Par Sébastien DE BOISFLEURY, 21/09/2010
Si la quasi-totalité des grandes entreprises dans le monde font référence dans leur communication externe à leur politique en matière d'achats durables, ces stratégies sont très peu détaillées comme le constate une étude de l'Orse et d'Ecovadis.
Alors que 95% des grands groupes internationaux évoquent les achats responsables dans leur communication externe (rapport d'activité, rapport développement durable, site internet, etc.), il s'agit d'un objectif prioritaire de la politique RSE de l'entreprise pour 64% d'entre eux. C'est notamment ce que révèle “l'étude sur le reporting des grands groupes internationaux en matière d'achats responsables”, réalisée par l'Observatoire sur la responsabilité sociétale des entreprises (Orse) et Ecovadis, qui vient d'être publiée*.
Un résultat plutôt encourageant qui doit cependant être relativisé. «Si la quasi-totalité des entreprises européennes (84%) semble considérer les achats responsables comme une priorité de leur stratégie RSE, seule la moitié des entreprises nord-américaines et un tiers des entreprises asiatiques sont sur la même position, précise Marie-Line Daudin, responsable du club achats et développement durable de l'Orse. De même, il existe des disparités importantes selon les secteurs d'activités, par exemple entre les entreprises du BTP, où seuls 50% des organisations – majoritairement d'origine asiatique – considèrent les achats responsables comme prioritaires, et les équipementiers électroniques où ce pourcentage dépasse les 80%.»
Les principales thématiques abordées dans la communication externe de ces grands groupes internationaux sont l'environnement, les problématiques sociales et enfin l'éthique. «Mais là encore il existe de fortes disparités selon l'origine géographique des entreprises, l'éthique des affaires étant par exemple beaucoup plus abordée aux États-Unis qu'en Europe ou en Asie», reprend Marie-Line Daudin.
Peu de communication autour des objectifs
S'il est communément admis qu'une politique d'achats responsables pérenne nécessite de se fixer préalablement des objectifs à moyen et à long termes, l'étude réalisée par l'Orse et Ecovadis révèle que seule une entreprise sur deux communique sur ces objectifs, qu'ils soient de moyens ou de résultats. «Et pourtant, communiquer sur ses objectifs est un outil très puissant pour mettre en oeuvre sa politique d'achats responsables", regrette Marie-Line Daudin.
Au-delà des énièmes différences constatées entre les zones géographiques (seuls 29% des entreprises asiatiques font mention de leurs objectifs dans leur communication externe...), il apparaît que les organisations communiquent principalement sur l'augmentation du nombre de fournisseurs évalués (20% du panel, à l'image de ABB, Alcatel-Lucent, EDF ou Volvo), la réduction des émissions de CO² (12% du panel, tels que Mc Donald's, Microsoft, Vodafone, Wal-Mart), la rédaction d'une charte ou d'un code de bonne conduite RSE (8% du panel, comme Fiat, Heinekein, Peugeot ou Sodexo), et enfin la formation et la sensabilisation des fournisseurs (7% du panel, tels que Apple, Dell, Ford ou Volkswagen). «Ces pourcentages sont décevants car, en réalité, ces pratiques sont très répandues. Mais les entreprises ne communiquent pas dessus...», résume Pierre-François Thaler, directeur d'EcoVadis. Par exemple, 53% des entreprises ont effectivement une charte éthique ou un code de bonne conduite propres aux achats.
Fait notoire: à l'exception d'une entreprise (Axa), aucune organisation ne communique sur les objectifs individuels des acheteurs en rapport avec les problématiques de développement durable et d'achats responsables. «La mise en place de tels objectifs est pourtant essentielle pour une entreprise désirant déployer une politique d'achats responsables à grande échelle, et ce même si c'est très complexe à implémenter, souligne Pierre-François Thaler. L'un des grands défis à court terme pour les entreprises reste donc la définition d'indicateurs de performance suffisamment fiables pour servir de base à des objectifs à atteindre pour les acheteurs.»
Des fournisseurs relativement impliqués dans la démarche
Par ailleurs, selon l'étude, 40% des entreprises du panel affirment intégrer des clauses RSE dans leurs contrats avec les fournisseurs. Cette pratique reste plus courante en Europe (57% des organisations) qu'en Amérique du Nord (27%) ou en Asie (4%!). «Les termes de ces clauses varient énormément, puisque certains sont très généralistes et d'autres beaucoup plus détaillées, indique Pierre-François Thaler. Certaines peuvent même stipuler la possibilité de rupture de la relation commerciale en cas de manquements graves de la part d'un fournisseur.»
D'autre part, trois-quart des entreprises (74%) indiquent analyser la performance de leurs fournisseurs par rapport à leurs exigences en matière de développement durable. Les deux principaux outils utilisés en la matière sont les questionnaires (59% des organisations) et les audits (55% des entreprises). «Dans la pratique, la pertinence de ces outils est très différente selon les entreprises, prévient toutefois Pierre-François Thaler. Par exemple, le nombre de questions peut varier de 3 à 200, de même que les réponses attendues (oui/non, question ouverte, etc.). Idem pour les audits, avec une visite de quelques heures sur un site à une présence sur place de plusieurs jours avec des experts indépendants.»
À noter que 55% des entreprises étudiées publient des informations concernant les supports ou les actions mises en place pour faciliter la prise en compte des aspects environnementaux et sociaux par leurs fournisseurs. 41% déclarent mettre en place des plans d'actions correctives et 35% affirment même former leurs fournisseurs. «Une pratique émergeante et qui ne concerne que les fournisseurs stratégiques», remarque Pierre-François Thaler.
Enfin, selon l'étude, il apparaît que seuls 22% des entreprises du panel déclarent prendre en compte les critères environnementaux et sociaux dans leurs appels d'offres. Et 33% exigent de leurs fournisseurs qu'ils soient certifiés par un tiers. «Il est indéniable que les entreprises font beaucoup d'efforts pour mettre en place des politiques d'achats plus responsables. Mais il est regrettable qu'elles communiquent peu sur ces sujet ou encore qu'elles manquent d'indicateurs et d'objectifs chiffrés, conclut Marie-Line Daudin (Orse). Il est par ailleurs frappant de constater que les entreprises européennes sont celles qui communiquent le plus en moyenne, mais que les “best in class” sont américaines.»
*Étude réalisée auprès de 125 entreprises dans le monde, appartenant au Global 500 et réparties dans huit secteurs d'activités.
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