Par Julien VAN DER FEER, 16/02/2011
Jason Fried et David Heinemeier Hansson, deux jeunes entrepreneurs américains, s'en prennent à de nombreuses idées reçues sur le fonctionnement des entreprises dans leur ouvrage "Rework", qui vient d'être traduit en français. L'une de leurs batailles ? Les salariés qui travaillent jour et nuit.
Ils sont souvent montrés en exemple dans les entreprises. Ils, ce sont les salariés qui ne comptent pas leurs heures. Ceux qui finissent tard le soir et arrivent tôt le matin. Une qualité rassurante pour nombre de chefs d'entreprise. Dans leur ouvrage “Rework : réussir autrement”, qui vient d'être traduit en France chez Maxima, Jason Fried et David Heinemeier Hansson, fondateurs et dirigeants de l’éditeur de logiciels 37signals, les appellent “les bourreaux de travail”.
Sauf que les deux entrepreneurs estiment que « cette attitude est non seulement inutile mais idiote. Travailler plus ne signifie pas être plus dévoué ou plus productif. Travailler plus veut seulement dire... travailler plus. » Et ce pour plusieurs raisons.
Tout d'abord, cette attitude favorise le “présentéisme” de certains salariés. Ils se sentent coupables de travailler “normalement” et vont rester à leur bureau, même quand ils n'ont plus rien à faire. En outre, les salariés qui travaillent tout le temps sont fatigués et n'ont plus de recul sur ce qu'ils font. Ils ne mesurent plus quelle tâche nécessite, ou non, un effort supplémentaire. Ils sont également amenés à faire des erreurs par épuisement.
C'est pour cette raison que David Heinemeier Hansson estime « qu'un chef d'entreprise doit toujours prendre la peine de comprendre pourquoi ses salariés font des journées à rallonge. » Est-ce parce qu'ils sont constamment interrompus dans leur travail ? Ou bien parce qu'ils veulent impressionner leur manager ? « Dans les deux cas, ce ne sont pas de bonnes raisons et il faut trouver un moyen de changer la situation », explique-t-il.
Clip vidéo, en anglais, sur les salariés qui travaillent tard. Il a été réalisé à l'occasion de la sortie de “Rework” aux États-Unis.
En finir avec la réunionite
Autre bataille menée par les deux auteurs : les réunions intempestives. Peu préparées, ce sont essentiellement des pertes de temps pour les salariés car elles digressent souvent, ne sont pas assez concrètes et apportent rarement des informations utiles. Surtout, elles ont un coût énorme pour l'entreprise. « Convoquer 10 personnes pendant une heure fait perdre 15 heures de productivité. Les 10 heures de la réunion, plus le temps qu'il faudra aux salariés pour reprendre une tâche qu'ils viennent d'arrêter », soulignent les auteurs dans leur livre.
David Heinemeier Hansson pense également que les réunions à répétition nuisent à l'efficacité des salariés dans leur travail. « Pour faire de grandes choses, il faut être capable de rester concentré plusieurs heures d'affilée, pas uniquement une heure par-ci et 40 minutes par-là », argumente-t-il.
Les solutions ? Préparer en amont ses réunions, limiter le nombre de participants, trouver des solutions concrètes à la fin de chaque meeting et terminer la réunion à l'heure dite, même si tous les points n'ont pas été traités.
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Commentaires des lecteurs (7)
alter-idée - 16/03/2011
Tout s'apprend...
Il est vrai que la réunionite est révélatrice d'un manque de culture du travail. Les travailleurs n'ont pas reçu de formation, n'ont pas vécu d'apprentissage, n'ont pas expérimenté la collaboration, durant leurs études. Les travailleurs doivent être performants, efficaces, les meilleurs des meilleurs (avec mention). Mais question Travail Collectif, la France ne sait pas bien faire ! Or tout s'apprend : la direction peut enseigner à ses collaborateurs à mieux travailler, de façon collective. Cela s'apprend d'abord... en réunion ! Eh oui, la réunion est l'espace incontournable pour apprendre ensemble à travailler collectivement. Voir la notion de "réunions déléguées" d'Alain Cardon. Le coaching d'équipe peut être une première réponse à la réunionite...
