf, p-dg de la société-conseil en informatique Additeam, a été coaché il y a dix ans en tant que salarié, sur la conduite du changement: « J'ai suivi une session de coaching parce que c'était prévu par l'entreprise. Je me suis trouvé un peu contraint mais curieux devant la méthode ». Devenu patron, il s'est souvenu de l'intérêt de cette pratique et a fait appel à un professionnel à plusieurs reprises, afin de mieux maîtriser la croissance régulière de son entreprise (150 salariés). « Les séances de coaching aident à prendre du recul sur le quotidien et à analyser les situations », estime le chef d'entreprise. Classiquement, cet accompagnement s'organise en séances d'une à trois heures par mois, réparties sur six à neuf mois. « Il est donc important que le dirigeant libère du temps dans son agenda, en plus de l'investissement financier demandé », souligne Emmanuelle Le Calvé (Co'Evolis). Une séance coûte effectivement de 150 à 500 euros HT ou plus, selon la personne concernée (collaborateur ou dirigeant) et la problématique. « L'accompagnement démarre obligatoirement par un diagnostic, suivi d'une phase de travail avec questionnement pour identifier les ressources et d'un entraînement », explique Pascal Domont (SFCoach). Vous avez des difficultés à recadrer un N - 1? Le jeu de rôles est l'une des techniques employées, qui, en vous faisant entrer dans la peau du salarié, vous permettra de mieux comprendre sa position.

Chaque intervenant définit, préalablement à son intervention, un objectif et un nombre de séances nécessaires à l'atteindre. En cours de route, de nouveaux besoins peuvent apparaître, comme, par exemple, le coaching de son équipe. « Des séances collectives permettent d'impliquer un groupe amené à travailler ensemble, lors d'un projet ou d'un comité de direction, entre autre », indique Emmanuelle Le Calvé (Co'Evolis).

© Fotolia/Christemo
Voici quelques prérequis indispensables à un coaching:
1. Dégager du temps dans son agenda.
2. Investir financièrement.
3. Ne pas avoir d'a priori sur une aide extérieure.
4. Jouer le jeu et accepter de parler de soi avec honnêteté.
Les personnes pourront ainsi plancher sur leur façon de décliner la stratégie de l'entreprise, et le patron sur sa communication envers elles et sa façon de les motiver. Pour choisir votre coach, il existe plusieurs méthodes: « Le bouche à oreille fonctionne bien car un dirigeant satisfait d'une société aura tendance à la recommander », constate Karen Arman (Camino 2). Par ailleurs, il existe deux grands réseaux en France: SFCoach et ICF, dont les membres sont soumis à un code de déontologie et sont régulièrement formés. « L'idéal est de rencontrer deux ou trois professionnels et de choisir celui avec qui le courant passe le mieux », recommande Pascal Domont (SFCoach).

Enfin, les retombées d'une telle intervention se mesurent par l'atteinte de l'objectif prévu et par l'acquisition de bonnes pratiques, utiles à long terme. Vincent Houot, dirigeant de la PME d'agencement Houot Agencement n'hésite pas à faire revenir son coach dans l'entreprise, tous les six mois, pour une journée d'échanges. « C'est une sorte de service après-vente, permettant de vérifier la bonne application des méthodes et de redresser la barre au besoin », conclut-il.

Gilles Mergoil, p-dg de Neoxia
Ce responsable a fait appel à un coach, il y a quelques années, afin de surmonter des difficultés répétées avec un associé. « Faute de dialogue, nous campions chacun sur nos positions, avec, pour conséquence, un climat préjudiciable à la bonne marche de l'entreprise », relate le dirigeant. Le professionnel aide Gilles Mergoil à analyser la situation, à prendre du recul, puis à élaborer un plan d'action pour renouer le dialogue et même institutionnaliser la communication, par le biais de rendez-vous réguliers. « Il y a eu un mieux, mais, au final, notre incompatibilité était trop forte et nous nous sommes séparés », explique le chef d'entreprise. Pour autant, ce patron garde un excellent souvenir de cette expérience auquel il attribue de nombreux bienfaits: sortir de sa solitude grâce à une oreille attentive, apprendre à dépassionner les sujets et à les analyser sous d'autres angles. « Quand un problème est bien posé, la solution arrive d'elle-même », a ainsi appris Gilles Mergoil qui, depuis, fait occasionnellement coacher les cadres de son entreprise.
- Activité
Cabinet-conseil en informatique (SSII)
- Ville
Paris (VIIIe arr.)
- Forme juridique
SAS
- Dirigeant
Gilles Mergoil, 39 ans
- Année de création
2000
- Effectif
40 salariés
- CA 2010
4,4 MEuros
- RN 2010
500 kEuros
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