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Réponse de Mylou le 02/03/2011
Allemagne
Mon mari travaille en Allemagne. Bien sûr, les comparaisons sont souvent généralistes, mais il faut savoir que certaines entreprises allemandes ne sont pas aux 35h00 mais... aux 32h00 (et avec un salaire bien supérieur à ce que nous connaissons...). De même, pour les horaires de travail : l'entreprise de mon mari ne permet pas aux salariés de travailler plus de 10h par jour (mon mari pointe). Motif : plus de risques d'accidents, que ce soit sur la route, ou, pour le travail à la chaîne, avec les machines. Du coup, l'assurance de l'entreprise ne prend pas en charge les accidents du travail si le salarié n'a pas respecté cette règle...
Le 17/02/2011 Allan à écrit :
Vrai certainement aux États Unis, mais en France?!
Effectivement certaines choses sont vraies, mais je ne suis pas sur que cela correspond a la réalité française de 35h. D'autre part, afin de pouvoir se comparer aux autres pays, il faut d'abord avoir essayé de voir ailleurs ; en Allemagne ils ne sont pas aux 35h, et puis il faut aussi comparer le coût d'une journée de travail en France avec les autres pays.
Aujourd'hui je suis un chef d'entreprise, et je vois bien malheureusement que les personnes qui arrivent tôt le matin et qui restent tard le soir sont une espèces qui disparaissent progressivement en France ; cela concerne tout type de poste en entreprise.
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Jean - 20/02/2011
Les bourreaux de travail ne sont-ils pas des victimes ?
Les salariés qui passent trop de temps au travail ne sont-ils pas victimes de l'organisation, ou plutôt du manque d'organisation dans leur entreprise ? Ils se tirent bien souvent une balle dans le pied en ne prenant pas le temps de s'organiser eux-mêmes. Ils sont également victimes du manque d'organisation général dans leur entreprise et doivent répondre sans cesse à des sollicitations mal venues, voire non nécessaires. Ils doivent également apprendre à mieux prioriser l'urgent et l'important. Enfin, si ces personnes sont des managers, ils se font souvent raillier (par derrière) par les personnes qu'ils encadrent... ceux là mêmes qui n'organisent pas leurs sollicitations, leurs demandes de validation ou leurs rendus de dossiers... Trop souvent ils le font en retard et le bourreau de travail doit organiser son temps en fonction de ses collaborateurs, donc rester tard ou arriver tôt pour tenir les délais de son service.
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MCT - 19/02/2011
Du bon sens
J'ai fait parti des "travaillomanes" insatisfaits à moins de 15h au bureau et n'ai remis en cause cette mauvaise habitude qu'en constatant combien les autres "workaholic" que je côtoyais étaient peu productifs. Une meilleure organisation, un peu de recul et des outils de "gestion du temps" m'avaient permis d'en faire autant et mieux en moitié moins de temps (et avec moins de stress !).
Idem pour les réunions ; elles sont indispensables mais rarement efficaces malgré les dizaines de "formations" auxquelles se soumettent les managers
Travailler... moins, car mieux, mener des réunions efficaces... Tout cela demande des méthodes et des outils.
Et surtout beaucoup de bon sens. cela...
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Lila - 17/02/2011
Pas si simple
Article intéressant effectivement, bravo a vous!
Ce débat est connu et débattu depuis de nombreuses années entre les pros et les antis bourreaux de travail.
Partir tard ne signifie pas travailler plus mais de là à être une épine pour les entreprises...
Preuve d'investissement, besoin de se montrer ou réel surcharge de travail... toujours est-il que les entreprises françaises semblent valoriser les bourreaux. Qui n'a jamais été gêné de partir tôt? Qui n'a jamais essuyé la blagué "tu as pris ton après midi"?
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Allan - 17/02/2011
Vrai certainement aux États Unis, mais en France?!
Effectivement certaines choses sont vraies, mais je ne suis pas sur que cela correspond a la réalité française de 35h. D'autre part, afin de pouvoir se comparer aux autres pays, il faut d'abord avoir essayé de voir ailleurs ; en Allemagne ils ne sont pas aux 35h, et puis il faut aussi comparer le coût d'une journée de travail en France avec les autres pays.
Aujourd'hui je suis un chef d'entreprise, et je vois bien malheureusement que les personnes qui arrivent tôt le matin et qui restent tard le soir sont une espèces qui disparaissent progressivement en France ; cela concerne tout type de poste en entreprise.
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Paulino - 17/02/2011
Que du vrai
Bel article Monsieur VAN DER FEER, je rejoins complètement tout ce qui est écrit dans le rapport. C'est une mentalité très française de rester tard. En Allemagne par exemple, il parait que c'est un signe d'inefficacité !
Quant à la réunionite, que dire de plus?
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